THÉORIE LITTÉRAIRE DE SAINT-CYR \N
écrit l, qui est cause qu'on aperçoit, pour ainsi dire, son image dans le tableau de la chose qu'il représente, et que l'on sent, en quelque sorte, la disposition où il était en écrivant. Ce qui paraît plus incompréhensible, c'est que cette impression demeure dans les livres jusqu'à la fin des siècles, en sorte que le démon réside dans les livres des méchants aussi bien que dans leurs âmes, de même quel'Esprit-Saint réside dans les bons livres, à proportion de la grâce qui animait l'âme de celui qui les écrivait. C'est ce qui fait voir que l'on ne peut trop purifier son cœur pour parler des choses de Dieu et de ses vérités saintes, et que l'on doit travailler beaucoup plus sérieusement et plus longtemps à mortifier ses passions qu'à acquérir la science, lorsqu'on se voit appelé à dire des choses qui puissent profiter aux autres 2.
Le moindre nuage qui se trouve dans notre cœur se répandra sur notre papier, comme une mauvaise haleine qui ternit toute la glace d'un miroir, et la moindre indisposition que nous aurons sera comme un ver rongeur qui passera dans cet écrit, et qui rongera le cœur de ceux qui le liront jusqu'à la fin du monde. (Lancelot, Mémoires, t. II, p. 127.)
1. Pascal a dit, avec plus de netteté et de force : « Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s'attendait de voir un auteur, et on trouve un homme. » {Pensées.)
2. « Quand on se sent engagé à composer quelque ouvrage pour Dieu, écrit Saint-Cyran à Lemaitre sur un projet de vies des saints, dont, pour peu humble que l'on soit, on doit toujours se reconnaître peu capable, il faut se recueillir tout dans soi-même, s'humilier, gémir, prier. Il faut se considérer comme l'instrument et la plume de Dieu.... Vous avez vu, dans saint Bernard, qu'il comp.ue Dieu, au regard des hommes, à un écrivain ou à un peintre qui conduit la main d'un petit enfant, et ne demande au petit enfant autre chose, sinon qu'il ne remue point sa main, mais qu'il la laisse conduire... C'est donc l'écrivain, et non l'enfant, qui écrit; et il serait ridicule que l'enfant eût vanité de ce qu'il aurait fait.... Se tenant dans ces sentiments, on croit tout ensemble en vertu et en lumière. On acquiert une force merveilleuse, et il se répand une odeur de piété dans l'ouvrage, qui frappe premièrement l'auteur et ensuite tous ceux qui le lisent. » ^Fontaine, Mém., t. il, p. :;i.)
Règlement de la journée des enfants de l'école du Chesnai l.
Les plus grands se lèvent tous les jours à cinq heures tant en hiver qu'en été, et les plus petits à six.
Comme ils couchent dans une même chambre, chaque maître n'a pas de peine à éveiller les siens.
Ils se lèvent promptement, étant fort dangereux de s'accoutumer à la paresse, à la première heure du jour.
Ils se prosternent à genoux aussitôt qu'ils sont levés, pour adorer Dieu.
Après quoi ils achèvent de s'habiller, et se peignent en grand silence, étant bien raisonnable que leurs premières paroles soient des prières et des actions de grâces à Dieu, pour les avoir conservés durant la nuit.
Que si pourtant quelqu'un avait besoin d'aller à quelque nécessité, il en demandait tout bas la permission.