‹ L'éducation de la démocratie (volume 2)Chapitre 18 sur 85 · L'ORGAMSATÏON DES DIVERS TYPES D'E\SEIG\EME\T · texte numérisé non relu

L'ORGAMSATÏON DES DIVERS TYPES D'E\SEIG\EME\T

Par Cil. SEIGNOBOS.

Professeur à la Faculté des Icllrcs de l'L'uiversilé de f'aiis.

Je no VOUS décrirai jkis les insliliilions scolaires de la l'i-ance, comme il pourrait être utile de le fairedevant un auditoiie détrangers : je n'ai pas la présomption de vous expliquer un régime <[ue vous connaissez mieux que moi. Mais il m'a semblé qu'on arriverait [leut-ètre à apercevoir [)lus clairement le caractère de notre régime actuel en léludianl |i;ir une nK'tliode Iiistoi'i([ue, en cherchant comment et pourc^uoi il s'est établi.

Je voudrai^ donc \ous m^tnlicr dans quelle société ont été créés nos types d'enseignement, avec (juclles intentions et a\fc quelles res^ourci's. |iiiis ^iii\r(' l'évoUition de ce régime poui' \(tir dans (luelle mesure les générations successives l'ont adapté aux

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conditions nouvelles de la société. Alors, je pense, apparaîtra ce qui dans nos institutions scolaires a été créé pour satisfaire à un besoin de la société de notre temps et ce qui répond à une organisation sociale disparue, ou à une conception abandonnée.

En distinguant ainsi les créations modernes des survivances de l'ancien régime, nous avons chance d'arriver, par un procédé impersonnel, à une conclusion pratique : nous pourrons faire un départ entre les parties vivantes et les parties mortes de notre système d'enseignement.

1, — Dans cette étude historique, je suis obligé de remonter très haut ; les institutions pédagogiques sont, après les institutions funéraires, celles qu'on change le plus lentement ; les unes parce que les vivants ont peur des morts, les autres parce que les grandes personnes s'inquiètent très peu de ce qu'on fait faire aux enfants. C'est donc au Moyen âge (ju'il nous faut aller chercher le commencement de notre régime d'enseignement. I)u Moyen âge nous viennent non seulement les robes dont nos professeurs s'alVublent encore dans les cérémonies, mais, bon nombre de nos mots lecliniques : Uiùversilé, Faculté, recleui\ colU'fjc-s^ classes^ doctorat, licence y baccalauréa/ , iy\ec. les institutions qu'ils désignent <■!

d::s i)ivi-ns ivi'KS d'i:nsi:ig\i:m:.nt 101

qui nous sont parvenues i)ai' une liadilion piesquc ininlerrompuc.

1" I*ourquoi les gens du Moyen âge ont-ils créé leurs Iniversilés et leurs Facultés, leurs collèges et leurs classes, leur doctorat et leur licence ? Dans quelles intentions ? Kt avec quelles ressources ? 11 est bon de s'en rendre compte, car là est l'explication de leur régime, — et rex[)lication du notre, qui en est la continuation.

Tous les établissements (renseignement du Moven âge ont été fondés pour satisfaire un besoin pratique ; tous ont été des écoles pjo/e.ssionnelies, où l'on préparait les élèves à un métier : la Faculté de droit fabriquait des bommes de loi, la Faculté de médecine des médecins, la Faculté de tliéologie des prédicateurs. Les Facultés étaient des écoles spéciales, on n'y apprenait la science qu'en vue d'un métiei' et dans la mesure où on la croyait utile à ce métier. Comme toute la science s'enseignait en latin, il fallait d'abord a|)pren(li'e le latin. C'est à quoi servait la Faculté des arts, que les Allemands ont appelée Famllé de jthilosophie et que Napoléon a scimb-e en Faculté des Sciences et Faculté des Lettres. iCIle était une érole /n-riinraloirc pour les écoles professionnelles. On y enseignait le lalin pour une

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raison pratique, comme aujouririiui on enseigne Fangluis dans une école de commerce.

