‹ L'éducation de la volonté (volume 3)Chapitre 35 sur 41 · L'OPINION, LES PR · texte numérisé non relu

L'OPINION, LES PR

Mais ces groupes avec des moins qu'un camarade n'ait ment prédominante, ce qui n*( Un besoin se dégage d'un app bation personnelle venant d*< humain que Téglise catholique de conscience. Ici rien de sembl Or quand on constate quelle a pour les maîtres qu'ils estimen de leur foi en eux pour peu qn dignes par leur talent, on ne ] attristé de songer qu'on ne fa professeur connaît à peine ses antécédents, rien de leur fami] leurs aspirations, de leurs rêve quelle importance peut avoir i un bon conseil, un reproche j bénies de la vingtième année !

ture morale supérieure, sa sci( Téglise catholique tout ce qi du cœur humain a suggéré à < l'université gouvernerait, san possible, l'âme de la jeunesse Fichte et les professeurs allem de la psychologie, ont pu :

l'Allemagne, uniquement par leurs vues et par l'action d'hoi diants, on est désolé de voir q que des mouvements dix fois sibles avec nos jeunes gensl France, et ce qu'a pu accom

coQscient de la fin qu'il s'était fixée. Il a su d'abord grouper les étudiants.

Puis, quelques groupes créés, il lui a suffi de dire en termes très nets quelle tâche internationale devait se proposer la jeunesse de France et ces formules précises, prononcées par un homme qu'aimaient les jeunes gens, ont, comme un puissant aimant, orienté dans une même direction des forces innombrables, jusqu'alors à Té tat anarchique, et qui s'annihilaient en se contredisant. Eh bien, si ce que M. Lavisse a fait pour un point déterminé et pour l'ensemble des étudiants, chaque professeur le faisait dans l'intimité pour l'élite de ses élèves, les résultats obtenus dépasseraient toutes les espérances. Le corps enseignant pourrait créer dans le pays cette aristocratie dont nous parlions plus haut, aristocratie de caractères trempés pour toutes les tâches supérieures.

Le deuxième postulat inacceptable que suppose la conception habituelle qu'on se fait de l'enseignement supérieur, c'est l'identité de l'érudition et de la science. Les étudiants se plaignent de la masse énorme, indigeste de matériaux qu'ils ont à s'assimiler, et ils se plaignent aussi de leur manque d'expérience d'une bonne méthode de travail. Ces deux plaintes sont connexes. Si l'étudiant n'a pas une bonne méthode de travail cela tient à l'absurdité de l'organisation des études. On semble accepter comme un axiome qu'un étudiant une fois sorti de la faculté ne travaillera jamais plus. Il en résulte que tant qu'on le tient, on s'efforce de verser en lui comme t en un entonnoir »

toutes les ne demande à i tats de cett tout jamais Cette belle faux, que t( Gomme si c ment qui se vait s'étend Il est d'ai inconvénier les nécessîti la clef de vi clef de ^où\ nature de h tifîque, tou( touchant le ciples. L'AI communiqu non, rérudi qu'elle en s( aussitôt rid suggérer l'i tive, mais ( plupart des vreurs, son peuvent mê très libre, ( tout une ac déterminée, que fit Newl

thode. Nous avons montré Darwin s'interdisant toute ture qui ne se rapportait pas au sujet de ses méditans, et pendant près de trente années, portant son esprit •ieux sur tous les faits susceptibles d'entrer comme celés vivantes dans l'organisme qui est son système. Force méditation infiniment patiente et pénétrante, esprit criue toujours en éveil, voilà ce qui fait un grand savant, cette patience, cette attention tout orientée vers une me fin, il faut pour la soutenir la passion de la vérité, enthousiasme durable.

^j'érudition tend au contraire à alourdir l'esprit. L'amas 5 petits faits encombre la mémoire : un esprit supérieur 5se dans ses notes le plus de choses possibles ; l'honneur tre un dictionnaire vivant ne le tente point : il cherche égager les idées dominatrices de ses recherches ; il leur t subir une critique serrée, et si elles résistent à de igues épreuves, il les adopte, les laisse lentement prendre la force ; il les aime, et ainsi vivifiées, elles vont cesser tre dans la pensée des idées mortes, passives, pour renir puissances actives, vigoureuses. Dès lors l'idée, bord suggérée par l'étude des faits, va à son tour orgaer les faits. Comme un aimant attire la limaille et la pose en figures régulières, l'idée met l'ordre dans le iordre, fait d'un fouillis une œuvre d'art, et de matéux entassés un édifice. Des faits sans importance appaite vont faire saillie en pleine lumière, des faits encomints vont être rejetés avec dédain. Un homme qui a 'le iheur d'avoir ainsi, dûment vérifiées, quelques idées )ables de devenir agents actifs de puissantes organisaas de faits, est un grand homme.

