‹ L'éducation des jeunes fillesChapitre 19 sur 40 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

Où doit se faire l'éducation des filles? Famille ou pension?

Importance de la première éducation. — L'éducation domestique; l'tiducation du sexe; l'éducation ménagère; les traditions de famille. — Inconvénients des internats publics et des pensionnats privés. — Les couvents jugés par Fénelon et par Mgr Dupanloup.

C'est un principe dont nous ne cessons de nous inspirer, vous le savez, qu'au-dessus de l'instruction, audessus môme de la culture intellectuelle, il faut mettre l'éducation du caractère et du cœur, la formation des habitudes, des sentiments et des goûts qui commence dès le berceau. C'est une première éducation qui fait parfois si complètement défaut aux gens instruits, et qui parfois, au contraire, s'est trouvée être si bonne chez certains ignorants qu'elle les fait estimer et aimer bien au-dessus des plus doctes. Maintes fois, j'ai insisté sur le prix de celte éducation distincte de tout enseignement, et j'ai dit quel malheur c'est d'en avoir manqué, et comment cela se reconnaît toujours et déprécie les plus heureux dons. C'est que la culture

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scolaire reste toujours plus ou moins à la surface; tandis que les habitudes pratiques, comme les sentiments et les goûts dont elles sont inséparables, prenant les devants de plusieurs années sur elle, descendent bien plus profondément en nous, et peuvent infiniment plus pour renforcer le naturel et Tinstinct s'il est bon, ou le corriger s'il est mauvais. Cette vérité essentielle, si souvent rappelée, nous est encore plus importante ici, quand il s'agit de l'éducation des filles. Leur valeur réside encore bien moins que celle du jeune homme, qui, lui, se prépare en vue d'une profession spéciale, dans leurs qualités intellectuelles et leur savoir. On les estime avant tout pour des qualités de tenue, de pudeur, de réserve, de bonne grâce, d'ordre, de conduite, en un mot, et de sentiment, qui sont le fait essentiellement de l'éducation première, de l'exemple et du milieu, et qui ne doivent que très peu de chose à l'étude. Les défauts de la première éducation chez l'homme ne sont, après tout, que des défauts, c'est-à-dire des manques, que le savoir et l'activité peuvent compenser, sinon réparer; chez la femme les défauts de la première éducation sont autrement graves, ils se tournent aisément en vices, parce que presque toujours, plus ou moins, ils lui font perdre sa fleur de grâce ingénue et de pureté.

Il suit de là, et ce sera le premier point de notre pédagogie pratique féminine, que l'éducation non seulement de la petite fille durant les premières années et jusqu'à l'âge de l'étude, mais même de la jeune fille pendant toute l'adolescence, ne peut être tout à fait bien faite que par la mère et dans la maison maternelle. Cela, bien entendu, en général, car il y a des mères indignes et des foyers où l'éducation est lamen-

table. Et Ton ne peut que se réjouir, lorsque telle femme se rend justice et éloigne sa fille, aussitôt née, pour la faire élever sous un autre toit. Mais c'est toujours un mal absolument, même quand c'est un moindre mal. Ce serait un bien relatif si l'enfant trouvait ailleurs de vrais soins maternels qu'elle n'aurait pas eus chez ses parents; mais quelle vraisemblance y a-t-il à cela d'ordinaire? La présomption est évidemment que la tendresse, le zèle, les soins incessants se trouveront chez la vraie mère s'ils doivent se trouver quelque part, bien plutôt que chez une étrangère, chez une institutrice à gages.

Ce qui est de toute évidence pour les deux sexes au premier âge, reste vrai pour la fille bien plus longtemps que pour le garçon; car si le garçon a moins besoin de sa mère à mesure qu'il grandit, la fille en a plus besoin au contraire. Pour lui, déjà, je regarde comme fâcheux, bien que le mal soit nécessaire souvent et non sans compensation, mais enfin comme un mal, de quitter tout à fait la famille, et comme un bien de pouvoir faire ses études, même les fortes études publiques qui lui sont indispensables, tout en restant attaché au foyer. Pour la fille, l'exil total dans un internat est bien plus encore redoutable; car plus elle avance vers l'adolescence et la jeunesse, moins elle doit quitter sa mère sans nécessité. Il y a mille choses qu'une jeune fille doit savoir et que sa mère seule peut lui apprendre; mille choses en revanche qu'elle doit ignorer, et dont la mère seule en la gardant sous son toit, sous son aile, en veillant sur ses compagnies, peut sans effort ni affectation lui épargner la révélation prématurée.

