‹ L'education de la volonteChapitre 2 sur 42 · X PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

X PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

sentiment vif « de la culture personnelle ». Eh bien, malgré cette assertion d'un déterministe, nous ne craignons pas de considérer la théorie du libre arbitre comme aussi dangereuse pour la maîtrise de soi que la précédente, et comme tout aussi décourageante en définitive. En efTet, elle a amené à considérer comme chose facile, naturelle, l'affranchissement de soi qui est au contraire une œuvre de long^ue haleine, une œuvre qui demande beaucoup de soins, et qui exige une connaissance très précise de nos ressources psychologiques.

Par sa simplicité même, cette théorie a détourné beaucoup d'esprits très fins, très pénétrants de l'étude des conditions de la volonté : elle a causé ainsi à la psychologie et, disons-le, à l'humanité, un tort irréparable.

Et c'est pourquoi nous dédions ce livre à M. Ribot. Nous le dédions moins à notre ancien professeur, à celui à qui nous devons le goût des études psychologiques, qu'à l'homme d'initiative qui, le premier en France, a chassé la métaphysique de la psychologie, qui le premier a résolument laissé de côté l'étude de la nature des phénomènes de conscience pour étudier, à la façon des savants, les antécédents et les concomitants inconditionnels des états intellectuels, volitionnels, etc. Cette méthode, remarquons-le bien, ne nie nullement la métaphysique : elle n'exclut pas

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ta psychologie de la métaphysique, mais simplement la métaphysique de la psychologie, ce qui est très diflérent.

Elle consiste à traiter la psychologie comme une science. Or le but du savant n'est pas de savoir, mais de prévoir pour pouvoir. S' i] importe peu, par exemple, au physicien que la théorie ondulatoire de la lumière ne soit qu'une hypothèse invérifiable, poanru que cette hypothèse réussisse, qu'importe au psychologue que son hypothèse, par exemple l'hypothèse de la corrélation absolue des états nerveux et des états psychologiques, soit invérifiable, pourvu qu'elle réussisse? Réussir, être à même de prévoir Tavenir, de modifier les phénomènes à notre guise, et en soromo de faire que C avenir soit ce que nous voulons qu'il soit, voilà le rôle du savant, partant, celui du psychologue. C'est du moins la conception que nous nous sommes faite de notre tAche.

Nous avons dû rechercher les causes de la faiblesse du vouloir à l'heure actuelle. Nous avons cru que le seul remède à cette faiblesse devait être cherché dan^ la culture habile des états aflectifs. Des moyens do faire naître ou de fortifier les sentiments libérateurs, d'annihiler ou de réprimer les sentiments hostiles à notre maîtrise de nous-mêmes, tel pourrait être h) sous-titre du livre que nous présentons au public. Tout était à faire dans cette voie. Nous apportons

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notre part contributive d'efforts à cette œuvre d'importance majeure.

Au lieu de traiter de l'éducation de la volonté m abstraclo, nous avons pris comme sujet essentielTeâ^Mcation de la volonté telle que l'exige le travail intellectuel prolongé et persévérant. Nous sommes persuadé que les étudiants et en général tous les travailleurs de l'intelligence y trouveront de très utiles indications.^

J'ai entendu beaucoup de jeunes gens se plaindre de l'absence d'une méthode pour arriver à la maîtrise de soi. Je leur offre ce que m'ont suggéré sur ce sujet près de quatre années d'études et de méditations.

Jules Payot.

Chamonix, 8 août 1893.

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