VI PREFACE
conservation de sa vie naturelle. Il n'a pas moins besoin d'avoir, près de lui, une intelligence attentive, qui surveille l'éclosion de ses facultés naissantes, leur fournisse l'aliment qu'elles réclament, les empêche de dévier, les fasse, au contraire, prospérer, chacune en sa sphère, dans la plus large mesure possible, jusqu'au moment où, suffisamment développées, orientées vers le vrai et vers le bien, elles pourront se diriger elles-mêmes, et réaliser le plan en vue duquel Dieu les avait créées.
Or, pour réussir dans ce travail, il ne suffit pas de savoir de quel côté il convient d'incliner les énergies qui se font jour. L'enfant est un être conscient. Il progresse, au moral du moins, dans la liberté et par des actes réfléchis et voulus. Il faut donc l'amener à agir par lui-même, dans un sens qui favorise ce perfectionnement régulier de ses qualités natives, et leur donne, pour le reste de la vie, la stabilité nécessaire.
C'est là ce qui constitue le problème de l'éducation. Rarement il s'est posé avec autant d'acuité que de nos jours, où chaque fraction d'opinion, en vue de l'avenir, se dispute l'àme de l'enfant, et où tant de forces contraires se trouveront bientôt en jeu pour détruire l'œuvre, si péniblement élaborée, de sa formation première.