N'allez pas croire pour cela qu'une éducation exclu-

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sivemeni familiale, sans aucun secours étranger, puisse sufflre à la jeune fille. A peine cette opinion était-elle soutenable au temps où l'on n'envisageait pour la femme aucune destinée en dehors de la famille. Mais autres sont aujourd'hui, nous l'avons vu, les nécessités sociales et économiques. De même qu'elle ne doit plus être élevée uniquement pour la famille, elle ne peut Ictre uniquement par la famille.

Mais avant d'insister sur les insuffisances de l'éducation domestique pour les filles, il importe d'insister d'abord davantage sur sa nécessité.

Les écoles valent surtout pour l'instruction qu'elles donnent plus forte, et pour la culture des vertus publiques. Qjv si^artisans que nous soyons d'une, instruction forte pour les femmes, si persuadés que noussoyons de l'intérêt qu'il y a à les initier, à les associer discrètement à la vie nationale, l'essentiel pour elles est ailleurs, il est dans le développement de leurs facultés propres en vue de leurs fonctions propres, dans le développement des aptitudes et des affecti oiis domestiques qui les destinent à être l'âme de la famille, le bon génie de l'intimité. Et c'est pour cela qu'elles doivent être élevées tout d'abord dans l'intimiléet par les méthodes que l'intimité comporte. Rien comme l'exemple et l'enseignement d'une mère ne prépare la jeune fille à être mère. Jean Paul Richter remarque que mieux la jeune fille est douée, plus il est nécessaire qu'elle grandisse au milieu des occupations familiales, afin que son besoin d'idéal ne s'égare pas dans les nuages, et qu'elle n'aille pas chercher le bonheur en dehors des devoirs et des affections qui peuvent seuls le lui assurer. C'est là seulement

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qu'elle puise celte spontanéité aimable, ce naturel, cette gaîté décente et de bon aloi qui est le signe et l'effet d'un cœur tranquille et qui ne ressemble pas à la gaîté bruyante des écoles.

« Le garçon est formé par un monde varié .ijss^ écoles, les universités, les voyages, les col'poration.s, les bibliothèques. Pour la fille, c'est l'esprit maternel qui la forme. » « La moralité des fiiies, dit-il encore, est une affaire d'habitude, non de principes... Il ne faut jamais les laisser nombreuses ensemble... Il y a certains abîmes dont elles ne doivent pas approcher si Ton ne veut pas qu'elles y tombent; comme pour les mules en Suisse, avertir et préciser le danger ne fait que l'accroître. »

Les écoles de filles se sont multipliées quand même, en Allemagne comme ailleurs, parce qu'elles étaient nécessaires; mais cette manière de voir n'a rien perdu de ^a vérité; elle a prévalu en somme et empêché jusqu'ici la création des gymnases de filles.

Chez nous, je regrette de le dire, la résistance à la multiplication des internats de filles a été moins forte et moins efficace. Je sais bien qu'on peut m'opposer des nécessités sociales auxquelles nous ne pouvons que nous résigner. Cependant je croirais manquer absolument à mon devoir si je ne m'appliquais avant tout à maintenir la vérité morale et les principes. Malgré l'unanimité, ou à peu près, des théoriciens, il se fait une sorte de poussée nouvelle contre les principes et pour l'internat, à laquelle il faut avant tout savoir si nous voulons ou non donner les mains.

A toutes les raisons, trop puissantes, hélas! qui de tout temps ont poussé tant de mères à se débarrasser sur les pensions et les couvents du soin

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d'élever leurs filles, quelques écrivains et hommes publics en ajouteraient volontiers d'autres, s'ils le pouvaient, dans leur ardeur pour les nouvelles institutions créées par l'État. Non contents de louer l'enseignement des lycées de filles et les services qu'ils peuvent rendre comme externats, ils semblent vouloir en faire, ils en auraient fait déjà, si on les avait écoutés, autant de couvents laïques, pour ainsi dire, autant d'internats aussi analogues que possible à nos lycées de garçons. Eh bien, je n'en suis pas! Déjà pour les garçons je ne vois guère dans l'école fermée, dans l'école qui remplace en tout la famille, qu'un pis aller. Pour les filles sans hésiter, je regarde comme un mal véritable l'existence de maisons d'éducation qui se substituent à la famille au lieu de lui venir simplement en aide, qui induisent la mère en tentation de déléguer son autorité moyennant finance, c'est-à-dire d'oublier tous ses devoirs, au lieu de l'aider à les mieux remplir.

