‹ L'édit de CallisteChapitre 6 sur 252 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Il n'y a pas encore cinquante ans que l'on a commencé à parler d'un édit de CaliisteK L'acte aujourd'hui désigné par ce nom était communément attribué au pape saint Zéphyrin. Son existence, attestée par Tertullien au début du De pudicitia, devait être éclairée d'une lumière imprévue par la découverte des Philosophumena. Autour de ces deux témoignages historiques, se déroule toute la controverse dont nous abordons l'étude.

Entre tous les écrits de Tertullien, le De pudicitia se distingue par la violence des invectives contre les psychici (catholiques) en général, et surtout contre un haut personnage ecclésiastique, accusé par lui de trahison envers la morale chrétienne :

De pudicitia, 1, 6-9 :

Audio etiam edictum esse proposition , et quidem perempto-

1. Il existe de ce nom deux orthographes : cela suffit, et mieux vaut ne les pas mêler. Calliste représente la forme grecque originale qu'on trouve dans les Philosophumena. Calixte représente une déformation latine; voir l'apparat critique de Duchesnk, Liber pontificales, t. I, p. 141. Ce sont les orthographes autorisées. Calli.vte, que l'on rencontre quelquefois sous des plumes françaises, ne représente qu'un compromis entre les deux usages.

l'édit de calliste. l

rinm. Pontifex scilicet maximus, quod est episcopus episcoporum, edicit : Ego et moechiae et fornicationis delicta paenitentia functis dimitto. 0 edictum cui adscribi non poterit : Bonum faction! Et ubi proponetur liberalitas ista? Ibidem, opinor, in ipsis libidinum ianais, sub ipsis libidinum tiiulis. lllic eiasmodi paenitentia promulganda est ubi delinquentia ipsaversabitur. Illic legenda est venia quo cum spe eius intrabitur. Sed hoc in Ecclesia legitur et in Ecclesia pronuntiatur, etvirgo est. Absit, absit a sponsa Christi taie praeconium! Fila quae vera est, quae pudica, quae sancta, carebit etiam aurium macula. Non habet quibus hoc repromittat ; et si habuerit, non repromittit, quod et terrenum Dei templum citins spelunca latronum appellari potnit a Domino quam moechorum et f ornicatorum . . .

Tertnîlien apprend qu'un édit a été publié, « un édit péremptoire ». Le souverain pontife, évêque des évêques, déclare ceci : « Je remets les péchés d'adultère et de fornication à ceux qui en ont fait pénitence »... Et où donc sera publiée cette faveur? Sans doute à la place qui lui convient, sur la porte des mauvais lieux, au-dessous de l'enseigne des passions?... Non, cela se lit dans l'Église, cela se dit tout haut dans l'Église, et l'Église est vierge. Est-il pour l'épouse du Christ rien de plus horrible qu'une telle proclamation?...

Cette invective fut longtemps la seule trace historique de l'édit qu'on attribuait communément au pape Zéphyrin (environ 210-218), quand la publication par Emm. Miller des Philosophamena (Oxford, 1851) révéla dans le pontificat suivant, celui de Calliste (218-223), un épisode semblable. L'auteur anonyme — que, d'après l'opinion aujourd'hui presque universelle, nous nommerons désormais saint Hippolyte1, — alors en pleine révolte contre l'Église romaine , flétrit nommément Calliste, ce pontife prévaricateur qui le premier osa encourager le vice par l'offre illimitée du pardon.

Philosophumena,\X, 12 :

IlpcTncç ia izpoç ràç YjBovàç toîç àvOpiozoïç auy^wpsîv èTcsvôrçoc, Xéytov Tïaciv utc' aùxou àcpîeaôoa xàç à[/apTiaç.

1. Sur l'attribution à Hippolyte des Philosophumena, voir notre Théologie de saint Hippolyte, p. xxiv-xliii, Paris, 1906.

La conformité cl es situations, jointe à la proximité des dates, invitait à identifier les personnages : proposée dès 1866 par de Rossi ', appuyée par Harnack2, cette hypothèxa aujourd'hui conquis presque tons les suffrages 3, et ainsi ledit de Zéphyrin est devenu Védit de Calliste.

L'emploi de ce vocable, probablement assez impropre mais commode, ne préjuge en aucune façon la nature de l'acte pontifical : lettre pastorale ou décision dans une cause particulière ; mesure d'administration intérieure ou de préservation contre une propagande hérétique? Ces questions et bien d'autres demeurent insolubles, même après les restitutions tentées de nos jours, notamment par M. Preuschen4 et M. Rolfis5. Nous poursuivons un objet moins précis et peutêtre moins insaisissable en recherchant la place de l'édit de Calliste dans l'évolution de la discipline pénitentielle. Làdessus, on a beaucoup discuté depuis trois cents ans.

Le traité De pudieitia donna lieu, dès le xviie siècle, à des interprétations divergentes. Petau, cjui s'en occupa jusqu'à trois fois, n'a pas craint de se corriger lui-même. En 1622, dans ses observations sur saint Épiphane, il avançait que. jusqu'au temps du pape Zéphyrin, l'Église refusa tout pardon aux idolâtres, aux homicides et aux impudiques. En 1633, dans ses notes sur Synésius, il rétracta son assertion précédente et admit, principalement sur l'autorité du 13e canon de Nicée, que cette rigueur ne s'étendit jamais, dans l'Église universelle, aux malades en danger de mort. En 1643/i, dans son ouvrage sur la pénitence publique et la préparation à la communion, dirigé contre Antoine Arnauld, il s'exprime avec plus de précautions, mais maintient en somme ce qu'il disait dix ans plus tôt : aucune réconciliation canonique —

1. De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1866, p. 26.

2. Harnack. Zeitsc/irift fur Kirchengesclrichle, 1878, t. II, p.

3. Voir Rolfvs, Das Indulgenzedicl des rômisclien Bischofs Kallisi . Uritisch untersucht und reconstruiert; dans TU., XI, 3, p. 9. Leipzig, 1893. Abondantes références.

\. Pbbuschen, Tertullians Schriftcn De paenitentia und De pudieitia mit Rûcksicht auf die Bussdiszipiin untersucht, p. !8, 49. Giessen,

Page 1