LA PRATIQUE DES APOTRES. V
œuvres. Tu n'es ni froid ni chaud. Puisses-tu être ou froid ou chaud! Mais parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche. Tu dis : je suis riche, j'ai acquis du bien; rien ne me manque. Et tu ignores que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle, nu. Crois-moi, achète de moi lor éprouvé au feu, pour devenir riche; des vêtements blancs pour te vêtir et ne pas laisser voir la honte de ta nudité; du collyre pour oindre tes yeux et voir. Tous ceux que j'aime, je les reprends et les instruis; arme-toi de zèle et fais pénitence. Voici que je suis àla porte et que je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui et prendrai mon repas avec lui et lui avec moi... » Du parallélisme de ces textes, il ressort assez clairement que les divers pécheurs ici mentionnés sont invités par l'Esprit à une même sorte de pénitence. Il en est parmi eux de plus et de moins coupables ; depuis l'ange de l'Église d'Éphèse, qui s'est simplement relâché de sa charité première, jusqu'à la prophétesse Jézabel, coupable de scandale, d'adultère et de compromission dans l'idolâtrie. D'ailleurs, tous appartiennent à l'Eglise de Dieu, et c'est à ce titre qu'ils entendent l'appel à la pénitence. Comme, par ailleurs, l'Esprit ne précise pas le terme de cette pénitence, il serait tout à fait gratuit d'y supposer une diversité dont nous ne relevons aucun indice. Et si, dans le cas de tel de ces personnages, comme l'ange d'Éphèse ou celui de Pergame, nous constatons avec évidence qu'il jouit dans l'Église d'une situation parfaitement assurée. Hen ne nous invite à supposer que tel autre ne jouira pas, au terme de sa pénitence, d'une situation régulière dans l'Église.
Ces observations ont leur importance pour l'appréciation des arguments que les écrivains ecclésiastiques fondèrent quelquefois sur ces messages de l'Esprit.
Des messages aux anges de Pergame et de Thyatire, on conclut légitimement que saint Jean ne considérait pas les péchés d'impudicité et d'idolâtrie comme irrémissibles devant l'Église1. Il ne considérait pas non plus l'homicide comme
1- Il n'y a aucun doute pour l'idolâtrie. Mais l'impudicité peut forl l'édit de calliste, >,
irrémissible, s'il est permis de tenir pour histoire un récit donné comme tel par Clément d'Alexandrie1.
Dans une chrétienté d'Asie qu'il venait de fonder, l'apôtre saint Jean avait remarqué un jeune homme d'extérieur gracieux et de nature ardente, en qui il avait cru reconnaître de rares dispositions pour la vertu. Appelé au loin par d'autres travaux, il le confia à l'évêque de la nouvelle Église, recommandant à celui-ci de l'instruire et de le garder comme un dépôt précieux dont il devrait compte au Christ. L'évêque prit soin du catéchumène, l'instruisit et enfin le baptisa. Mais il ne sut pas prévenir les retours de la mauvaise nature. Peu à peu, le néophyte se relâcha de sa première ferveur, il se laissa débaucher par de jeunes vauriens et bientôt, devenu pire qu'eux tous, recruta une troupe de brigands, à la tête de laquelle il détroussait et assassinait les passants sur les grands chemins. A quelque temps de là, l'apôtre visite la jeune chrétienté et, s'adressant à l'évêque, lui redemande son trésor. L'évêque croit d'abord qu'il s'agit d'une somme d'argent et proteste n'avoir rien reçu. Mais l'apôtre insiste : il s'agit de ce jeune homme, à lui confié de par le Christ. « Hélas, s'écrie l'évêque, il est mort! — Mort! et comment? — Mort à Dieu! » L'apôtre éclate en sanglots. N'écoutant que sa douleur, il demande qu'on lui montre aussitôt la retraite du coupable. On lui montre la montagne voisine, redoutable repaire des brigands. Aussitôt Jean monte à cheval, il va droit aux brigands, qui l'arrêtent et le conduisent à leur chef. A la vue de son père en Dieu, celui-ci se trouble, il veut fuir : mais Jean l'arrête, le serre dans ses bras, lui brise le cœur par ses larmes, le convertit enfin et le rend à l'Eglise, contrit et sauvé. Tel est le récit de Clément. Il supplémente heureusement les trop rares données de nos Écritures.
bien n'être, pour l'auteur de l'Apocalypse, qu'une autre désignation de l'idolâtrie; voir Apoc, xvn, 1. 5. 15. 16; xix, 2. Ce langage était déjà fréquent dans l'A. T., voir Ex., xxxiv, 15. 16; Lev., xvn, 7; xx, 5 ; Dt., xxxi, 16 ; Iud., h, 17 ; vm, 27. 33 ; Is., i, 21 ; Es., vi, 9 ; Ose., i, 2. 1. Clément d'Alexandrie, Quis dives salvetur, 42, éd. Staehlw, p. 188-190; PC, IX, 648-649. Reproduit par Eusèbe, HE., III, 23. — La narration est introduite par ces mots : "Axouaov [iu6ov, où jj.u0ov ■j'/j.k 0V7 2 Àoyo'/...