Je reconnais sans doute que l'État ne peut refuser à une famille trop éloignée du lycée et qui réclame son enseignement le moyen de le recevoir, en autorisant l'institution d'internats. C'est dans ce sens qu'a été faite la loi, et dans cet esprit qu'elle doit être appliquée. Il y aurait certainement duperie à ouvrir de beaux lycées, à les doter d'un personnel distingué, et, faute de s'annexer un ou plusieurs internats (j'aimerais mieux dix petits qu'un grand), à les fermer à toute une population de jeunes filles qui seront cloîtrées ailleurs et recevront un enseignement donné dans un esprit tout contraire. Mais après cet aveu, qu'on n'aille pas jusqu'à faire l'apologie des internats, ni en demander la multiplication. La responsabilité que

l'État assume avec ses lycées de garçons est largement suffisante. A caserner des filles en grand nombre il y aurait une responsabilité encore plus grave ; et en soustraire à la famille une seule que sa famille peut garder serait une faute contre la société ! La mission de rÉtat n'est pas d'élever autel contre autel, internat contre internat, pension contre pension ; c'est de mettre partout un excellent enseignement à la portée des familles, et aussi de corriger les tendances fâcheuses de nos mœurs, non de les perpétuer en en profitant.

Pour l'éducation spéciale relative au sexe n'est-il pas évident qu'elle ne peut être faite décemment qu'à la maison, par la mère, seule juge des nécessités, des dangers et des besoins, des occasions et de la mesure. Dansla famille, de mère à fille surtout, tout est chaste et sans danger. Au dehors, tout, dans cet ordre d'idées, est suspect et hasardeux, et il faut craindre par dessus tout l'initiation par l'école, par les conversations de pensionnaires!

Mais l'éducation des filles est spéciale encore dans un autre sens. Elle se fait en vue de leur condition future, de leur condition probable de mère et de ménagère. D'ailleurs, en se mariant, les filles ne changent guère de catégorie sociale. Elles restent dans leur monde, dans le monde de leurs parents. Il importe donc infiniment qu'elles y soient élevées, qu'elles en aient le goût, l'esprit, les traditions. « Si uno fille doit vivre à la campagne, dit Fénelon, de bonne heure tournez son esprit aux occupations qu'elle doit avoir, et ne lui laissez point goûter les amusements de la ville; montrez-lui les avantages d'une vie simple et active; si elle est d'une condition

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médiocre de la ville, ne lui faites point voir des gens de la cour : ce commerce ne servirait qu'à lui faire prendre un air ridicule et disproportionné; renfermezla dans les bornes de sa condition, et donnez-lui pour modèles les personnes qui y réussissent le mieux. Formez son esprit pour les choses qu'elle doit faire toute sa vie; apprenez-lui l'économie d'une maison... les soins qu'il faut avoir... et ce qui regarde l'éducation des enfants. » Tout ce passage revient à dire : « N'élevez pas les filles dans un couvent si ce n'est pas au couvent que vous les destinez à vivre ».

Quand un jeune homme sérieux songe au mariage, neuf fois sur dix c'est que la famille lui plaît, lui paraît honorable et saine. Il présume, on présume avec lui que la jeune fille aura l'esprit de sa famille et tout spécialement les qualités de sa mère. Où sera pour lui la garantie, et comment ne craindrait-il pas les surprises si la jeune fille n'a pas été élevée au foyer, par sa mère, tout au moins sous les yeux de sa mère? Il n'est pas de pension, si bonne soit-elle et si familiale (remarquez, en passant, qu'elles prétendent toutes à un caractère familial), qui ne mêle des jeunes filles de provenances très diverses, d'habitudes, de traditions, de manières très différentes. Elles agissent et réagissent les unes sur les autres nécessairement. Je ne dis pas que le résultat soit toujours mauvais pour toutes; les pires s'élèvent sans doute si les meilleures déchoient, et de même qu'il a du bon pour les garçons, ce mélange n'est pas, chez les filles même, mauvais pour toutes sans compensation; mais enfin, il faut bien avouer qu'il n'est favorable ni aux originalités bonnes ou exquises, ni au développement des vertus intimes et proprement domestiques.

