LETTRE DE M. DE SAGI A UN DE SES AMIS
•e qui avait été dit la dernière fois, afin de le bien impriner dans leur mémoire.
On leur faisait toujours ouïr la grande messe de la )aroisse : car il faut accoutumer de bonne heure les infants de qualité à se soumettre h l'ordre qui a été Habli dans l'Eglise, et qui a été suivi durant une longue mite de siècles ». Car ce n'est pas sanctifier le jour du limanche que de ne penser qu'à se divertir, et à faire )onnc chère et des visites, après avoir été entendre au )lus vite une basse messe.... {Supplément au Nècrologe, ). 54.)
Lettre de M. Le Maître de Saci à un de ses amis.
PATIENCE ET SJLENCE
Il me semble, Monsieur, que, s'il m'était permis de me ilestiner à quelque emploi, je porterais volontiers envie au vôtre, tant je l'estime et vous crois heureux d'y être
4. C'est un des griefs du P. Rapin, dans un intérêt dont il ne se ache pas : « On n'approuvait à Port-Royal que la dévotion de la paroisse et que la conduite des curés, qu'on appelait les véritables pasteurs, parce qu'on voulait leur donner du crédit pour se les rendre favorables. Celte fantaisie devint alors tellement à la mode que, jusque dans les compagnies les plus libres et les plus honnêtes, on se moquait des dames qui se confessaient à des réguliers, comme n'étant pas de la hiérarchie.... Rien aussi ne diminua si fort le crédit des religieux, qu'on voulait anéantir pour détruire les jésuites, et rien ne releva davantage l'esprit ecclésiastique et tout ce qui avait du rapport à la paroisse, ce qui, auparavant, était si méprisé que l'on abandonnait les cures même les plus considérables de Paris aux Picards, aux Normands et aux Manceaux, comme des postes peu dignes des gens de qualité.... Ce fut à proprement parler l'intrigue des jansénistes qui mit eu vogue cet esprit de paroisse qui régna depuis si fort a Paris, par où les curés devinrent si importants qu'ils se firent redouter des grands, respecter des petits, considérer de tout le monde. » {Mémoires, t. 1, p. 484.)
110 m L'ÉDUCATION A PORT-ROYAL
appliqué. Je suis persuadé qu'il n'y a point d'occupation pareille à la vôtre, ni plus digne d'un chrétien, quand on la fait par une pure charité. C'est assez de dire que Jésus-Christ nous l'a recommandée, et que,i pour nous obliger davantage à nous en bien acquitter,! il nous exhorte de nous transformer en enfants, et nous assure qu'il le faut être pour entrer dans son paradis.
Les enfants dont le naturel est bon et qui ont de la docilité rendent leur instruction plus aisée et plus agréable; mais les autres, qui exercent beaucoup lat patience, donnent aussi sujet de mériter davantage *. 11 faut travailler à effacer en eux les fruits du vieil homme; et cela se fait beaucoup mieux par les actions et par les exemples que par des discours, qui ne servent guère aux enfants, s'ils ne sont un peu rares, courts et proportionnés à leur âge, et s'ils ne paraissent naître des circonstances plutôt que d'un dessein formé de les exhorter ou de les reprendre. Ils ne sont pas d'ordinaire si capables d'être instruits par la raison que par les sens et par la coutume, qui leur imprime insensiblement l'esprit de modestie et d'humilité, l'amour des choses du ciel et le mépris de celles de la terre, surtout lorsque ceux qui les conduisent ont soin de joindre l'esprit de prière à leur travail, et de les offrir tous les jours à Dieu, se souvenant que celui qui plante et qui arrose n'est rien, et que c'est Dieu seul qui, possédant toute vertu, produit aussi l'effet. Comme la principale fin de leur éducation doit être de les sauver en nous sauvant avec eux, il faut aussi avoir plus de confiance en celui qui est le vrai sauveur et le vrai maître, qu'en tous les
4. Fontaine, qui a reproduit, en les commentant, les passages principaux de cette lettre, y ajoute quelques idées à noter : « M. de Saci conseillait toujours extrêmement qu'on ne se chargeât point d'autres enfants que de ceux qui avaient d'honnêtes gens pour père et mère. » L'éducation, à Port-Royal, comme dans Montaigne, dans Rabelais, dans Locke et dans Rousseau, conserve un caractère aristocratique. C'est le grand cœur de Peslalozzi qui se dévouera à ceux qui ont précisément le plus besoin d'être élevés, les pauvres, les abandonnés.