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\es apparences polies (Jes relations mondaines, sûres d'ailleurs du lendemain, elles ne connaissent rien de la vérité et se font de toutes choses des idées éminemment propres à produire, la réalité surgissant, de douloureuses désillusions. Elles ont à coup sûr en général moins de bon sens que les jeunes filles des familles laborieuses.
Mais, dit-on, elles ont du moins, les jeunes filles riches, la supériorité de Tinstruction. Hélas ! on se fait sur ce point de grandes illusions. Elles n'arrivent guère à la solide culture. Elles peuvent mettre en leur mémoire beaucoup de choses, mais n'attendez pas d'elles les efl^orts d'imagination créatrice. On n'obtient que très difficilement d'elles < la personnalité », et M. Manuel, inspecteur gêné- ^ rai, président depuis de longues années du jury d'agrégation des jeunes filles, le constate dans plusieurs de ces rapports annuels. D'ailleurs quoi qu'elles fassent, nous avons, lorsque nous les épousons, une telle avance sur elles, qu'elles ne paraîtront jamais à leur mari, surtout si le mari travaille et pense, que des élèves médiocres. Mais même sans grande instruction, la femme d'esprit droit, de jugement judicieux, d'ob$ervation pénétrante, est infiniment précieuse pour l'homme de talent. Il vit en ejïet, et de plus en plus, au-dessus de l'humanité. Il poursuit avec persévérance sa chasse aux idées et finit par pçrdre tout point de contact avec le monde environnant. La femme, elle, vit dans ce monde entièrement. Elle y peut faire de riches moissons d'observations que le mari dédaigneux du iétail n'eût point aperçues; elle sert de trait d'union 5nlre le monde et lui; elle retire parfois d'un coup de filet une pèche miraculeuse de précieux renseignenents dont le mari voit la portée générale. Stuart Mill
200 , LES EÎ^NEMIS A COMBATTRE
parle constamment en termes extrêmement élogieux de ^im6 Taylor; au contraire ses amis et principalement Bain * déclarent qu'elle était d'esprit très ordinaire. Ils n'ont point compris que pour un penseur comme Mill, très! confiné dans Tabstraction, si M"*° Taylor était de juge-i ment pénétrant et d'esprit observateur, elle a dû lui fournir, comme le déclare Mill, la matière de ses plus belles théories économiques. Or constamment, dans son Économie politique, Mill loue l'esprit éminemment pratique des femmes, leur génie du détail. La grande influence de M"® Taylor, la voilà; et pour un motif tout pareil, une femme douée d'un esprit d'observation un peu terre à, terre, mais pénétrant, est plus précieuse pour le penseur que tout un harem de femmes savantes*.
Mais quelque tôt que puisse se marier un jeune homme adonné au labeur intellectuel, comme il ne peut se marier au sortir du lycée ou du gymnase, il reste plusieurs années pendant lesquelles il lui faut lutter pour s'affranchir de la vassalité aux besoins physiologiques. Cette lutte est pure affaire de tactique; mal entreprise, la défaite est certaine.
Nous ne devons pas craindre dans un livre écrit surtout pour les jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans d'aborder cette question si importante de la sensualité. Ne point
(1) ^^ÏTï. Stuart Millj a crilicism, Longmans Green. London, 1882, p. 165.
(2) La femme est affligée d*une myopie intellectuelle, dit très justement Schopenhauer, qui lui permet, par une sorte d'intuition, de voir d'une façon pénétrante les choses prochaines... Pour nous, au contraire, notre regard dépasse sans s'y arrêter les choses qui
parler ti'une chose dont les plus purs génies humains ont souffert, c'est hypocrisie pure. Kant a sur ce sujet une page fort belle remplacée dans la traduction française par plusieurs lignes de points! Ces points en disent long sur l'état d'esprit du public sur cette question, et quand on songe à la grossièreté des propos qu'échangent après diner, au fumoir, les hommes « bien élevés », il faudrait être niais pour prendre comme argent au titre légal cette pudeur qui n'est qu'hypocrisie, et pour ne point oser dire ce qu'il est du devoir d*un homme de cœur de dire. Il n'est que trop vrai que la sentimentalité vague produitf^ par la puberté se transforme tôt en sensualité. Les images confuses se précisent, les vagues désirs deviennent des actes et l'étudiant, ou bien se laisse aller à de honteuses habitudes ou bien, comme la minorité des jeunes gens plus hardis ou plus riches, fréquente les femmes dont c'est le métier de se vendre.