La grande majorité des familles sont anjourc^'hu' moins pressées qu'au siècle dernier de se débarrasser de leurs filles sur le couvent. Elles l'osent moins et moins tôt. Il y a plus d'intimité vraie entre les mères et les filles. Le nombre est grand des mères qui, même mondaines, s'attachent sérieusement, se dévouent à l'éducation de leurs filles, veulent faire pour celles-ci ce qu'on n'a pas fait pour elles. Elles les accompagnent au cours, au catéchisme, elles les font en tout bénéficier de leur savoir et de l'expérience de la vie. Cela est excellent pour la mère ellemême, dont la vie est occupée, sauvegardée, sanctifiée par la présence de sa fille. ]\Iais c'est justement parce que cela est excellent socialement aussi bien que pédagogiquement, qu'on ne saurait trop pousser à ce progrès.

Je ne souscrirai pas, d'ailleurs, à tout ce qu'on dit ou écrit contre les pensionnats. J'en ai connu en province qui rendent de grands services en recevant les filles de la bourgeoisie rurale qui, sans eux, ne feraient pas d'études du tout. J'en sais où les mères se sont trouvées si bien qu'elles y mettent leurs filles et qu'il s'est formé, grâce à cela, un vrai lien de cœur entre les élèves et les maîtresses. 11 y aurait une réelle injustice à condamner en bloc toutes les maisons de cet ordre, qui, j'en suis sûr, ne sont pas sans analogues à Paris même, où trop souvent l'excès du mal, qui s'étale, empêche de voir le bien.

Je n'ai pas de compétence personnelle pour critiquer l'éducation des couvents; j'en laisse le soin à Fénelon et à Mgr Dupanloup. Le premier, dans ses Avis à une Dame de Qualité, n'hésite pas à dire à

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la mère qui Ta consulté, que n'ayant qu'une fille et étant à même d'en prendre soin, elle peut lui donner une meilleure éducation qu'aucun couvent. Les couvents sont nécessaires quand les mères manquent des lumières indispensables ou n'ont pas cette conduite sérieuse sans l'exemple de laquelle les instructions les plus solides ne font aucune impression, car tout ce qu'une mère peut dire à sa fille est anéanti par ce que sa fille lui voit faire. Mais que d'avantages autrement, dans l'éducation qu'une mère donne à sa fille auprès d'elle! « Si un couvent n'est pas régulier, elle y verra la vanité en honneur, ce qui est le plus subtil de tous les poisons pour une jeune personne. Elle y entendra parler du monde comme d'une espèce d'enchantement, et rien ne fait une plus pernicieuse impression que cette image trompeuse du siècle qu'on regarde de loin avec admiration, et qui en exagère tous les plaisirs sans en montrer les mécomptes et les amertumes. Le monde n'éblouit jamais tant que quand on le voit de loin sans l'avoir jamais vu de près et sans être prévenu contre sa séduction. Ainsi, je craindrais un couvent mondain encore plus que le monde même. Si au contraire un couvent est dans la ferveur et dans la régularité de son institution, une jeune fille de condition y croît dans une profonde ignorance du siècle. C'est sans doute une heureuse ignorance, si elle devait durer toujours. Mais si cette fille sort de ce couvent et passe à un certain âge dans la maison paternelle où le monde abonde, rien n'est plus à craindre que cette surprise et que ce grand ébranlement d'une imagination vive. Une fille qui n'a été détachée du monde qu'à force de l'ignorer, et en qui la vertu n'a pas encore jeté de profondes racines,

est bientôt tentée de croire qu'on lui a cache ce qu'il y a de plus merveilleux. Elle sort du couvent comme une personne qu'on aurait nourri dans les ténèbres d'une profonde caverne, et qu'on ferait tout d'un coup passer au grand jour.... Il vaut beaucoup mieux qu'une fille s'accoutume peu à peu au monde auprès d'une mère pieuse et discrète, qui ne lui en montre que ce qui lui convient, qui lui en découvre les défauts à l'occasion, et qui lui donne l'exemple de n'en user qu'avec modération.... J'estime fort l'éducation des bons couvents, mais je compte encore plus sur celle d'une bonne mère quand elle est libre de s'y appliquer. »

