‹ L'éducation de la volonté (volume 3)Chapitre 6 sur 41 · PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

es est composée pour une bonne paH de dileti et d'énervés. Or le dilettantisme et rénervement : deux maladies de la volonté qu'il est nécessaire enter de guérir,

a partie pratique de Téducation de la volonté n'a re rencontré que des éloges sans mélange. Il i est pas de même des chapitres m (livre I) et i®' x II). Nous nous attendions à être combattu sur points, mais beaucoup de critiques nous semit passer à côté de la question, t d'abord, qu'on veuille bien le remarquer, nous ^ons jamais affirmé que l'idée soit dépourvue de ;e influence sur la volonté. Nous avons fait très e la part dans nos volitions des poussées instincs et des habitudes*. Mais ce que nous soutenons, t d'une part que la volonté supérieure consiste à mettre nos tendances à des idées, et que d'autre ;, l'idée n'a directement et immédiatement aucune e contre la « brutale cohorte des penchants inféirs ». La force de l'idée contre de tels adveres, est indirecte : elle doit, sous peine d'insuccès, iprunter là où elle existe, c'est-à-dire aux états ctifs.

hose curieuse, tandis que nous comptions voir 'e théorie de la liberté très vivement combattue

Cf. page 25, etc.

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par les défenseurs du libre arbitre, ce sont plutôt les partisans de Tinnéité du caractère qui nous ont pris à partie. Aussi bien la théorie du libre arbitre semble-t-elle de plus en plus abandonnée des éducateurs qui se trouvent aux prises non avec des abstractions, mais avec de vivantes réalités. On me signale à ce sujet que M. Marion, dont l'autorité est si grande en ces matières, indiquait avec énergie, dans son cours de 1884-8S, le mal que nous a fait pratiquement rhypothèse métaphysique du libre arbitre, en nous empêchant d'étudier les conditions de la liberté réelle, restreinte d'ailleurs, qu'il nous appartient de conquérir par nos efforts propres. M. Marion, dans la préface de sa thèse sur la solidarité morale, oppose précisément à la formule de M. Fouillée que Tidée de notre liberté nous fait libres, cette vue pratiquement plus vraie et plus utile qu'en se croyant si libres on omet de s'assurer ce qu'on peut avoir de liberté. Rien de plus juste que ces paroles de M. Marion. Nous ne sommes libres que si nous savons conquérir notre liberté de haute lutte.

Quant au reproche qu'on adresse à l'auteur de n'avoir pas fait une part assez grande au caractère inné, il nous paraît reposer sur une conception fort imparfaite de ce qu'est un caractère.

Un caractère n'est pas une substance simple. C'est

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une résultante très complexe de penchants, d'idées, etc. Par suite, affirmer Tinnéité d'un caractère, c'est affirmer plusieurs absurdités.

C'est d'abord affirmer qu'une résultante, qu'un dosage d'éléments hétérogènes, qu'un mode de groupement de forces, peut être inné : ce qui est inintelligible.

C'est affirmer en outre qu'on peut obtenir à Félat de pureté parfaite l'élément inné, qu'on peut le dégager de la gangue dont l'entourent les influences du milieu, de l'éducation : ce qui est impossible. Cette impossibilité nous impose la plus grande défiance dans la fixation de la part due à l'innéité.

En dernier lieu, affirmer que le caractère est inné implique une assertion contre laquelle s'insurge toute notre expérience intime, toute l'expérience des éducateurs, et la pratique de l'humanité entière : à savoir que les éléments essentiels du caractère, les tendances, sont immodifiables à tout jamais! Nous prouvons de reste qu'il n'en est rien (II, m), et qu'on peut modifier, réprimer ou renforcir un sentiment. Si l'humanité entière n'était de cet avis, on ne se donnerait pas la peine d'élever les enfants. La nature s'en chargerait seule par ses lois immuables.

Ces vues théoriques suffisent à infirmer la doctrine de l'innéité du caractère. Qu'on lise en outre, pour parfaire sa conviction, les travaux récents sur le

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caractère*. Qu'on étudie surtout la troisième partie de l'ouvrage de M. Pàulhan et Ton y verra qu'il y a la plupart du' temps pluralité de types dans un même individu; que l'évolution fait disparaître ou amène avec Tâge des tendances; que fréquentes sont les substitutions de caractères chez une même personne. Qu'est-ce à dire sinon que rien n'est si rare qu'un caractère 1

En immense majorité les enfants présentent le spectacle d'une anarchie de tendances ; l'éducation n'a-t-elle pas justement pour but d'ordonner ce désordre, d'y organiser la stabilité et l'unité? Souvent même, quand on croit l'œuvre achevée,; arrive la crise de puberté qui comme un vent d'orage bouleverse tout : l'anarchie recommence, et si le jeune homme, isolé désormais, ne reprend pour son compte l'œuvre d'unification morale, s'il ne crée son carac* tère, il deviendra l'une de ces « marionnettes » dont nous parlons (p. 25),

D'ailleurs si le caractère était inné, si chacun trouvait comme don de joyeux avènement à sa naissance l'unité toute faite de sa vie, on devrait rencontrer des caractères autour de soi.

Où sont-ils?

(1) Ribot, Revue philos.^ nov. 1892 ; Paulhan, Les Caractères, 1 vol. 237 pages, 1894, Alcan; Ferez, Le Caractère de l'enfant à C homme y 1892, Alcaa.

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