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CHAPITRE II

Quoique les programmes d'enseignement ignorent la volonté de Tenfant et du jeune homme, nous sentons bien que nous ne valons que par notre énergie et qu'il n'y a aucun fond à faire, à aucun point de vue, sur un homme faible. Comme d'autre part nous savons que notre travail donne la mesure approximative de la puissance de notre volonté, nous ne nous gênons guère pour nous faire valoir sur ce point. Nous exagérons le travail que nous faisons. Il ne nous coûte rien d'avouer que nous nous levons à quatre heures du matin, sachant que personne ne nous fera l'injure de venir contrôler nos dires. Et quand à huit heures vous vous rendez chez ce « foudre » de travail, et que vous le trouvez au lit, vous remarquez sans peine que chacune de vos rares visites coïncide avec une malchance extraordinaire, avec un lendemain de théâtre ou de soirée qui explique qu'il ne soit pas au travail dès quatre heures. En attendant, ce travailleur forcené est refusé à ses examens.

Il n'y a pas de sujet sur lequel le mensonge parmi les étudiants soit aussi général.

Bien plus, il n'y a guère de jeune homme qui ne se mente à lui-même, et ne se fasse de grandes illusions sur son propre travail et sur sa capacité de faire effort. Mais ces mensonges que sont-ils sinon un hommage rendu à cette grande vérité que Thomme ne vaut que par son énergie?

Tout doute émis par autrui sur notre volonté nous blesse cruellement.

Contester notre puissance de travail, n'est-ce pas accuser notre faiblesse et notre lâcheté? Nous croire incapables de cette persévérance d'efforts sans laquelle il faut renoncer à s'élever au-dessus de la pauvreté intellectuelle de la plupart des gens qui encombrent les carrières dites libérales, n'est-ce pas nous considérer comme irrémédiablement médiocres?

Cet hommage rendu au travail prouve l'existence d'un désir d'énergie chez tous les étudiants. Et notre livre n'est que l'examen des procédés que peut mettre en œuvre un jeune homme de velléités chancelantes pour fortifier en soi le désir de travailler jusqu'à le transformer d'abord en résolution ferme, ardente et durable, et enfin en habitudes invincibles.

Et d'abord, par travail intellectuel, il faut entendre ou, bien l'étude de la nature, des œuvres d'autrui, ou bien la production personnelle. Le travail de production exige d'abord l'étude, et enferme tous les genres d'efforts intellectuels. L'instrument du labeur est dans le premier cas Taltention proprement dite, et dans le second la méditation, ou concentration en soi. Mais dans les deux cas il s'agit en somme d'attention. Et travailler, c'est être atttintif. Malheureusement l'attention n'est pas un état stab.'e, Payot. 2

e. On ne saurait la comparer à un arc consndu. Elle consiste bien plutôt en un nombre )rts, de tensions plus ou moins intenses, et se î une rapidité plus ou moins grande. Dans une lergique et aguerrie, ces efTorts se suivent de Is donnent l'illusion de la continuité, et cette ontinuité peut durer pendant quelques heures

poursuivre, c'est donc d'obtenir des efforts intenses et persévérants. C'est à coup sûr un aux résultats que puisse obtenir la culture de mce sur nous-mêmes, que la répétition chaque geusement acceptée d'efforts, somme toute urles étudiants. Car en eux la jeunesse ardente, , tend à faire constamment prédominer la vie

la vie froide en apparence, décolorée et contre 1 plupart des travailleurs de l'intelligence.

efforts intenses et persévérants ne suffisent euvent être anarchiques et du type éparpillé, lonc en outre être orientés vers une même fin.

qu'une idée, qu'un sentiment s'acclimatent en btiennent la naturalisation, des conditions de réquentation, d'intimité. Il faut que par une 'sévérante progression d'influence, cette idée, it étendent le cercle de leurs relations, qu'ils petit à petit par leur valeur personnelle. Voyez ) créent les œuvres d'art : une pensée, souvent

de jeunesse, née viable, demeure d'abord bscure chez l'homme de génie. Une lecture, ident de la vie, une expression heureuse jetée par quelque auteur qui occupé ailleurs, ou non

préparé à cet ordre de pensées, aperçoit Tidée sans en comprendre la fécondité, donnent à cette idée qui couve conscience de sa valeur et de son rôle possible. Dès ce jour elle s'alimentera de tout. Voyages, conversations, lectures variées lui fourniront des éléments assimilables dont elle va se gorger et se fortifier. C'est ainsi que Gœthe promène pendant trente années sa conception de Faust. Elle mit tout ce temps à germer, à croître, à pousser des racines de plus en plus profondes, à aller puiser dans l'expérience les sucs nourriciers dont est faite cette œuvre de génie.

Il en doit être ainsi, toutes proportions gardées, pour toute idée importante. Si elle ne fait que passer en nous, elle est comme nulle et non avenue. Il faut qu'on Ipi accorde une attention répétée, fréquente, cordiale; il faut se garder de l'abandonner avant qu'elle puisse vivre d'ellemême, avant qu'elle soit devenue un centre d'organisation. Il faut la maintenir dans la conscience longtemps, y revenir souvent : elle acquerra ainsi la vitalité nécessaire pdur attirer à elle par cette force mystérieuse d'aimantation qu'on appelle l'association des idées, des pensées fécondes et des sentiments puissants, et pour se les incorporer. Ce travail d'organisation de l'idée ou du sentiment s'effectue lentement, par la méditation calme et patiente. Il en est de ces développements comme de ces admirables cristaux de laboratoire : ils exigent dans le sein d'un liquide absolument tranquille le dépôt lent et régulier de milliers de molécules. Voilà en quel sens toute découverte est l'œuvre de la volohté. C'est « en y pensant toujours » que Newton vérifia sa découverte de la gravitation universelle. Si l'on doute encore que le génie ne soit qu'une « longue patience » , qu'on écoute la confession de Darwin : c comme

ion et de lecture je ne choisissais que ceux directement pensera ce que j'avais vu, ou •ais probablement... je suis sûr que c'est, jui me rendit capable de faire ce que j'ai ce >, et son fils ajoute < mon père avait la pas perdre de vue un sujet pendant un 'années* ».

ailleurs insister sur une vérité aussi évile nous résumer. Le but à poursuivre pour itellectuel, c'est l'énergie de l'attention gie qui se traduit non seulement par la lence des efforts, mais encore et surtout tion très nette de toutes les pensées vers ît par la subordination pendant le temps os volitions, de nos sentiments, de nos idée directrice, dominatrice pour laquelle i. Idéal duquel la paresse humaine nous rs, mais que nous devons tendre à réaliser ment possible.

iner de près les moyens de transformer durable un désir faible et chancelant, il 3 débarrasser de deux théories philosos, mais également funestes pour l'œuvre )i.

\pondance de Darwin, trad. Varigny, Reinwald

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