î2° Presque toutes ces écoles ont été d'abord des écoles ecclésiastiques, parce que les professions ecclésiastiques étaient les seules à donner les moyens d'existence aux gens sans ressources qui ne voulaient pas travailler de leurs mains. Cette société faisait une grande consommation de prêtres et de clercs de tous les degrés; elle avait besoin surtout de séminaristes, grands et petits. Ce sont des clercs qui ont formé le corps des professeurs, des apprentis clercs qui ont fourni les élèves. Le personnel de renseignement a été un personnel clérical.

Dès sa naissance, il forme un monde séparé, à côté de la société. Il se recrute dans les classes pauvres. Professeurs et élèves sont de pauvres diables ; ils vivent de charité, de fondations, d'aumônes et ne mangent pas toujours à leur faim. L'étudiant par excellence, en Allemagne, est le boursier, le llursch [bursarim). Mais ce prolétariat n'est pas démocratique, ces prolétaires ne travaillent que pour sortir de leur condition, les écoles sont des fabriques de déclassés.

Les « écoliers » ont d'abord vécu au jour le jour, dans les auberges, non sans scandale. Puis, quand

DES nivr.ns tvpks dknskicnkmknt 108

les donalcurs ont voulu assurer aux jeunes écoliers une vie réi;ulière, ils ont, loul nalnrellemenl, adoplé le lype qu'on regardait alors comme l'idéal de l'établissement ecclésiastique, le couvenl de religieux soumis à une rcgle. Ainsi ont été l'ondés les collèfjes avec leurs traits caractéristiques : l'internat, — les grands bâtiments cloîtrés pour qu'on n'en puisse pas sortir à volonté, — étroits parce qu'ils sont dans la ville auprès de l'Université, — l'entassement dans un espace resserré qui rend impossibles l'activité physique et les soins du corps, — le dortoir, le réfectoire, les salles d'études, la vie en commun, qui ne permet à personne de s'isoler, — la discipline monastique, le silence, les punitions corporelles imitées de la règle des moines, qu'on jugeait alors nécessaires pour maintenir Tordre matériel, — enlin la vie exclusivement entre hommes, car toute règle ecclésiastique est hostile aux femmes.

Dès lors, le monde universitaire est réparti entre deux degrés, qui sont l'origine de nos degrés d'enseignement. La Fjiculté des arts, devenue école préparatoire, re(;oit les jeunes garçons internés dans les collèges, c'est notre enseignement secondàîrc. Les autres Facultés, restées écoles professionnelles, reçoivent les étudiants (|ui restent libi'es, c'est notre en-

seignement supérieur. Il n'y a pas place dans Celle société aristocratique pour un enseignement primaire régulier.

Aux deux degrés, l'instruction est donnée suivant un même système. Elle a été organisée par des hommes qui se représentaient toute science comme une révélation exposée dans des livres. Enseigner, c'était répéter ce qu'avaient dit les Pères ou les docteurs de l'Église, Justinien ou les jurisconsultes, Galien ou Aristote. Les études préparatoires consistaient à apprendre la grammaire, et plus lard la rhétorique et la logique, dans des livres où les règles étaient formulées.

Le professeur rencontre ses élèves dans une salle nue, à peine meublée de bancs ou de tables, sans aucun matériel d'enseignement. 11 n'a qu'un moyen d'action, la parole ; c'est le temps où les ordres prêcheurs viennent de mellre à la mode le sermon et où l'on croit à l'efficacité magique de la parole. Il parle ou plutôt il lit, il dicte, les écoliers écrivent. En Allemagne encore la leçon s'appelle Yorhmng, en Angleterre lerlure. Puis les écoliers apprennent par conir et récitent. Ainsi l'enseignement prend le caractère qu'il n'a jamais complètement dépouillé; il se fait exclusivement par la parole et par les

DF.S nivrns TVIM.S D KXSF.IGM'.Mr.NT lOo

livres, sans aucun appel à la vue directe des réalités.

