‹ L'education de la volonteChapitre 27 sur 42 · LES SOPHISMES DES PARESSEUX Î · texte numérisé non relu

LES SOPHISMES DES PARESSEUX Î

sommeil a été profond, il est toujours possible, en persévérant un quart d'heure à faire effort, de se « mettre en train >. Jamais, k moins que la nuit n'ait pas été reposante, je n'ai vu des jeunes gens n'être pas récompensés par un excellent travail, de leur persévérance à lutter contre cette somnolence matinale : l'intelligence s'éveille bientôt, elle joue avec aisance, et en fin de compte cette prétendue torpeur de l'intelligence n'est autre chose qu'une torpeur de la volonté.

Nous ne pouvons passer en revae tous les sophismes de la paresse. Cependant dans un livre dédié aux jeunes gens qui travaillent, nous devons relever l'un des axiomes les plus funestes qui aient cours, axiome énoncé très légèrement par des hommes qui sont loin de se douter des ravages que causent leurs paroles.

On décourage d'avance lestravailleurs que leur condition laisse dans de petites villes, en allant partout répéter que le travail intellectuel n'est possible que dans les grandes universités. En France, on entend souvent dire que le travail n'est possible qu'à Paris. Il n'est pas d'affirmation plus funeste, ni plus décourageante que cette altinnation solennellement reprise par des hommes de talent.

Or elle ne contient qu'une fort petite part de vérité. Quelques autorités qu'on puisse citer pour l'élayer, elle est presque entièrement fausse.

Elle a d'abord contre elle des faits. La plupart des grands penseurs ont mûri leurs conceptions dans la solitude. Descartes, Spinoza, Kant, Rousseau, et de nos jours Darwin

Stuart-Mill, Renouvier, Spencer, Tolstoï, qui ont renouvelé la pensée moderne sur tant de points, doivent la meilleure part de leur succès à la solitude.

Et en elïet, il n'y a rien dans la nature du travail intellectuel qui ne'cessite le séjour à Paris. Que Paris seul en France, donne la sanction du talent, que seul il puisse organiser autour de l'homme arrivé une réclame constamment renouvelée, nous le croyons. A cause de notre centralisation excessive, notre attention est tournée vers Paris et ce n'est qu'au foyer où convergent les regards de tous, que les réputations deviennent éclatantes : mais ce privilège n'est point spécial au talent, et un assassin célèbre, bénéficie de cette réclame autant qu'un écrivain dont les œuvres dureront des siècles.

En outre, si Paris est utile pour exposer au grand jour les noms célèbres, Paris n'est point nécessaire pendant la longue période de labeurs, d'efforts, qui doit précéder les premiers succès.

Que Paris soit indispensable au physicien, au psychophysicien qui ont besoin de laboratoires, cela n'est nullement prouvé, et cela cesserait absolument d'être vrai si les facultés érigées en universités, ayant le droit de posséder et d'acquérir, pouvaient développer davantage leurs installations'. Ces universilÉs fourniraient une preuve nouvelle de la loi posée par Haeckel, le grand naturaliste allemand, c que les productions scientifiques des univer-

(1) On a lieu d'être surpris et peiné quand on apprend que le projet de M. Liard sur les Universités régionales a échoué devant le Sénat, grâce à l'intervention d'un ancien professeur de philosophie, M. Challemel-Lacour. Ce projet, en assurant la liberté du professeur de faculté, affranchissait absolument la pensée scientifique de toute ingérence étrangère, et de plus il était un magnifique essai de décentralisation intellectuelle.

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