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L'education de la volonte

Cette maladie générale des volontés a fait surgir des médecins. Mais ces médecins de l'âme sont malheureusement pénétrés des doctrines psychologiques régnantes. Ils attribuent dans la volonté une capitale importance à l'intelligence. Ils se figurent que ce qui nous manque c'est une théorie métaphysique proiivée sur l'au-delà.

Leur ignorance est bien excusable. C'est une loi acceptée en économie politique que la culture va toujours des terrains les plus improductifs mais les plus faciles, aux terrains les plus fertiles mais les plus malaisés à mettre en valeur. Il en est de même pour le champ de la science psychologique. On a éfudié d'abord les phénomènes les plus faciles, les moins féconds en conséquences importantes pour la conduite avant d'aborder les phénomènes essentiels, mais dont l'étude est difficile. C'est à peine si l'on commence à voir nettement l'insignifiance de l'idée dans le caractère et son incurable infériorité dans la mêlée des penchants. La volonté est une puissance sentimentale, et toute idée, pour agir sur elle, doit se colorer de passion.

Si Ton eût étudié de près le mécanisme de la volonté, on eût compris que les théories métaphysiques importent peu, et qu'il n'est pas de sentiment

caractéiistiqne, e'est que l'auteur était hier président de l'Associalion des étudiants de Paris

PRËFâCE de la première ÉDITIO.N ra

qui délibérément choisi ne puisse, par l'emploi intelligent de nos ressources psychologiques, prendre la direction de la vie entière. Un avare sacrifie toutes les satisfactions corporelles, il se nourrit mal, couche sur la dure, vit sans amis, sans satisfactions, par amour de l'argent, et vous désespéreriez d'arriver, en choisissant un sentiment supérieur, à rendre ce sentiment assez puissant en la conscience pour qu'il prenne la direction de la vie? C'est que vous ignorez combien variés sont les moyens que nous présente la psychologie pour nous permettre de devenir ce que nous voulons être.

Malheureusement, on s'est fort peu occupé jusqu'ici d'étudier nos ressources à ce point de vue. Les esprits qui ont dirigé la pensée européenne durant ces trente dernières années ont en efrct été partagés par deux théories qui sont la négation pure et simple de l'éducation de la Volonté. La preÂiière consiste à regarder le caractère comme un bloc immuable sur lequel nous n'avons nulle prise. Nous examinerons plus loin cette théorie enfantine.

La seconde semble, en apparence, favorable à l'éducation de la volonté. C'est la théorie du libre arbitre. Stuart Mill Ini-mAme' va jusqu'à dire que cette doctrine a entretenu chez ses défenseurs un

(1) Logique, II, Iît. VI. ch. il. Pari», F. Akan.

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