Les conséquences de cet état de choses, on les exagère tellement d'habitude que le tableau trop chargé n'épouvante personne. Il n'en est pas moins vrai que la santé se ressent sérieusement des excès : les jeunes gens qui les commettent prennent un aspect vieillot; il se produit delà consomption dorsale, de la débilité musculaire indéniable, une pesanteur à la moelle épinière, symptômes cachés et qu'on néglige dans le coup de folie de l'exubérance animale. Les couleurs se fanent, la fraîcheur disparaît; les yeux ont un aspect terne, languissant; ils sont entourés d'un cercle bleuâtre. La physionomie marque l'affaissement.
nous crèvent les yeux et cherche bien au delà; nous avons besoin d'être ramenés à une manière de voir plus simple et plus rapide. Pensées et fragments. Alcan, p. 131.
Tout dénote une fatigue, qui en se répétant fréquemment ne tarde pas à attaquer les sources mêmes de la vie; c'est en quelque sorte la préparation des gastralgies, des névralgies, des hypertrophies du cœur, des affaiblissements de la vue qui commenceront à désoler l'existence des imprévoyants dès la trentaine.
Mais ce n'est point seulement sur le corps que porte la désastreuse influence delà sensualité, la mémoire s'émousse d'une façon prodigieuse, Tesprit perd tout ressort, toute vigueur. Il se traîne en quelque sorte languissant, et comme saisi de torpeur. L'attention est faible, vacillante. Les jours s^écoulent dans une indifférence apathique, dans une nonchalance, une paresse écœurante. On perd surtout cette joie mâle que donne le travail : il devient une corvée dès qu'il lui manque sa récompense naturelle.
Enfin rhabitude du plaisir physique substitue les émotions grossières et fortes aux émotions plus douces, mais durables de l'âme. Ces violentes secousses ruinent la joie des plaisirs calmes. Et comme les joies sensuelles sont courtes, qu'elles laissent après elles la fatigue et le dégoût, le caractère devient habituellement triste, morose, d'une tristesse d'accablement qui pousse à rechercher les plaisirs bruyants, brutaux, violents. C'est un cercle vicieux désolant.
11 est inutile d'ajouter à ce tableau nullement chargé, les conséquences sociales de la débauche, si douloureuses pour la femme dans une société comme la nôtre, à demi barbare encore, qui assure aux jeunes gens des classes aisées l'impunité de la séduction, et qui s'efforce de rendre inoffensives les conséquences de la débauche avec les filles soumises.
Les causes de cette sensualité sont multiples. Nous
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nourrissons comme des étalons. Voyez sortir de table ces étudiants rouges, congestionnés, le verbe haut, la gaieté violente — et dites si le travail intellectuel Içur sera possible pendant les heures de digestion laborieuse qui vont suivre et si la pure animalité ne va pas être triomphante en eux?
Ajoutons à cette cause d'excitation les stations assises trop longues, souvent dans l'atmosphère chaude des salles de cours, ou dans l'atmosphère lourde, épaisse des cafés en hiver; ajoutons encore le sommeil prolongé qui est une cause certaine de sensualité exaspérée : nous disons cause certaine, car dans l'assoupissement du matin qui succède au sommeil, la volonté est comme fondue : la bête règne sans opposition. L'esprit lui-même est somnolent — et s'il semble à beaucoup de gens que le travail de méditation de ces heures tièdes est excellent, c'est qu'ils se font illusion : la fine pointe de l'esprit est émoussée ; les idées les plus banales paraissent originales, et quand on veut écrire les belles pensées du matin, on s'aperçoit que rien n'est fait; le prétendu travail de l'esprit n'était qu'un automatisme de pensée sans grande valeur.
Automatisme en effet, et l'automate en nous, c'est l'animal lâché, avec ses instincts, ses désirs : et son penchant naturel, le terme de sa course, c'est le plaisir sensuel. De sorte qu'on peut poser comme une règle sans exception, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que tout jeune homme qui demeure au lit une ou plusieurs heures après le réveil est fatalement yicieux.
A ces causes d'ordre physique vient s'ajouter l'entraînement du milieu. Il est clair que la fréquentation de camarades médiocres, sans caractère, sans énergie, sans
moralité, ne peut être que très nuisible. Et malheureusement, il faut bien l'avouer, il y a parmi les étudiants de tous pays un nombre considérable de purs vauriens. Il se produit dans les groupes une émulation insensée : les pires fous donnent aux autres le ton. Au restaurant, surtout dans les tables nombreuses des petites facultés, les repas sont bruyants, on s'y échauffe dans des discussions ridicules, sans méthode : on sort de là surexcité, tout prêt à subir les suggestions des camarades grossiers et hardis. On court les brasseries et l'orgie commence. Après des secousses aussi violentes on est incapable de longtemps de revenir au travail paisible et aux joies délicates de la pensée. Ces débauches déposent comme un ferment mauvais qui désorganise les sentiments supérieurs si instables chez le jeune homme.
