‹ L'éducation de la volonté (volume 3)Chapitre 24 sur 41 · A SENTIMENT · texte numérisé non relu

A SENTIMENT

rieuse, n'est-ce poin contre cet instinct si leurs : elle est dans raison de voir dans rénwgie de la volon possibilité de tous le

Mais si le triompl comme ailleurs, pluî coûte d'efforts et d' sont variés, comme

Il est urgent d*ab( diatement prédispos son sommeil, ne se < lever dès qu'on est é leux qui invitent au volonté est trop fail réveil, on devra avo ne craindra pas d's nous obligera à nou!

moment-là.

De plus, Tétudianl les mets échauffants reux dont on n*a qu lui de choisir loin d( plein d'air et de sol quelques mets facile

Il devra éviter les en sa chambre une modérée. Il devra s( travail du lendemaii la lassitude ; il se c

l'esprit. 11 faut éviter la lecture des romans, et surtout des livres ou des journaux graveleux. Il est telle page de Diderot qui équivaut à Tabsorption d'une substance violemment aphrodisiaque.il faut éviter la vue des gravures obscènes plus dangereuses encore pour le calme de Tesprit que les descriptions. Il faut éviter la société de camarades libidineux : il faut prévoir les occasions jusque dans les menus détails, ne jamais se laisser surprendre par la tentation. Au début elle est une simple pensée encore sans force, qui s'insinue. Si à ce moment, on est en éveil, rien de plus aisé que de chasser l'importune. Mais si on laisse les images se préciser, si on prend, plaisir à les évoquer et qu'on s'y complaise, il est trop tard.

Voilà pourquoi le souverain remède est le travail de l'esprit. Lorsque la pensée est fortement occupée, les timides sollicitations de la passion sont arrêtées, impuissantes, au seuil delà conscience. Nulle audience ne leur est accordée. Elles n'ont chance d'entrer que lorsque l'esprit est vide. Il est en effet plus vrai qu'on ne croit que l'oisiveté est \a^ mère du vice. Aux moments de rêverie, ou au moment où Tesprit est inoccupé, laitentation s'introduit dans la conscience : l'attention en se portant sur elle, la fortifie, la précise. L'éveil des souvenirs gravés dans la mémoire s'opère de proche en proche, et le parti de la bête sensuelle v$l s'organisant jusqu'au moment où la volonté raisonnable abdique, laissant le champ libre aux puissances animales.

Aussi peut-on dire sans crainte de se tromper, que le paresseux, l'oisif, seront très habituellement asservis à leur sensualité, non seulement parce que le vide de leur pensée laisse la conscience ouverte en quelque sorte aux suggestions sexuelles, mais aussi parce qu'un homme, un jeune

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homme surtout, a besoin de plaisir, de secousses vives. Et li^rsque ce plaisir, ces secousses, oa ne va pas les demander au travail intellectuel, aux distractions saines et robustes, il est fatal qu'on aille les demander plus énergiques et plus violentes aux habitudes vicieuses ou à la débauche.

C'est pourquoi il ne suffit pas d'avoir l'esprit occupé pour résister aux passions sensuelles, il faut que cette occupation apporte avec elle le plaisir, la joie du travail fécond. Le travail dispersé, l'attention éparpillée sur trop d'objets, n'entraînant avec soi nulle joie, mais bien au contraire produisant une irritation, un mécontentement de soi très manifeste, est presque aussi propice au déchaînement des passions que l'oisiveté même. Seul, le travail méthodique, ordonné, apporte à la pensée un puissant intérêt, un intérêt continu et durable. Il apporte la joie qu'éprouvent les touristes à sentir leur propre énergie et à voir la sommité se rapprocher d'instant en instant : seul aussi il oppose à l'envahissement de la pensée par les suggestions . sexuelles une digue de granit.

Si à ce travail joyeux on joint des habitudes énergiques, si l'on sait rechercher les plaisirs que nous avons énumérés plus haut, il ne reste, pour être sauvé, qu'à donner aux vagues aspirations qu'éveille la puberté, des satisfactions précises. Rien n'est plus facile, à cet âge heureux qui va de la dix-huitième à la vingt-ciijquième année que de s'éprendre de la nature, de la montagne, des bois, de la mer, que d'aimer jusqu'à la passion tout ce qui est beau, grand, réconfortant : beaux-arts, littérature, sciences, histoire, sans compter les horizons nouveaux qu'offre au dévouement le développement des idées sociales. Combien le jeune homme qui accomplira un tel programme

