CONCLUSIONS, SUR HERMAS
figurant diverses catégories de pécheurs, sont reportées à la montagne d'où elles furent primitivement extraites; il semblerait donc que l'appartenance primitive de ces âmes à telle ou telle montagne préjugeait l'usage ultérieur de leur liberté et leur destinée dans l'Église. Accorde qui pourra toutes ces données ; voilà un exemple des questions insolubles que soulève l'opuscule. Ne nous attardons pas à les discuter. Il suffît que l'intention générale reste assez claire pour qu'on en puisse marquer la direction.
Nous nous sommes attaché jusqu'ici à recueillir, dans l'œuvre entière d'Hermas, les traits les plus représentatifs de sa doctrine pénitentielle. De l'ensemble, se dégagent certaines conclusions ; il nous reste à les formuler.
1° Sa prédication de la pénitence s'adresse à tous, et n'exclut du pardon aucun pénitent sincère1. Cela, il le
1. Sur cette conclusion capitale, je suis pleinement d'accord soit avec M. Vacandard soit avec M*r Batiffol. M. Vacandard écrit en 1899, RCF., t. XXI, p. 35 : « Au temps d'Hermas, l'adultère était encore un péché rémissible », et en 1907, RCF., t. L, p. 128 : « Il est sûr que le Pasteur préconisait l'indulgence, même en faveur des adultères. » Msr Batiffol écrit en 1904, Etudes d'histoire et de théologie positive3, I, p. 66 : « Le principe est affirmé du droit au pardon pour le chrétien failli. Hermas l'affirme au nom du presbytérat romain et de la conscience chrétienne. Mais l'encratisme est encore trop répandu, il s'accorde trop bien avec le pharisaïsme qui est l'ivraie de toute forte vertu, pour ne pas faire échec longtemps à la doctrine indulgente. » Et en 1906, BLE., p. 128 : « Je crois avoir montré... que, au second siècle, le principe a été clairement posé du droit des pécheurs, de tous les pécheurs, au pardon de Dieu et à la réconciliation de l'Église. » — On remarquera seulement que ces jugements, concordant sur l'assertion principale, se nuancent, quant au détail, d'hypothèses divergentes. M. Vacandard écrit : « Au temps d'Hermas, l'adultère était encore un péché rémissible. » Ce qui annonce une réaction dans le sens de la rigueur. M^ Batiffol écrit : « L'encratisme est encore trop répandu... pour ne pas faire échec longtemps à la doctrine indulgente. » Ce qui présente l'œuvre d'Hermas comme une réaction commencée dans le sens de l'indulgence. Entre ces deux hypo-
répète si souvent qu'on ne peut raisonnablement en douter1. Par ailleurs, il ne se dissimule pas que quelques-uns sont si profondément enfoncés dans le péché que, pour en sortir, un effort extraordinaire leur serait indispensable. Tous ne le feront pas. Il parle d'autant plus fort qu'il faut provoquer une résolution plus énergique, et, à ceux qu'il voit presque perdus, ne dissimule pas la gravité de leur situation. Mais à Dieu ne plaise qu'il en désespère aucun ! Les ouvriers à ses ordres empruntent des pierres à chacune des douze montagnes.
Personnellement, Hermas est un chrétien fervent et un ascète. A ce titre, il est qualifié par l'Église à'encratite ~ — 'Eç,[j.y.; z br/.pavqq — nom qui marque ici l'abstention de toute œuvre ou pensée mauvaise. On peut en lire le commentaire détaillé dans le VIIIe commandement, où le verbe ï-;v.zy.-iJiz')y.'. revient jusqu'à vingt et une fois en une page3. Plus brièvement, le Pasteur résume son programme en ces termes, dans la Ve parabole4 : « Ne commettre aucun mal, servir le Seigneur d'un cœur pur, garder ses commandements, marcher dans ses volontés, n'admettre en son cœur
thèses contraires, on n'est pas obligé de prendre parti, d'autant qu'une troisième hypothèse demeure ouverte et, pour ma part, je la crois plus plausible : c'est qu'il n'y eut réaction, pour nous perceptible, en aucun sens.
1. Ainsi, Mand., iv, 3, 7; à propos de la parabole des rameaux, Sim., vin, 2, 9 : « C'est la volonté de celui qui a fait cet arbre, que tous ceux qui en auront reçu des rameaux, vivent. » Le Pasteur déclare, sans restriction aucune, que la pénitence c'est la vie assurée, et que l'impénitence c'est la mort. Sim., vin, 6, 6 : BXs-su oûv, çrjaïv, 8ti ï) [xs-àvota twv àjjLapTuov ÇwVjV ïya, ~b oè p.r) (j.î7avorjaai ôavaTOV. — A propos de la parabole de la tour, le Fils de Dieu dit au Pasteur, Sim., ix, 7, 2 : « Nettoie soigneusement ces pierres, et introduis dans la construction de la tour celles qui pourront s'adapter aux autres. » Ce n'est pas la faute du Pasteur s'il s'en trouve d'entièrement pourries. Voir encore Sim., ix, 33, 3.