)onc la valeur du savant n'est pas proportionnelle à

l'amas des faits entassés. Elle est en raison de Ténergie de Tesprit de recherche et d'aventure, si je puis ainsi dire, constamment contrôlé par une sévère critique. Le nombre des faits n'est rien, leur qualité est tout : c'est ce qu'on oublie trop dans ^enseigne^lent supérieur. On n'y développe nullement la vigueur du jugement, l'esprit de hardiesse à la fois et de prudence : on surcharge les jeunes gens de notions de très inégale valeur, on ne cultive que leur mémoire, de sorte qu'on oublie l'essentiel, qui est, ne craignons pas de le répéter à satiété, l'esprit d'initiative allié au doute méthodique.

Notez que l'examen est singulièrement facilité, dans l'état de choses actuel, et pour l'élève et pour le maître. Pour le premier, un « bourrage » consciencieux suffît à faire illusion. Quant à l'examinateur, il lui est bien plus facile de constater si l'élève sait ceci, puis encore ceci, et encore cela, que de porter un jugement sur sa valeur comme esprit. L'examen devient une loterie. Que l'on vérifie ces assertions sur le programme monstrueux de la première année de médecine, sur celui de la licence es sciences naturelles, sur celui de la licence historique, sans parler de celui de la plupart des agrégations, et l'on verra à nu cette fatale tendance à transformer l'enseignement suoérieur en culture de la mémoire*.

Eh bien ! il faut que les professeurs le sachent : ce qu'il y a de meilleur dans leur enseignement, ce ne sont point

1) Je défie un homme de bon sens de lire sans indignation la lisie des questions que Ton pose aux candidats à Polytechnique et à Saint-Cyr. On voudrait décourager tous les esprits de valeur d'accéder à ces écoles, qu'on ne s*y prendra:* pas autrement. L'école de guerre elle-même substitue au travail réfléchi des efforts de mémoire exagérés. Cf. Nouvelle Revue: La mission sociale de Vofficier^ 1»' et 15 juillet 1893.

leurs cours. Nécessairement fragmentaires en eux-mêmes, sans lien avec les autres cours, ils ne servent pas à grand'- - chose, et les plus beaux cours du monde^ Jès la sortie du lycée (et déjà même avant), ne valent pas quelques heures d'un sincère effort personnel de l'étudiant. Ce qui fait la haute valeur de l'enseignement supérieur, ce sont les travaux pratiques. C'est le contact de l'élève et du maître. D'abord par le fait même qu'il est là, le maître prouve la possibilité du travail. Il est l'exemple vivant, concret, tangible et respecté de ce qu'on peut faire en travaillant. D'autre part, ses conversations, ses encouragements, ses aveux, ses demi-conûdences sur la méthode ; plus que tout cela, l'exemple donné au laboratoire ; plus que tout cela encore, l'initiative de l'élève encouragée ; les travaux personnels suscités, les expositions devant les camarades, les comptes rendus nets et simples de livres lus, tout cela exécuté sous le contrôle bienveillant du maître, voilà ce qui constitue l'enseignement fécond. Plus un professeur est brillant, plus il s'enchante soi-même à s'entendre parler, plus il intervient, moins je lui confierais des jeunes gens : 11 faut qu'il les fasse c trotter devant lui, » comme dit Montaigne*. On n'apprend pas plus l'art du travail, et on ne fait pas plus de véritables progrès en esprit scientifique en écoutant un maître, qu'on ne fait de progrès en gymnastique en assistant à une représentation dans un cirque. Comme on le voit, les deux besoins essentiels de l'étudiant, le besoin d'une direction morale, et celui d'une direction méthodique du travail, ont un remède commun : le contact intime du professeur et de l'élève. Le professeur lui-

(1) Essais, I, XXV.

L'OPINION, LEî

même y trouvera sa re'con disciples Fenthousiasme si propre, et d'autre part, i tous les grands mouvemei monde l'ont été, non pai sances, mais par la commu le vrai ou pour quelque , nication de belles méthoc mot, queTinfluence ne s'ot à homme, et d'âme à âme mis à Platon une méthoc vrai. C'est ainsi encore q tous les grands génies se petits centres universitair étaient dans ce contact d'à parler.

(1) Cf. Ilaeckel. Les preuves

liHfc.

Page 1