CHAPITRE XIV
Le seul but de cette conclusion est de répéter combien il reste à dire, et surtout à faire, en face du grand problème de l'éducation des jeunes filles. Chaque génération l'envisage et l'interprète selon la caractéristique de son temps. A nous, il se présente sous un aspect attrayant, plein d'espoir, mais aussi chargé de sollicitudes anxieuses. Dans cette œuvre si importante, l'intérêt ne languit jamais; année par année tout se renouvelle; les enfants viennent de la « nursery » à la salle de classe; la vie s'ouvre devant eux avec des facilités incalculables pour le bien, avec leur confiance et leur joyeux espoir en l'avenir. Ce sont là pour nous des circonstances providentielles, que nous serions coupables de laisser échapper.
Quand, au terme de ses études scolaires, la jeune fille entre dans la vie réelle, l'œuvre d'éducation
lentement élaborée, semblable au travail de l'artiste, est jetée dans la fournaise, poury être éprouvée par le feu, comme le verre et la faïence. L'éducateur doit, à un moment donné, abandonner sa tutelle, et, quelque sollicitude qu'on ait eu pour préparer cette passe difficile, en habituant l'enfant à agir en conscience et sous sa propre responsabilité, fatalement arrive l'instant critique où « l'ouvrage de chacun sera manifesté '. »
La vie est la pierre de touche de l'éducation et en révèle la nature. Si l'œuvre résiste à l'épreuve, elle gagne en beauté, et ses couleurs se fixent. Si elle se brise (et l'expérience en brisera inévitablement plusieurs), des germes de résurrection demeurent cependant en toute âme catholique. Pour nous, rien n'est perdu à tout jamais, nous savons les moyens de réparer; mais dans la mesure du possible, notre devoir est de faire des caractères qui sachent résister. Nos efforts en éducation tendront à quelque chose de durable et, dans ce but, nous devrons, plus d'une fois, sacrifier le succès immédiat au plus grand bien de l'avenir, et renoncer à la joie de constater les résultats. Une construction achevée, si modeste soit-elle, est plus agréable à voir que celle, même plus vaste, et de plus belles dimensions, qui sort à peine de terre. Pourtant, dans le labeur de l'éducation, nous devons préférer la seconde à la première. Il faut savoir traverser la période ingrate,