‹ L'éducation des jeunes filles catholiquesChapitre 26 sur 27 · I Cor., III · texte numérisé non relu

I Cor., III

en dépit des déboires actuels, des peines à venir, des dangers quotidiens, de l'incertitude des résultats définitifs.

Ce travail progressif est plus vrai et dispose plus sûrement aux réalités de l'existence. Une (( éducation terminée » n'est qu'une illusion ou la source de cruelles déceptions. Le mot seul dénote un état d'esprit opposé à tout développement ultérieur, une sorte de satisfaction de soi.

Qu'est-ce donc qu'une jeune fille bien élevée, en mesure de pouvoir prendre en main le gouvernail de sa vie ? Toutes ne donnent pas la même mesure ! La différence entre celle qui a reçu cinq talents et celle qui n'en possède que deux se fera toujours sentir ; mais les moins douées seront bien élevées, si elles ont acquis assez de ressort pour n'être ni tristes ni abattues en constatant la modicité de leurs moyens. Lorsque nous avons su mettre l'espoir en ces âmes, et leur inspirer une patience laborieuse, nous avons fait une belle œuvre. Cette indomptable persévérance ne faiblit jamais; elle atteint des résultats dignes d'éloge et forme des femmes en qui on peut avoir confiance. Quelle que soit leur position dans le monde, leur caractère est égal à leurs responsabilités, ce qui n'est pas une petite chose. Quand la sérénité d'esprit se joint à cette énergie de volonté, l'être moral domine les événements, et ne cesse de se développer dans le sens de ses dons personnels. Rarement ces natures nous causent

des déceptions ; parfois même elles donnent plus qu'on n'en attendait. La désillusion vient plus souvent des « enfants de grande espérance », qui ne mettent pas à profit les dons reçus; celleslà ne savent pas vouloir.

Si nous désirons donner à une jeune fille ce dont elle a besoin pour acquérir le plus de perfection possible, il faut établir solidement en elle deux dispositions fondamentales : le calme de l'esprit et la force de la volonté. Le calme est aussi loin de l'inertie que de l'excitation. Dans l'inertie et la stagnation, l'esprit est ouvert « aux sept démons qui entrèrent dans la maison vide et balayée. » Dans l'excitation, il se porte aux extrêmes, d'un côté ou de l'autre, selon les heures et les moments. Les plus riches natures féminines sont paisibles, tranquilles, douées d'intuitions, accessibles aux sympathies intellectuelles.

Le rôle de la femme n'est ni initiateur ni créateur; mais la création et l'initiation réclament son concours. L'appui qu'elle prête doit être à la fois intellectuel et moral ; il suppose une énergique volonté; on ne peut, surtout aux heures difficiles, aider efficacement les autres que dans la mesure où l'on est soi-même ferme au-dedans. Les plus belles victoires de la femme ont été remportées par cette force intérieure, cette solidité, cette persévérance basée sur la foi. La volonté de la femme est efficace, bien moins dans la mesure de ses œuvres extérieures que dans la puissance de ses réserves

intimes. C'est-à-dire que sa force maîtresse est en proportion du contrôle oij elle tient sa sensibilité et ses impressions, de sa persévérance à soutenir l'effort, de son oubli de soi en faveur de tout ce qui réclame aide et soutien. Elle est grande par son dévouement; c'est là qu'elle trouve la seule indépendance durable.

Donner beaucoup, et demander peu en retour, constitue la plus noble des libertés. La foi seule nous la fait trouver. Elle imprime à l'âme cette orientation spéciale qui l'affranchit des intérêts personnels d'ici-bas, en lui parlant des comptes à rendre Là-Haut. Pour les unes, c'est le devoir et le règne delà conscience; pour les autres, le détachement et le triomphe de l'amour divin, le vol joyeux de l'âme vers les régions célestes. Le nom importe peu; le centre de gravité est le même, car « les commandements de Dieu dans le cœur d'une femme sainte, sont comme les fondements inébranlables posés sur la pierre ferme \ »

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