LES HYMNES DU VESPÉRAL DE RATISBONNE OFFRENT DE GRAVES INCORRECTIONS
Accordons à l'éditeur de Ratisbonne que les hymnes sont la partie variable de l'Antiphonaire. Non seulement le mètre sur lequel elles sont écrites a changé avec les époques, mais la mélodie n'en est pas absolument la même partout.
Ces concessions faites, le Vespéral de Ratisbonne a-t-il le droit de nous présenter des hymnes transposées d'une manière irrégulière, contraires à la tonalité grégorienne, dénaturant des types connus, et ne gardant pas entre elles de similitude lorsque le chant en est répété?
C'est cependant ce qui a lieu, et ce qu'il est facile de constater.
I. Les hymnes du premier mode transposées irrégulièrement sont : Jcsu, Redemplor omnium de Noël et toutes les autres chantées sur le même mètre durant le temps qui suit la Nativité : pour S. Etienne, S. Jean, les SS. Innocents, le S. Nom de Jésus et encore celles du Sacré-Cœur et de la
Toussaint. Au lieu d'être écrites dans la gamme naturelle du premier mode, elles sont ainsi notées :
^EÏÏEËEiEÏEïf^5:=E5E^
Jesu, Redemptor omni-um, quem lueis ante ori
ginem pa - rem paternse glori-se Pater supre- mus
e-didit.
Pourquoi cette transposition à la quarte supérieure qui donne une vraie gamine en sol mineur de la musique, surtout par l'emploi des deux bémols, le si et le mi? Quel rapport y a-t-il avec le mode dorien, lequel suit l'échelle de ré, la, ré?
La Commission des réviseurs romains répondra, sans doute, que telle était la notation du Vespéral de Lieclistenstein, réimprimé à Ratisbonne ; que cette même notation se trouve dans le Direclorium Cltori, du moins pour l'intonation ; carGuidetti, que je sache, n'a rien donné de plus que les intonations des antiennes et des hymnes, et je serais curieux de voir dans un manuscrit le second bémol sur le mi, marqué par le Vespéral de Ratisbonne au mot parem '.
1. L. Poisson, dans son excellent Traite du chant grégorien (Paris, 1750), p. 17'2, dit : >"ous trouvons parmi les extraite des livres de chant, actuellement en usage à Home, une hymne de Noël transposée par élévation à la uuarte de cette manière (pas de bémol sur h; mi) ;
ilîltriZMri ■■:
Chri-ste Ke-demptor omni-um. Ex Pâtre Patris u - nice, So-lus ante
prin-ci - pi-um Natus in-ef-fa -bi -li-ter.
Enfin, la Commission nous répondra peut-être encore que cette transposition du premier mode est ancienne, et que les auteurs du moyen âge en parlent.
Oui, certainement, les auteurs du moyen âge en parlent, mais pour la condamner.
Lisez le traité attribué à S. Bernard : « Si vous terminiez « en G, avec le B mol, quelque chant du premier ou du « second mode, vous agiriez contrairement à l'institution « de cette note et à celles des finales qui seules doivent « terminer les morceaux du mode qui leur appartient. Si « vous dites que G est la finale du premier ton par le B « mol, je réponds que cela n'est pas. Car, encore une fois, « il serait nécessaire qu'il montât par un ton, puis un demice ton dans la gamine naturelle : ce que votre accident ne « peut pas lui donner
« Après tout, quel avantage, quel mérite voyez-vous à « noter un chant sur une finale étrangère et accidentelle, « quand vous pouvez lui conserver sa finale propre et natu- « relie, en demeurant plus correct, plus exact, plus vrai, « et, partant, plus irréprochable, plus excellent, plus « agréable1? »
Ces paroles s'adressent à la Commission des réviseurs du chant de Ratisbonne, et nous n'imaginons pas ce qu'elle pourrait répliquer.
Nous [axerons du même défaut le deuxième mode transposé avec la finale sol, pour les hymnes des Complies de la Sainte Vierge, Te lucis ante terminum, pp. 49 et [61], et Mémento rerum Condilor, p. [67]. Ce chant se retrouve aussi aux pp. [98] et [200] pour les hymnes Regem tremendse gloriœ, et Prœclara cuslos virgînum: il y a là,