Mgr Dupanloup, dans son Éducation des filles (Lettre XI à la directrice d'un grand pensionnat), se plaint avec une virile bonne foi, qui lui fait grand honneur, que la piété même est vaine, souvent très molle, légère et superficielle dans les maisons où elle est le plus vantée, que les instructions religieuses « se donnent beaucoup trop sous la forme d'une classe ordinaire et sans que l'ùme y ait grande part.... C'est seulement une classe plus ennuyeuse qu'une autre, et voilà tout... » Et il se moque du choix des livres de piété. Des livres nouveaux et d'une extraordinaire médiocrité sont précisément les plus répandus... Ils pervertissent le goût autant qu'ils affadissent les cœurs. Les élèves sont très pieuses, dit-on. C'est possible en un certain sens et d'une certaine manière; néanmoins on peut affirmer qu'il y en a très peu de solidement chrétiennes. L'imagination et le sentiment font les frais de cette piété tendre, mais sans fond, où les âmes s'endorment, mais qui assurément ne conduit pas dans la voie rude et étroite dont parle

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l'Évangile et où elles devront marcher toute leur vie. Et il se moque rudement des « petits actes de vertu puérils » auxquels on les invite et les exerce. « Mais changer leurs cœurs, corriger leur paresse, leur vanité, leur dissipation, leur égoïsme, leur insupportable personnalité, de cela il est rarement question. On se laisse tromper par de belles apparences, on s'occupe peu des défauts réels des caractères, on ne sait pas donner de bons et forts aliments à la piété pratique de ces jeunes cœurs.... Ces jeunes filles brillantes sont pareilles en fait de piété à des rhétoriciens qui n'auraient pas appris la grammaire.... Elles pourraient en apprendre de telles bonnes petites paysannes solidement instruites et chrétiennement élevées par la sœur du village. »

Un autre inconvénient de ces maisons d'éducation dont je parle, c'est que tout le monde y reçoit la même empreinte. La vertu libre, spontanée, personnelle, Tindividualité en un mot disparaît étrangement. On semble croire que le règlement fera tout.... ^lais sous Faction et la contrainte du règlement, les jeunes filles ne font qu'ajourner la libre expansion de leur nature. « Dès qu'elles ont quitté le pensionnat, leurs défauts, qui ont grandi dans l'ombre, éclatent, et sortent comme de petites bêtes fauves d'une forêt sombre, et souvent hélas! ne connaissent plus de frein. »

« Une grande partie du mal, dit encore notre auteur, vient de ce que môme les bonnes institutrices se reposent trop sur le règlement et ne cherchent pas à agir fortement sur l'ame de leurs élèves; elles ne s'occupent qu'à régler l'extérieur et n'exercent aucune des forces vives du cœur et de la raison de ces

enfants; » et il conclut comme Fénelon que « l'éducation dans une bonne famille est encore préférable, même quand elle est médiocre ».

Je renvoie le lecteur à ces pages qui sont d'un honnête homme en même temps que d'un éducateur. Que de bons avertissements pour nous, pour tous les pensionnats, quels qu'ils soient, nés ou à naître. Que tous en fassent leur profit (mutatis mutandis). Mais serons-nous en reste de franchise et de bonne foi avec ces prélats? Non; avouons donc qu'une partie de ces critiques portent contre tout grand internat, même laïque, même ouvert et dirigé par l'Etat. Il y en a qu'on peut éviter; mais n'y en a-t-il pas d'inévitables? Il yen a un tout au moins, dont on a déjà une peine extrême à se défendre dans nos meilleurs grands externats, et qui serait terrible le jour où nous aurions de grands lycées de filles internes : je veux dire le sec formalisme, le mécanisme, le règlement glacial et rigide comme l'acier, qui ne fait pas une éducation parce qu'il est appliqué sans âme par des fonctionnaires qui, si zélés qu'ils soient, ne sont pas des éducateurs.

Nous réagissons de notre mieux dans nos lycées de garçons, mais avec combien de peine et de résistance! Ne créons pas ce mal à plaisir afin de n'avoir pas à le combattre. Bref, en fait d'internats de filles, n'ayons que le nécessaire, et améliorons-le sans cesse. Et posons en dogme , avec la loi scolaire elle-même, que pour l'éducation des filles l'État offre d'incomparables secours aux familles, mais leur laisse leur part essentielle , qu'il n'entend ni les dispenser de leur devoir ni se charger à forfait de leur tâche.

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•Maintenant ce n'est là qu'un aspect, le principal, il est vrai, de la question. Nous devons procéder à la critique de la famille, à son tour si peu outillée d'ordinaire et si mal préparée pour réducation môme des filles. Ce sera la revanche de l'Ecole.

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