Si encore c'étaient là les seules causes de dépravation,
les natures simplement bonnes pourraient après tout
es éviter : malheureusement il y a d'autres suggestions
d'ordre plus élevé, et des sophismes courants, acceptés, qui
légitiment les pires excès.
Nous avons, dans la partie psychologique du livre, étudié les rapports de la tendance et de l'intelligence.
Aveugle par elle-même, la tendance reçoit de l'intellect sa direction précise, et du moment où elle devient consciente du but et des moyens, sa puissance redouble. D'autre part, la tendance attire, en quelque sorte, et groupe autour d'elle des idées de même nature qu'elle; elle leur prête sa puissance et reçoit d'elle une puissance augmentée. Il y a là une alliance étroite, plus qu'une alliance, une solidarité telle que tout ce qui afiaiblit l'une des parties contractantes aflaiblit l'autre et que tout ce qui renforce
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l'une renforce Tautre. Cela est surtout vrai pour les tendances d'ordre sexuel. Les images y ont une puissance considérable de réalisation. Elles retentissent avec une rapidité prodigieuse sur les organes reproducteurs. Lorsque la tendance est excitée, elle embrase Tiatelligence entière et tend à produire une suggestion violente presque hallucinatoire ; et inversement, nulle tendance n'est plus facilement éveillée par des idées ou des images. Le rôle deTimagination dans la passion amoureuse est si grand qu'on ne pourrait l'exagérer. Dans un esprit désœuvré, surtout, on peut dire que le travail automatique de la pensée a pour objet principal cet ordre de désirs. Et la preuve, c'est que l'amour n'a pu être l'occupation dominante de la vie que dans les cours, et dans le < monde » actuel, parce que les mondains vivent dans la plus déplorablte oisiveté. Pour les travailleurs, il n'est que ce qu'il doit être, un horsd'œuvre.
Aussi est-ce un assez grand malheur que dans cette lutte déjà si difficile, au lieu d'être soutenu, encouragé par le milieu où il vit, l'étudiant n'y trouve que des excitations à capituler. Le moindre accident peut ici briser la barre si fragile du gouvernail et livrer l'âme à l'automatisme de la passion. Il en est de la conscience du jeune homme comme de la mer du mois de mars : elle n'est jamais calme, et lorsqu'elle l'est en apparence, un examen attentif découvre de puissantes « lames de fond » que le moindre vent peut transformer en une houle redoutable. Il faudrait donc éviter avec un soin scrupuleux tout ce qui peut provoquer un orage même momentané. Mais comment faire pour qui vit au milieu d'une société et d'une littérature qui prodiguent^ les excitations ? Le jeune
homme vit comme dans une atmosphère enivrante. Tout semble combiné autour de lui pour troubler son discernement touchant les plaisirs de Tamour. Il n'est que trop certain que la grande majorité des gens c bien élevés » est étrangère aux plaisirs artistiques et intellectuels, et souvent aussi incapable de goûter profondément et d'une façon durable les beautés de la nature : au^ contraire, les plaisirs sensuels, accessibles non seulement à Thomme, mais à presque tous les animaux, ne demandent p^as des sacrifices prolongés : ils sont facilement atteints et bientôt, les goûts délicats disparaissant, on n'est plus capable d'autres plaisirs que des plaisirs jgrossiers.