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fice des conversations intelligentes, des promenades avec des amis de choix. On ne pense pas que le dégoût qui suit les orgies est une des choses les plus tristes de l'existence et des plus méprisables. On ne songe point qu'on se prive de visiter, aux vacances, les Alpes, ou les Pyrénées, ou la Bretagne. On oublie que pour le prix de quelques nuits d'abrutissement on eût pu faire un voyage en Belgique, en Hollande ou sur les bords du Rhin, ou en Italie. On ne songe point à ces adorables moissons de souvenirs qu'emmagasinent les voyages dans les mémoires de vingt ans, souvenirs qu'on rumine plus tard et qui enchantent les journées de tristesse et de besognes ingrates. Ce qui est aussi gaspillé, ce sont les beaux livres d'art, les livres de voyages, etc. ; les gravures, les tableaux; les fidèles compagnons de la vie entière, qu'on aurait sous la main durant les longues veillées d'hiver, et qu'on n'achète pas. La vanité même, satisfaite par ce besoin de s'afficher, est de qualité fort inférieure. Elle ne vaut pas à coup sûr l'orgueil des succès dus au travail, ni même les mille vanités excusables de l'étudiant fier de montrer ses modestes trésors artistiques, ou de raconter ses voyages. La vie de l'étudiant qui « s'amuse » est donc une viedéplorablement monotone, déplorablement stérile, et par-dessus tout stupide, stupide jusqu'à l'écœurement.

Les conséquences sociales de la prostitution sont sî lamentables; la vie si triste, appelée par antiphrase sans doute < la vie joyeuse >, prépare si bien le jeune homme à une morale < de camelote > et souvent à des abandons

Là SENTIMENTALITÉ VAGUE ET LA SENSUALITÉ 221

d'une cruauté affreuse; enfin les dangers qui menacent la santé de l'étudiant sont si grands, et si durable le retentissement sur les années suivantes des gaspillages d'argent et de^ temps, que pour tous ces motifs réunis, les habitudes vicieuses sembleraient ne pas mériter plus de réprobation. li'abord elles ne compromettent que la santé générale ; elles n'engendrent point d'ignoble^ maladies. D'autre part les conséquences n'en retombent que sur celui qui les mérite. Elles n'envoient point de victimes pâtir aux Enfants abandonnés; elles n'occasionnent ni suicides, ni drames de famille ; le malheureux qui s'y livre ne laisse personne, en quittant la faculté, qui maudira^ toute la vie son nom. De plus, ce vice n'a par lui-même rien de séduisant; aucune question de vanité ne vient iausser l'estimation des plaisirs qu'on en retire. Il est purement et simplement un vice et un vice honteux, qu'on cache. Il est manifestement une tare. Il constitue un cas p|ithologique très net et on n'y succombe qu'en déplorant d'y succomber. Toutes ces raisons font que le traitement est simple, la guérison certaine. Cette habitude déplorable, nul sophisme n'en voile la laideur; nul romancier, nul poète n'en a, à ma connaissance, chanté les douceurs et la gloire. Nul père de famille ne dit à son fils : c Va, livre-toi à ces pratiques, il faut que jeunesse se passe! » On ne voit même pas ce vice, chose étrange, encouragé par la grave , autorité des médecins. Après avoir déclaré c nécessaire pour la santé » l'amour, les voilà qui, avec une inconséquence risible, désavouent cette forme si simple, si économique et si sûre de l'amour physique tel qu'ils l'admirent! Si l'accomplissement des fonctions physiologiques est sacré, on ne s'explique plus cet ostracisme contre des satisfactions

qui sont seules à la portée des étudiants timides, pauvres ou diftormes. Il est im{iossible de tirer de leurs prémisses un blâme à l'adresse de ce vice : mais laissons ces grotesques contradictions. Il demeure certain que le malheureux atteint de cette névrose est réduit à ses propres sensations, sans mélange de sentiments ajoutés. C'est ce qui rend la lutte, je ne dirai pas facile, mais possible. Ici encore, le besoin est peu de chosej il est possible d'opérer des « virements de fonds » et dïnscrire à un autre chapitre du budget les excédents de forces. Tout le mal vient de l'imagination : aussi est-il prudent, dès qu'une suggestion s'élève en la conscience et qu'on se sent vaincu d'avance, de s'en aller, de rechercher de la société, ou de se mettre au travail avec énergie. Ici surtout, la lutte directe est dangereuse, et c'est en fuyant qu'on remporte la victoire. Il faut passer son chemin comme on fait quand les chiens aboient, et aboient d'autant plus longtemps qu'on prête plus d'attention à leurs cris. Si le succès absolu est impossible, il faut du moins s'efforcer de rendre aussi rares que possible les chutes, et faire effort pour les espacer. Dans les cas graves d'habitudes invétérées, il ne faut pas craindre de recourir à des mesures chirurgicales sans aucune gravité.

Ajoutons que la grande cause de ce vice, c'est encore le vide de Tesprit qui laisse toute force aux suggestions, et l'absence d'excitations saines et vigoureuses. Le grand remède est donc, une fois de plus, le travail méthodique, c'est-à-dire fécond et joyeux, et une vie riche en plaisirs actifs et énergiques.

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CnAPITUE II

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