CHAPITRE m
^ES ENNEMIS ▲ COMBATTRE I LES SOPHISMli.8 DES PARESSEUX.
La paresse, comme toutes les passions, cherche à se faire légitimer par l'intelligence. Et comme la plupart des hommes n'essaient même pas de combattre en eux les tendances inférieures, on peut prévoir que les solennels axiomes, les proverbes d'allure infaillible, ne manqueront point pour l'excuse et même pour la glorification des fainéants.
Nous avons étudié plus haut et, nous l'espérons, définitivement ruiné la croyance à l'immuabilité, du caractère reçu à la naissance. Nous avons vu, dans cette naïve théorie, an exemple de la puissance qu'ont les mots de nous faire croire à l'unité des choses qu'ils désignent : nous n'y reviendrons point, sauf pour remarquer quel puissant appui cette croyance donne à notre lâcheté, à notre paresse. Elle a peut-être trouvé dans notre révolte contre lalongueur de la conquête de nous-mêmes, le nerf de sa force et, par un juste retour, elle rend au centuple à notre paresse la force qu'elle a empruntée d'elle. Cette théorie
LES SOPIIISMES DES PARESSEUX tll
n est d'ailleurs que l'un des secours que trouve la paressiï dans l'arsenal des maximes inventées par ses sectateurs. Le. diable, dit une vieille fable, est obligé de varier ses amorcen pour tenter les autres vicieux : pour les paresseux, rien de tel n'est utile. Ils avalent les appâts les plus grossiers et le terrible pécheur est sûr de ramener à chaque coup umr proie. En eflet, nulle passion n'est plus emprcs.sée à accepter les justifications les plus spécieuses, les plus naïves.
La plainte est générale parmi les étudiants ; ceux qni sont obligés d'accepter pour vivre des fonctions de répétiteurs ou de professeurs dans de petits collèges, oa depi^cepteurs, ceux mêmes qui doivenldonner quelques leçons déclarent & l'envi que le travaihnatériel les absorbe. Or le temps est, comme on l'a dit, toujours solvable à qui saitl«t prendre. Il est impossible que dans les vingt-quatre heures de la journée on ne puisse trouver les quatre heures néce^ saires et suffisantes à tous pour une solide culture intellec luelle. il suffit en elTet de quelques heures parjuur bi l'on .1 soin de ménager pour l'étude le temps où l'esprit possèdu toute sa vigueur, toutes ses ressources. Si à ces heures d'à/ tention vigoureuse, on ajoute pour les travaux de notes, de copie, de mise en ordre des matériaux, l'utilisation de moments que l'on perd d'habitude sottement, il n'est pas de carrière qui ne permette à côté d'elle le plus large développement de l'esprit. D'autant plus que les professions en apparence les moins routinières, comme le barreau, la médecine, le professorat, ne tardent pas, ainsi que nous l'avons d(jiidit, à cesser oresaue complètement de mettre l'intelligence à contribution. Au bout de peu d'années lo professeur sait iton cours, l'avncnt et le médcciii ont épuisé, à de rares exceptions près, tous les cas nouveau.x : coin
même explique que dans les postes les plus élevés on trouve tfint d'hommes remarquables en leur spécialité, mais qui ont, sans s'en douter, laissé rouiller, faute d'usage, leurs facultés supérieures, et qui, en dehors de leurs occupations obligées, sont d'une sottise qui confond. La fatigue du professorat, entre autres, n'est nullement de nature intellectuelle. Elle provient du surmenage des muscles qui concourent à l'émission de la parole : et comme ces muscles forment un groupe restreint, ils sont prompts à se fatiguer. Mais cette fatigue locale n'a qu'un retentisisement modéré sur l'état des forces générales, et elle n'exclut nullement la possibilité du travail intellectuel.
D'ailleurs beaucoup de gens reconnaissent, quand on les pousse, qu'ils pourraient trouver trois ou quatre heures chaque jour pour l'étude : mais, disent-ils, pour arriver à tel examen il faudrait travailler au moins six heures par jour; donc j'ai raison de ne rien faire! Eh! dirai-je, mettez-vous donc au travail trois heures chaque jour, et vous verrez vite qu'il n'est pas inutile de travailler, que la somme des heures de travail est la môme à trois heures par jour en six mois qu'à six heures en trois mois. La même par le travail, non la même par les résultats, car comme dit Leibniz « tant s'en faut que notre esprit se polisse par l'excès de l'étude qu'au contraire, il en est émoussé ».
D'autres paresseux reconnaissent que le temps ne fait pas défaut; mais disent-ils, il est inutile de se mettre au travail lorsqu'on n'est pas disposé. L'esprit lourd, somnolent, ne fait rien qui vaille. Ainsi le matin, ajoutent-ils, nous avons renoncé à travailler tant nous perdons de temps à nous « mettre en train ». — Quelle erreur! Si le