Il y a désormais deux systèmes d'éducation radicalement opposés. Le laïque, culliNateur, artisan, marchand, guerrier, apprend son métier en le pratiquant de ses mains, cela s'appelle apprentiswfje. Le clerc apprend parla parole et par les livres, })arce que son métier ne consiste alors qu'à parler et à lire. i^t, depuis que les enfants sont soumis à deux méthodes opposées, la nation se trouve coupée en deux : les uns apprennent à Iravailler et ne savent pas se servir de leur langue, ce sont les gens z«r?///e^,les autres apprennent à parler et ne savent pas se servir de leurs mains ni de leurs yeux, ce sont les gens r(f//if:é.s.

Jusque \ers la (in du .Moyen âge la culture [»ar le livre est restreinte aux clercs et aux professionnels du droit et de la médecine ; elle n'atteint ni les travailleurs manuels, ni les marchands, ni même les nobles. Elle n'est encore que la culture d'une classe spéciale, en marge de la nation,

II. — Ce régime a été modihé par le grand mouvement d'esprit qui a rempli le xvi^ siècle et que nous appelons « 1 humanisme », la réforme, la contreréforme. 11 n'a pas suhi une Iransformalion profonde.

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Tout l'organisme des Universités, des Facultés, des collèges s'est conservé. L'usage de répartir les élèves des collèges en plusieurs rla.s.se-s successives s'est alors fixé et achevé ; mais la classe était une création delà fin du Moyen âge. On en a seulement augmenté le nombre, en le portant à six, sans compter la philosophie. Le statut de 1598, quia réformé l'Université elles collèges de Paris après la pacification religieuse du règne de Henri IV, n'a guère été qu'une restauration.

Cet ancien régime restauré s'est maintenu jusqu'à la Révolution, — et au delà. Le tableau des heures de classe et de récréation (la classe de huit à dix heures, de deux heures et demie à quatre heures et demie), est à peu près identique à l'emploi du temps dans nos lycées. Il est vrai qu'à côté des anciens collèges de l'Université les Jésuites avaient créé leurs nouveaux collèges ; mais on sait aujourd'hui qu'ils ne s'étaient pas souciés d'innover et avaient seulement copié les collèges de Paris ou de Louvain.

La seule innovation importante entre le xvi*^ et le xvju*' siècle a été produite par un changement dans les mœurs de la société. Les collèges ont étendu leur clientèle d'élèves. A côté des boursiers qui se préparaient aux professions spéciales sont venus les

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fils des gens riches (nobles et gros bourgeois), pavant pension pour être admis dans le collège. L'apprentissage des méliers universitaires ne leur convenait plus, puisqu'ils ne se prépaiaientà aucun de ces méliers. Les parents riches ont réclame pour leurs lils une éducalion qui les préparât à tenir leur rang. Or, de|)uis riiumanisme, il ne suffit plus à un homme bien né de savoir se battre ; il faut jiouvoir prononcer une harangue dans une réception officielle ou tourner une pièce de vers pour une fête. C'est le temps où l'Académie des inscriptions est fondée pour rédiger les inscriptions des monuments. Le collège apprendra donc au futur homme du monde à com[>oser des discours et des vers, — en latin, car le latin est encore la langue noble.

