COUP D’ŒIL GÉNÉRAL
tenter pour notre affranchissement : théorie absurde et qui dénote une telle habitude de penser avec des mots et une telle ignorance des faits élémentaires de la psychologie, qu’on s’étonnerait de la voir soutenue par des philosophes de valeur, si on ne connaissait la suggestion puissante exercée parles théories préconçues, suggestion qui donne à l’esprit des œillères qui l’empêchent de voir les faits les plus manifestes.
L’autre théorie, celle du libre arbitre, n’est ni moins naïve ni moins funeste, en ce qu’elle considère la réforme du caractère comme l’œuvre d’un instant et qu’elle a certainement éloigné les moralistes de l’étude de la psychologie : ce n’est cependant que dans la connaissance approfondie des lois de notre nature qu’on peut trouver les indications qui nous permettront la réforme de notre caractère.
Le terrain déblayé de ces deux théories, nous sommes entrés dans l’étude psychologique de notre sujet. Nous avons remarqué le grand pouvoir que nous avons sur nos idées, et le faible appui qu’elles peuvent nous donner directement, tandis que nous ne pouvons presque rien directement sur le sentiment tout-puissant sur nous. Mais heureusement, avec l’aide du temps et d’une diplomatie pénétrante, nous pouvons tourner toutes les difficultés et, par des procédés indirects, arriver à triompher lorsque la défaite semblait certaine. Ces procédés qui nous donnent la maîtrise de nous-mêmes, nous les avons patiemment étudiés dans les chapitres sur la réflexion méditative, sur l’action, et nous avons dû, pénétrés de l’étroitesse des rapports du physique et du moral, examiner en un chapitre d’hygiène les conditions physiologiques favorables à l’exercice de la volonté.
LES MOYENS INTERIEURS
La partie purement théorique de notre œuvre est donc terminée : il nous reste à descendre dans le détail, et à appliquer à la vie de l’étudiant les grandes lois générales étudiées jusqu’ici en elles-mêmes. En d’autres termes, nous devons étudier de près la nature des dangers précis qui menacent l’autonomie morale de l’étudiant, et la nature des secours qu’il peut trouver, pour y parer, soit en luimême, soit au dehors.
Nous divisons cette deuxième partie, qui est un traité pratique, en deux livres, les livres IV et Y.
Le livre IV comprend deux grandes divisions : l’une consacrée aux ennemis à combattre [pars destruens ), l’autre ( pars construens ), est l’exposition des méditations propres à provoquer chez le jeune homme un vif désir d’une vie énergique uniquement soumise à la volonté.
Le livre V passe en revue les alliés extérieurs que l’étudiant peut trouver pour l’éducation de sa volonté dans la société qui l’environne.