‹ L'éducation de la mémoire musicaleChapitre 1 sur 15 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

M. Lucien Lambotte, directeur du Conservatoire de Luxembourg, musicien d'une rare érudition, compositeur éminent, pianiste accompli, chef d'orchestre de grand talent, vient d'écrire une œuvre dont l'intérêt n'échappera à aucun musicien, œuvre doublement précieuse puisque rien de similaire n'existe chez nous.

Je n'ai pas la prétention de donner une analyse détaillée de ce précieux « traité de la mémoire ». Je veux au moins en indiquer sommairement l'intérêt. M. Lambotte précise avec finesse et explique victorieusement, combien utile, combien nécessaire est le travail de la mémoire.

Cet ouvrage devra être le vade mecum de tout professeur sérieux, aimant vraiment son art et ses élèves. Il y trouvera la solution des principaux problèmes qui se posent pour la plupart des élèves et même des virtuoses, lorsqu'il s'agit de mémoire fidèle et sûre.

Mais il ne s'agit pas seulement de professeurs ou d'artistes. J'ai la conviction que les élèves, même les élèves peu avancés, tireront le plus grand profit de l'étude appronfondie de cette théorie de la mémoire. C'est l'élève lui-même qui doit expérimenter ses propres facultés pour combler ses lacunes. Par ce <( self control » il pourra acquérir une

méthode de travail rationnelle, et ce développement si précieux de la mémoire contribuera aux progrès généraux. Et tout comme j'ai dit que l'ouvrage de M. Lambotte sera un vade mecum pour le professeur, il le sera aussi pour l'élève mstrumentiste et même pour le chanteur.

M. Lambotte consacre un long et intéressant chapitre à la volonté. C'est, en effet, de la volonté et de la concentration que dépend le vrai et utile travail de la mémoire. Je ne veux pas parler ici de certaines mémoires fabuleuses, comme étaient celle de Saint-Saëns, ou celle de Busoni (i), qui pouvait jouer sans préparation la presque totalité de la littérature du piano, comme sont encore aujourd'hui celle de Godowsky, extraordinaire, ou celle, légendaire de Toscanini, je pourrais ajouter celle de M. Lambotte lui-même, dirigeant par cœur les œuvres symphoniques ou concertantes de Mozart et Beethoven à d'Indy, Tchaïkowsky et Strauss et ce n'est pas une sinécure que d'accompagner sans musique devant les yeux un soliste nerveux ou traqueur !... Non, je veux parler du virtuose obligé de jouer souvent, martyrisé quelquefois par la peur, ou gêné par un mauvais instrument, lorsqu'il s'agit d'un pianiste. C'est à cet artiste que les conseils indiqués avec tant d'intelligence et de clarté seront utiles et nécessaires.

On pourrait faire des compliments sans réserve à ce remarquable travail. Mais comme M. Lambotte est à la recherche de ce mieux que l'on calomnie en le prétendant l'ennemi du bien, je me permettrai de lui dire que je ne

(1) Edit. Dent. : Biographie de Busoni (Oxford).

crois pas à la mémoire numérative. Je crois plutôt à la mémoire du doigté. C'est presque ce que M. Lambotte appelle la mémoire musculaire... Il me resterait à montrer les conséquences de cette étude à l'égard de la pédagogie. Mais, tous ceux qui auront pris connaissance de ce traité avec l'attention qu'il mérite, devineront sans peine quelle remarquable contribution il est pour l'enseignement en général et pour l'enseignement du piano en particulier,

Page 1