Alors le discours et les vers s'ajoutent à l'ancien enseignemenl, ils vienncnts'inlercaler entre la grammaire et la philosoi»hie. C'est encore un apprentissage |)rofessionnel, on Vn inlro(hiil dans les collèges pour i(''p()M(lic à un booin |)ialique. — comme on enseignerait la correspondance commerciale à des élèves commei-çanls. L'idée de créer un enseignement sans l)ul praliqne. uni(iuenienl pour servir de gymnasticpio intellectuelle, n'a jamais dirigé aucune création réelle. iM. Langlois l'a très bien

i08 I. b:DLC\Ti()\ DK i,\ d:':moci'.atii-:

moiilré '. 11 en est des pratiques pédagogiques comme des rites religieux. C'est quand on a cessé de croire à l'efficacité réelle d'un rite qu'on se met à le regarder comme un symbole. De même, quand un ancien procédé d'enseignement a cessé de servir à un besoin pratique, on l'explique — et on le justifie — comme exercice de gymnastique.

Comme ces exercices n'avaient par eux-mêmes aucun attrait, on a été amené à y intéresser artificiellement les élèves en faisant appel à leur vanité qu'on appelait « émulation » ; on a institué les compositions, les places, les prix, les distributions de prix en grande cérémonie, et même les représentations devant le public de la ville. Les J('»suites ont donné l'exemple, les autres collèges ont suivi. L'Université de Paris au xviii" siècle a créé le « concours général » entre les élèves de tous les collèges de Paris, cette institution si caractéristique de nos ma3urs scolaires, qui a traversé tout le xix" siècle.

L'enseignement secondaire, jusqu'à la fin du

xvHi" siècle, a gardé les caractères essentiels qu'il

' avait pris au Moyen âge ; c'est un enseignement

verbal, donné à des enfants cloîlrés, par un per-

(1) Dans son élude « L'Enseiynement des langues anciennes » publiée par la Revue de Paris.

Di.s Divi-ns T\i'i:s dknskignkmlnt 1U9

sonnel clérical. .Mrme après re\i)uIsioii des Jésuites, n iiivorsilé a créé l'insliUilion des agrégés, rccrulés au concours, pour consolider la corporation. .Mais à ce caractère verbal, claustral, clérical, s'est joint un caractère aristocrali(|uo : avoir passé par le collège devient lu marijue (ju'on appiirtientà la classe supérieuio. Dans un même établissement, on élève à la fois (le futurs clercs et de jeunes gentilsliommes. La contradiction entre ces deux conceptions donne à tout l'enseignement un caractère indélébile d'incohérence.

Quant aux Facultés supérieures, en France, au x\ia' siècle, elles sont réduites à des bureaux d'examen où l'on vient prendre les grades exigés [)Our les carrières pratiques ; il ne s'y donne plus d'enseignement. I.e gouvernement é[)rouvele besoin d'écoles spéciales pour former ses employés, et naturellement il commence au wui^ siècle par créer les écoles iiiililaires ; ce sont les plus anciennes écoles laïques.

III. — Toute cette organisation paraît devoir s'éci'ouler au moment où tombe l'ancien régime. Les Iniscrsité-s cl les collèges sont supprimés et les hommes de la Uévolution [)réparent des systèmes d'enseignement radicalement dillérents, fondés sur une noiiNclle conception d'cnscnibl*'. ha jiliis colié-

llO l'édiigatiox m: la démocp.atif,

rente est celle de Condorcel : un enseignement gratuit, démocratique, rationnel, donné au moyen des sciences nouvelles, ori2;anisé en un système unique à cinq degrés, — |)rimaire, primaire supérieur, secondaire, supérieur, et au degré supérieur, l'Institut national, regardé comme l'établissement où la science doit s'élaborer.

Mais les gouvernements révolutionnaires n'ont eu ni l'argent ni le temps nécessaires pour établir un régime complet ; ils n'ont créé que des fragments, l'Institut, les Écoles centrales, quelques écoles primaires.

