L'ABOULIE, LE MAL A COMBATTRE U
sur les moyens de conduire à bien l'éducation de la volonté. On ne sait que faire pour reprendre pour soi celte œuvre que nos maîtres n'ont pas même ébauchée. Interrogez dix étudiants pris au hasard parmi ceux qui ne travaillent guère; leurs confessions se résument en ceci: hier au lycée le professeur fixait pour cbaquô jour, bien plus pour chaque heure la tâche que nous devions accomplir. L'ordre à exécuter était net, précis : nous avions à étudier tel chapitre d'histoire, tel théorème de géométrie, à faire tel devoir, à traduire tel passage. De plus nous étions soutenus, encouragés ou morigénés ; l'émulation était entretenue avec ardeur et habileté. Aujourd'hui plus rien dé semblable. Nulle tâche précise fixée. Nous disposons de notre temps à notre guise. Comme nous n'avons jamais en aucune initiative dans la distribution de notre travail, que d'ailleurs on ne nous a enseigné aucune méthode appropriée à notre faiblesse, nous snmmes exactement comme des gens qu'on jetterait tout nus en pleine eau, après leur avoir appris à nager en les entourant soigneusement d'une triple ceinture de liège. Nous nous noyons, cela va sans dire. Nous ne savons ni travailler ni vouloir; bien plus, nous ne savons où nous ren^^eigner sur les moyens de faire nous-mêmes l'éducation de notre volonté. Il n'y a aucun livre pratique sur ce sujet. Aussi nous nous résignons et nous lâchons de ne pas penser à notre abdication. Cela est trop douloureux. Et puis il y a le café, la brasserie, et des camarades qui sont d'une gaieté relative. Le temps passe tout de même...
C'est ce livre que tant de jeunes gens se plaignent de ne pas avoir que nous avons essayé d'écrire.