Le résultat de cet état de choses général, c'est que toutes les réunions mondaines sont de siriiples excitations sensuelles qu'on masque de prétextes divers, musique, jeux scéniques, etc. Le jeune homme, qui au retour d'une soirée^ regagne sa modeste chambre d'étudiant, y rentre l'imagination pleine de troubles : le contraste de ces lumières, de ces danses, de ces toilettes provocantes et de sa pauvre chambre de travail, est mortel à la santé de l'esprit. Il n'y a pas d'impression plus décourageante pour lui, car rien ne l'a habitué à faire la critique de ces prétendus plaisirs. Il ne s'est jamais pénétré de cette vérité que, riche comme il Test en forces et en illusions, il est incapable de- voir ce qui est. Il forge de toutes pièces son monde extérieur et les personnages qu'il y fait mouvoir, et celte hallucination est si vive qu'elle s'interpose entre lui et la réalité qu'elle lui cache. Il n'est pas étonnant que, par contraste, sa vie si calme, si tranquille, si libre, si vraiment heureuse lui paraisse insupportablement monotone et triste. Jamais il n'est tenté, le pauvre étudiant, de
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rentrer en lui-même. Rien dans son éducation antérieure ne le prémunit contre ces dangers. Bien au contraire ! La littérature contemporaine est presque en majeure partie une glorification de l'acte sexuel. A en croire beaucoup de nos romanciers, beaucoup de nos poètes, la plus haute, la plus noble fin que puisse se proposer un être humain, c'est la satisfaction d'un instinct qui nous est commun avec tous les animaux! Ce n'est plus de la penséç que nous devons nous enorgueillir, ni de l'action, mais bien d'une nécessité physiologique! « Ce que Carlyle. exécrait le plus violemment dans Thackeray, c'est que ramour y est représenté à la façon française comme s'é tendant sur toute notre existence et en formant le grand intérêt, tandis que l'amour, au contraire (la chose qu'on appelle Tamour), est confiné en un très petit nombre d'années de la vie de l'homme et que, même dans cette fraction insignifiante du temps, il n'est qu'un des objets dont l'homme a à s'occuper parmi une loule d'objets infiniment plus importants... A vrai dire, toute l'afl^aire de l'amour est une si misérable futilité qu'à une époque héroïque, personne ne se donnerait la peine d'y penser, encore bien moins d'en ouvrir la bouche'. »
Et Manzoni*. c Je suis, écrit-il, de ceux qui disent qu'on ne doit pas parler d'amour de manière à incliner l'âme des lecteurs vers cette passion..., l'amour est nécessaire dans ce monde, mais il y en aura toujours assez : il n'est donc vraiment pas utile qu'on se donne la peine de le cultiver, ca?*, en voulant le cultiver, on ne fait pas autre chose que
(1) Cité par M- Cariyle.
(2) Cité par Bonghi. Cf. Bévue des Deux Mondes^ 15 juillet 1893, p. 359.
de le provoquer là où il n'y en a pas besoin. Il y a d'autres sentiments dont la morale a besoin et qu'un écrivain doit selon ses forces faire pénétrer de plus en plus dans les âmes : tels la pitié, l'amour du prochain, la douceur, l'indulgence, l'esprit de sacriOce... >
Les paroles de Carlyle et celles de Manzoni sont les paroles les plus sensées qui aient été écrites sur ce sujet si important de l'amour. Outre la tendance absurde de la littérature à l'usage du grand public, c'est-à-dire, après tout, de la littérature de deuxième ordre, un grand nombre de sophismes ont coursj qui désarment d'avance l'étudiant dans ses essais de maîtrise de lui-même. Ces sophismes ont la plupart pour auteurs des mé(^ecins. Ils les ont lancés de ce ton tranchant, et avec cette foi robuste qu'ont beaucoup d'entre eux lorsqu'ils affirment comme d'indubitables axiomes, des propositions issues d'inductions vraiment enfantines. Et d'abord, ils citent l'exemple des animaux pour prouver par la série entière la^ nécessité naturelle qu'il y a à accomplir ces fonctions physiologiques. Comme si les larges intermittences de cette fonction chez la plupart des animaux n'allaient pas contre la thèse et comme si d'autre part, ce n'était pas précisément l'honneur de l'homme de savoir s'affranchir des besoins purement animaux. Qu'est d'ailleurs une nécessité à laquelle tant d'hommes ont su échapper? Et n'a-t-on pas le droit d'être stupéfait quand on lit dans l'œuvre d'un médecin célèbre que c l'amour tient dans la vie une place prépondérante. Quand on arrive à un certain âge, alors qu'on en peut plus guère former d'autre espoir que de ne pas descendre trop vite la pente qui mène à la vieillesse, on reconnaît que tout est vanité sauf l'amour! », l'amour physique, Payot. 14
bien entendu, car il n'est pas question d'autre chose dans i tout le chapitre. Comment! l'ensemble des joies intellec-
I tuelles et artistiques, l'amour de la nature, les efforts pour
I Tamélioration du sort des pauvres et des déshérités de la
J<^ société, l'amour paternel, la charité, tout cela ne serait
K% rien, et' tout cela on le donnerait pour quelques instants
^^ • d'un spasme qui nous est commun avec presque tous les
S^ animaux I Que Renan lui-même ait prononcé des paroles
?;^ . analogues, nous le comprenons, parce que jamais ce grand
f'î styliste n'a dans ses études apporte' de préoccupations hu-
^v- maines. Son optimisme béat, signe extérieur d'une âme en
.5 somme médiocre, n'a rien qui répugne à de telles concep-
I C tions. Mais qu'un médecin qui tous les jours est aux prises
avec la douleur humaine, qui tous les jours voit mourir des gens, professe une telle opinion, cela confond. Mais encore une fois, si cela était la fin suprême de la vie humaine, pourquoi les amours séniles nous paraitraient-elles méprisables? Et quelle serait l'existence des vieillards, mis par leur âge en dehors de l'humanité, de l'animalité, devrions-nous dire? De telles maximes sont purement sottes et ignobles, disons-le franchement, et de plus elles dénotent chez ceux qui les énoncent une vue si misérable, si fausse de la réalité, qu'on demeure abasourdi de les rencontrer chez des hommes de science qui devraient être • habitués aux inférences solides.
