NOUVELLE MÉTHODE POUR APPRENDRE A LIRE
Il est certain que ce n'est pas une grande peine à ceux qui commencent, que de connaître simplement les lettres ; mais que la plus grande est de les assembler.
Or ce qui rend maintenant cela plus difficile est que, chaque lettre ayant son nom, on la prononce seule autrement qu'en l'assemblant avec d'autres. Par exemple, si l'on fait assembler f r y à un enfant, on lui fait prononcer ef, er, y grec : ce qui le brouille infailliblement lorsqu'il veut ensuite joindre ces trois sons ensemble, pour en faire le son de la syllabe fry.
Il semble donc que la voie la plus naturelle, comme quelques gens d'esprit l'ont déjà remarqué, serait que ceux qui montrent à lire n'apprissent d'abord aux enfants à connaître leurs lettres que par le nom de leur prononciation; et qu'ainsi, pour apprendre à lire en latin, par exemple, on ne donnât que le même nom d'e à Ye simple, l'as et l'œ, parce qu'on les prononce d'une même façon ; et de même à Vi et à l'y grec ; et encore à l'o et à Y au, selon qu'on les prononce aujourd'hui en France, car les Italiens font l'ait diphtongue.
Qu'on ne leur nommât aussi les consonnes que par leur son naturel, en y ajoutant seulement l'e muet, qui est nécessaire pour les prononcer : par exemple, qu'on donnât pour nom à b ce qu'on prononce dans la dernière syllabe de tombe; à d, celui de la dernière syllabe de ronde; et ainsi des autres qui n'ont qu'un seul son.
Que pour celles qui en ont plusieurs, comme c, g, t, s, on les appelât par le son le plus naturel et plus ordi-
vant cette méthode, ils diront Jesuse, sinon qu'on leur apprenne qu'il ne faut prononcer Ye à la fin que lorsqu'il y est effectivement; mais je ne vois pas comment pouvoir leur apprendre à prononcer les consonnes qui suivent les voyelles, par exemple en; car ils diront eue, au lieu de prononcer an, comme veut souvent le français. De même pour on ils diront one, et même, en leur faisant manger Ve, ils ne le diront de bon accent, si on ne leur apprend à part la prononciation de l'o avec Yn. » (Jacqueline Pascal, p. 265. Le :>1 janvier 1656 Arnauld écrit à la mère Angélique pour avoir la méthode de lecture de Pascal, afin de l'essayer sur un petit garçon de douze ans.
naire, qui est au c le son de que i, et au g le son de gue, au t le son delà dernière syllabe de forte, et à Ys celui de la dernière syllabe de bourse.
Et ensuite on leur apprendrait à prononcer à part, et sans épeler, les syllabes ce, ci, ge, gi, tia, tie, tii. Et on leur ferait entendre que Ys entre deux voyelles se prononce comme un z : miseria, misère, comme s'il y avait mizeria, mizère, etc.
Voilà les plus générales observations de cette nouvelle méthode d'apprendre à lire, qui serait certainement très utile aux enfants. Mais, pour la mettre dans toute sa perfection, il en faudrait faire un petit traité à part, où l'on pourrait faire les remarques nécessaires pour l'accommoder à toutes les langues 2.
Les hommes n'ont pas eu moins besoin d'inventer des mots qui marquassent l'affirmation, qui est la principale manière de notre pensée, que d'en inventer qui marquassent les objets de nos pensées.
Et c'est proprement en quoi consiste ce que l'on appelle verbe, qui n'est rien autre qu'tm mot dont le principal
1. Duclos a proposé d'employer le k à la place du c, qui servirait à rendre Je son de ch, lequel n'a point de caractère dans l'alphabet. Charles-Quint s'écrirait Carle-Kint.
2. « Tout ce chapitre est excellent, écrit Duclos, et ne souffre ni exception ni réplique. Il est étonnant que l'autorité de Port-Royal, surtout dans ce temps-là, et qui, depuis, a été appuyée de l'expérience, n'ait pas encore fait triompher la raison des absurdités de la méthode vulgaire. C'est d'après la réflexion de Port-Royal que le Bureau typographique a donné aux lettres leur dénomination la plus naturelle : Fe, he, ke, le, me, ne, re, se, ze, ve, je, et l'abréviation cse, gse; et non pas èfe, ache, ka, èle, ème, ène, esse, zède, i et u consonnes, icse. Cette méthode, déjà admise dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie, et pratiquée dans les meilleures écoles, l'emportera tôt ou tard sur l'ancienne par l'avantage qu'on ne pourra pas enfin s'empêcher d'y reconnaître; mais il faudra du temps, parce que cela est raisonnable. » {Commentaire sur la grammaire générale.) La victoire n'est pas encore complète.
usage est de signifier V 'affirmation, c'est-à-dire dëmarquerque le discours où ce moi est employé estle discours d'un homme qui ne conçoit pas seul. -ment les choses, mais qui en juge et qui les affirme; en quoi le verbe est distingué de quelques noms qui signifient aussi l'affirmation, comme affirmnns, affivmatio, parce qu'ils ne la signifient qu'en tant que, par une réflexion d'esprit, elle est devenue l'objet de notre pensée; et ainsi ils ne marquent pas que celui qui se sert de ces mots affirme, mais seulement qu'il conçoit une affirmation.
J'ai dit que le principal usage du verbe était de signifier l'affirmation1, parce que nous ferons voir plus bas que l'on s'en sert encore pour signifier d'autres mouvements de notre âme, comme ceux de désirer, de prier, de commander, etc.; mais ce n'est qu'en changeant d'inflexion et de mode, et ainsi nous ne considérons le verbe, dans tout ce chapitre, que selon sa principale signification, qui est celle qu'il a à l'indicatif. Selon cette idée, l'on peut dire que le verbe, de lui-même, ne devrait point avoir d'autre usage que de marquer la liaison que nous faisons dans notre esprit des deux termes d'une proposition; mais il n'y a que le verbe être, qu'on appelle substantif, qui soit demeuré dans cette simplicité, et encore n'y est-il proprement demeuré que dans la troisième personne du présent est et en de certaines rencontres; car, comme les hommes se portent naturellement à abréger leurs expressions, ils ont joint presque toujours à l'affirmation d'autres significations dans un même mot.
1. Ils y ont joint celle de quelque attribut, de sorte qu'alors deux mots font une proposition, comme quand je dis : Petrus vivit, Pierre vit, parce que le mot de vivit enferme seul l'affirmation, et de plus l'attribut d'ôire vivant; et ainsi c'est la même chose de dire Pierre vit que de dire Pierre est virant. De là est venue la grande diversité de verbes dans chaque langue; au