Quand Napoléon a pris le ])ouvoir, il a pu l'aire pour l'enseignement ce qu'il faisait ailleurs : il a restauré l'ancien régime : les Facultés, les collèges avec rintcrnat, la discipline claustrale, l'enseignement par le latin et les mathématiques, les anciens exercices, les anciens procédés d'émulation, et même l'ancienne organisation cléricale du personnel. Si vous voulez savoir à quel point l'Université de Napoléon est une restauration de l'ancien régime, lisez les livres de deux admirateurs de Tancienne Université, E. lîendu, 31. Ainbroise Rendu cl l'UniversUé de France (1816) et Jourdain, Histo'ue de rUn'wenité de Paris (180:2). Le gouvernement delà Restauration

i)i;s ni\i:i;s tvi>i:s d i:\skign[-.mi:\t III

n'a eu rien à y changer pour l'adaplcr à sa conception de l'enseignemenl.

Le svïilènie rcslail incomplet. .\i .Napoléon ni le gouvernement de la lieslauration ne tenaient àavoir d'école primaire: les travailleurs manuels, disait-on, n'ont besoin que d'un apprentissage manuel. Même pour les enfants de la bourgeoisie, les établissements secondaires étaient insuffisants; il y enavait trop peu pour contenir tous les élèves; le surplus était mis dans des pensionnats privés, que le gouvernement tolérait, et quiconservaieulla tradition des collèges. Le clergé préparait ses futurs prèti'cs dans les petits séminaires et ne se faisait pas scrupule d'y admettre des élèves de contrebande. Les Facultés étaient devenues des écoles professionnelles. Deux écoles spéciales, Polyteclini(}ue et Normale, avaient été créées, qui, en 1 absence de tout enseignement dans les Facultés des sciences et des lettres, allaient devenir de petites Facultés, annexées à un internat, où l'on pré[Kirait des fonclionnaires.

La bourgeoisie libt'rale qui a gouverné la l''rance pendant le xix*' siècle n'a presque pas touché à l'édilice de .Napoléon. File y a seulenienl ajuuté {juchjues annexes. Dans l'enseignemenl supérieur on a créé (luehiues écoles spéciales, r.liaiics, i>]cole centrale.

Mines, Ponts et Chaussées, Langues orientales, — institutions modernes, mais à personnel restreint et à but spécial. — Dans l'enseignement secondaire on a introduit depuis 18^9 le professeur d'histoire moderne, — après 1838 les maîtres de langues modernes, — en 18iT, les classes de mathématiques. — Dans l'enseignement primaire, des écoles primaires communales payantes ont été créées par Guizot en 1833.

Mais l'enseignement supérieur garde le caractère d'écoles spéciales fragmentaires sans vie scientifique. L'enseignement secondaire reste un enseignement verbal, claustral, aristocratique et donné par une corporation dont les membres gardent inconsciemment l'idéal qui consiste à former les élèves à leur

image.

A la fin seulement du second Empire apparaissent des institutions vraiment nouvelles, inspirées de l'esprit de la Révolution. Cesont les deux créations de Duruy : rcnscignemenlsecondaire spécial, — l'Kcole pratique des hautes éludes, tentatives poui- fonder l'enseignement secondaire sur li-lude de la réalité conlemi)oraine et l'enseignement supérieur sur la pratique de la science.

Je crois ne l'ieii avancer (jui no soit évident et

DliS DIVERS TYPES d'k NSF.ICNKMENT 113

reconnu de lous en disant que les réformes les plus profondes de noire système d'enseignement sont l'œuvre de la Hépublique et ont été opérées dans ces vingt dernières années. Il me suffira de les rappeler.

Dans l'enseignement primaire, c'est l'école primaire nationale, yyr////c7e, c'est-à-dire démocratique, laif/tœ, c'est-à-dire rationnelle ; — avec son personnel d'instituteurs des deux se\es devenu personnel d'Ktat. — ses écoles préparatoires, Normales primaires et Normales supérieures de Fontenay et de Saint-('.loud), — son personnel d'inspecteurs, ('/est l'école primaire supérieure, avec son recru tenent des élèves par le concours, rpii vient combler la lacune entre l'école de la commune et le lycée du département.