Examinons tous notre existence, examinons celle d'autrui : n'est-il pas manifeste que chez la grande majorité des paysans, des ouvriers, de tous les gens qui vivent une vie saine, active, qui ne mangent pas chaque jour jusqu'à l'indigestion et ne passent pas douze heures au lit, l'amour n'est, comme le dit Garlyle, qu'un hors-d'œuvre ? Sa part
LA SENTIMENTALITÉ VAGUE El
n'est-elle pas fort restreinte ? Que V oisifs, soit. Nous le savons puisqi journaux et des livres destinés à le bien dur est leur châtiment I à Tâg leur sont refusées, là vie se décol( tout intérêt : ils présentent le gr fipectacle de polissons impuissant assertion que de déclarer qu'il n'y î d'autres occupations que de se coi sensuelles I Ne vaut-il pas cent fois €icéron, se féliciter d'avoir échap passions, et se consacrer à la polil aux arts, à la science, à la philosop Cette opinion.stupide que l'amou s'accompagne souvent de sophismes On déclare la chasteté nuisible à la cependant les ordres religieux, où 1 absolue, être plus féconds en malad titution. Si Ton enfermait en une sans possibilité de travailler, un jeu la suggestion i^nsuelle pourrait dev duire un trouble grave, non dans li telligence. Mais pour un jeune hom:
suggestion ne devient jamais incoei les virements de fonds sont possible tôt triomphé du désir. D'autre part '.
nence, si problématiques, ne sont des conséquences de l'excès contrair ment, il y a deux hôpitaux pour les gine, quand chaque année le nomb ramollissement de la moelle épiniè:
2i2 LES ENNEMIS A COMBATTRE
trice par suite d'excès, va augmentant, il est au moins risible de voir l'auteur d'un énorme livre de 1,500 pages in-8® sur Thygiène, proclamer que la continence mine la santé ! N'est-il pas évident que le plaisir vénérien est ruineux et qu'au contraire la continence donne à l'organisme, à l'intelligence une vigueur, une plénitude d'énergie admirables ? Est-ce que d'ailleurs le moyen de triompher de nos appétits consiste à leur céder toujours? Les débutants en psychologie eux-mêmes ne savent-ils pas que le caractère essentiel des appétits quels qu'ils soient, c'est une espèce d'insatiabilité qui s'exaspère d'autant plus qu'on leur cède plus facilement? Curieuse façon de répri- ' mer l'audace de l'ennemi que de battre en retraite dès qu'il se montre ! C'est surtout faire preuve d'une bien grande ignorance de soi que d'espérer maîtriser les appétits sexuels par des concessions. Ici, céder, ce n'est point apaiser, c'est exaspérer. Pour maîtriser la sensualité, il n'est rien de tel que de lutter contre elle par tous les moyens. Mais laissons ces théories médicales : elles sont si naïves, si enfantines qu'on ne peut y voir qu'une preuve nouvelle de la radicale insuffisance des études logi^ ques, psychologiques et morales de la plupart des étudiants en médecine.
Il faut donc lutter contre le désir. 11 est vrai que la victoire est difficile. Elle est le suprême triomphe de la maîtrise de soi. Et quand on a coutume de se moquer de la pureté d'un jeune homme de vingt ans, quand on voit dans la débauche une preuve de virilité, n'est-il pas triste de songer à l'extraordinaire renversement des choses produit par le langage, par les formules toutes faites ! La force des forces, la pure énergie, la volonté affranchie, victo-