‹ L'éducation de la démocratie (volume 2)Chapitre 29 sur 85 · DANS L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE · texte numérisé non relu

DANS L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

Par Ju-..,.rES IIADAMAHD, Proros-eur adjoint à la Facullc îles ircienccs de TUniversiti'' île Paris.

Je suis, je dois l'avouer, un peu eiïrayé à la pensée de succéder aux orateurs que j'ai applaudis avec vous el dont la parole éloquente et spirituelle a été le meilleur éloge que Ton puisse faire de la culture classique. L'enseignement scientifique, dont j'ai à vous entretenir, mérite cependant, lui aussi, d'être examiné devant vous; nous verrons qu'il le mérite peut-être plus que tout autre, quelque opinion que l'on ait sur son utilité, jtar celte seule raison que le développement des sciences est de date récente.

Ce fait explique tout d'ajjord Figuorance el, par conséquent, les id('es fausses qui rêgiuMil li-op souvent sur leur compte : idées si étranges cl (|ui inil eu c<'i)endanl une si grande inlliK ikc 11 est déjà

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étonnant de voir des écrivains de la compétence de M. Fouillée ^ refuser à l'enseignement scientifique un rôle quelconque dans la culture de l'intelligence : cela s'expliquerait à la rigueur par l'état actuel des choses. Mais l'opinion a été souvent plus simpliste encore. Un homme qui n'est pas le premier venu, dont le nom est certainement familier à chacun de vous, expliquait ainsi la poussée imprévue qui, lors de l'ouverture de l'Ecole normale de Sèvres, a entraîné une grande partie des candidates vers la section scientifique : « Les femmes ont plus de mémoire que de jugement; les sciences étant exclusivement affaire de mémoire, il n'est pas étonnant qu'elles les cultivent de préférence. »

11 faut déjà voir une preuve irréfutable de la nécessité de fortifier les études scientiliques dans l'existence d'un tel état d'espril, dans ce fait que des hommes qui jouent un rôle important dans la vie intellectuelle de notre pays aient été étrangers aux idées dont est faite la science moderne au point de ne pas supposer que de telles idées existent.

Une évolution est d'ailleurs certaine : les conférences et les discussions auxquelles vous avez assisté

(1) Voir, par exemple, lievue scientifique, 29 mars 1902, p. 38(5- 3«7.

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en font loi. On commence ù s'en rendre compte : une Iranstormalion aussi rapide et aussi générale que celle qu'a subie la civilisation dans ce siècle ne reconiiaîl pas pour cause première, pour cause profonde, un progrès accompli dans la manière de produire la lumière ou de tirer les véhicules, mais un progrès dans la façon de penser.

Mais ce qu'il est nécessaire de rappeler ici, c'est en quoi consiste cette nouvelle éducation qu'a subie l'esprit humain.

La tendance qui, certes, est aussi vieille que l'es- [trit humain lui-même, mais qui n'a acquis son plein développement et joué son véritable rôle que dans les temps modernes et qui s'appelle fesprit scienti- //y//e, peut être caractérisée d'un mot en disant (ju'elle se résume à la rigueur dans la règle connue de Descaries : « Ne rien tenir pour certain qu'on ne reconnaisse évidemment être tel. » C'est l'esprit scienlilique qui nous astreint à juger personnellement des choses, à discerner la vérité non à l'autorité de celui qui la proclame, ni — ce qui est tout aussi fréquent et tout aussi funeste — à la beauté de la forme, à hi puissance de l'expression qui lui a été donnée, mais à ses caractères propres.

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