Dans l'enseignement secondaire des femmes, c'est le lycée ou le collège de jeunes Olles, avec son enseignement moderne, sa disci[)line familiale, sur le principe de l'externat, son personnel nouveau de professeurs, qui donne entin à la bourgeoisie le moyen de faire élever ses filles autrement que par l'industrie privée des couvents et des pensions laïques.

Dans l'enseignement secondaire des garçons, c'est l'enseignement moderne, qui peu à peu se fait

I KKif:. Il'-: i.\. [«k\io(;ii\TiE.

114 l'kdlcation de la démocratie

reconnaître l'égal du \'ieil enseignement classique.

Dans l'enseignement supérieur, c'est la réorganisation des Facultés des Lettres et Sciences, qui deviennent des établissements scientifiques donnant l'enseignement à de vrais étudiants et des établissements de préparation rationnelle, où se forment les professeurs de l'enseignement secondaire. C'est la reconstitution des Universités à l'état de corps autonomes, la création de la section des sciences physiques^ chuniques, naturelles, qui relie la Faculté théorique des Sciences à la Faculté pratique de Médecine. C'est la création ou la reconstitution de nouvelles écoles spéciales d'agriculture, de commerce, de physique et chimie industrielles, d'archéologie, d'administration coloniale.

Toutes ces réformes sont faites dans l'esprit de la Kévolution ou dans l'esprit scicntitlque du xi\*^ siècle pour répondre aux besoins d'une société démocratique et rationaliste.

IV. — Cette revue historique de l'évohilion de nos divers types d'enseignement va nous permettre de conclure, en distinguant ce qui nous est resté de l'ancien régime et ce qui est de constiuction modei-ne, — ce qui a été établi pour une société cléricale et aristocratique qui voulait former des prêtres et des

DtS DIVKRS TVPF.S D'ENSHIGNENrENT llo

genlilsliomines — et ce qui a élé ajoiilé ou rélurmé eu vue d'uue sociélé dômocralique [tour rormer ilcs ciloyeiis et des Iravailleurs.

Noire enseiguemenl primaire est loul neuf, il a élé consUuil iulenlionuellemenl pour èlre démocrati(iue el laïque; il s'adresse à tous, il cherche à faire coniiailre les élémeuts de la science. La mé- Ihoile seule, daus ce qu'elle a de verbal, porte lii marque de l'ancieu régime, qui lui est venue par l'imitation de l'enseignement secondaire.

Notre enseignement supérieur, sous ses vieux noms, est un type rénové, démocratique aussi et scientilique. Il a conservé la liberté de l'étudiant. 11 a réalisé l'idée moderne de léducalion scienli(i(|ue pratique, en ajoutant à l'enseignement oral [»ar les cours l'apprentissage direct de la science par les laboratoires, les instituts, les séminaires à l'allemande; il a organisé l'apprentissage technique parlesécoles d'application. Mais il n'est pas devenu un ensemble organique. Il se compose encore d'un amas d'écoles spéciales tout u lait isolées. Deux d'entre elles, l*olytecliiii(|ue et Normale, sont restées de [)etiles Facultés, qui font maintenant double emploi avec les Facultés réorganisées. — Le lien établi entre les Facuib's m'csI (in'im lion adminislralif, non un lien

scienlifique. — Les anciennes Facultés de Droit et de Médecine n'ont plus le caractère d'écoles professionnelles; l'apprentissage de la médecine a passé dans les hôpitaux, celui du droit dans les études de praticiens. — Les nouvelles Facultésde science pure (Sciences et Lettres) ne sont pas coordonnées avec les anciennes. On a commencé à établir la coordination entre la Faculté des sciences et la Faculté de médecine par la création de lasection dite F. C. N.; on n'a pas fait la réforme correspondante pour relier la Faculté des Lettres à la Faculté de Droit.

Notre enseignement secondaire est celui qui conserve le plus de l'ancien régime. Il est resté fondé sur un[)rincipecommercial, donc aristocratique, ouvert seulement aux enfants de la bourgeoisie qui peuvent payer. Les bourses mêmes ne le rendent pas démocratique, parce qu'on tend à les accorder plutôt aux « services » des parents qu'au mérite des enfants, .le n'ai pas besoin de vous rappeler dans quelle mesure il est encore verbal et claustral. Il n'est pas libre de se réformer parce qu'il est entravé par son caractère commercial et la concurrence avec les entrepi'ises privées. Il n'est donc pas démocratique, et il n'est (priniparfaitement scientilique. L'enseigncmenI

Di:S DIVKHS TYPES D'iiNSKIGNEMIiNT 117

secondaire des fdles, bien (juil soit une créalion moderne, est entravé par le même motif.

Ces enseignements divers ayant été réparés ou construits séparément, ne forment pas un tout organique. Le primaire et le secondaire ne sont pas unis i>ar un lien démocratique, puisque le secondaire n'est ouvert que moyennant finances. Entre le secondaire et le supérieur, le seul lien est le baccalauréat: je ne crois pas qu'on puisse l'appeler un lien scientifique,

L'I'niversité a été d'abord une forteresse ecclésiastique, bàlie pour maintenir la domination du clergé sur la société laïque, occupée d'abord uniquement par des clercs. Plus tard, à re\em})le des Jésuites, on y a laissé entrer les fils des laïques notables, mais à l'état d'otages. La société moderne a bâti des maisons nouvelles pour ses besoins nouveaux, les écoles primaires, les écoles de filles, les écoles supérieures. Elle a i-ebàti les l'acullés à la mode moderne. Dans la vieille forteresse des collèges elle a mis une garnison laïque, elle a même fait au dedans des aménagemeuls nKnlerncs. .Mais le collège est toujours une forteresse où les enfants sont enfermés entre des murs, avec des livres, sous des surveillants, loin de

118 l'ÉDLCATIOX de la DtMOCr.ATlE

la société des femmes, sans conlact avec la vie. Le principe même est en désaccord avec les besoins d'une société démocratique, à qui il faudrait des citoyens habitués à la vie réelle et capables de se diriger eux-mêmes.

En arrachant les enfants de la bourgeoisie à la vie de la nature pouries faire vivre dans ces murs et avec ces livres, on les rend incapables d'activité physique eldinitiative spontanée; on en fait des êtres sédentiires, passifs, rongeurs de livres ou fonctionnaires, impropres aux occupations pratiques qui demandent du mouvement, qui exposent aux aventures et à l'imprévu. C'est là le seul motif de supériorité des peuples anglais dans la vie économique. Les jeunes Anglais et lesjeunes Américains ne sont ni plus intelligents, ni plus énergiques que les Français; mais leur éducation ne leur a pas désappris b. se servir de leurs mains et de leurs jambes; ils restent capables de se remuer et de travailler. Chez nous, la séparation entre les élèves du livre et les élèves du métier pratique, qui a commencé au Moyen âge, est perpétuée par notre enseignement secondaire. Peut-être même va-t-elle se communiquer aux bons élèves de l'école primaire, et aux jeunes filles; ce serait le plus terrible danger pour une nation.

DLS DIVKUS TVl»t:S D'tNStlG.NKMtXT 11 IJ

Commen l organiser renseignement pour permellre il l'enlanl de s'inslruire sans cesser de vivre, pour lui faire acquérir la science sans lui ùler l'apliludeà la vie pratique? Voilà le problème qui domine toute la réfoime de Icducation dans une démocratie. Peut-être sera-l-il résolu par l'évolution de l'industrie (jui, en détruisant l'apprentissage auprès d'un |ialron, va forcer enfin à trouver un ri'gime qui combine renseignement théorique de la science avec l'apprentissage de la vie réelle.

Celui-là seulement sera le régime acceptable pour une démocratie.

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