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telligence du nègre : les règles de la prophylaxie ne sont souvent qu'une affaire de bon sens.
L'éducation, pour enrayer les maladies et améliorer l'état physique du nègre, devra considérer toujours les causes originelles du mal, et réagir contre l'habitude qu’a la race de s'enlasser dans les quartiers malsains des grandes villes; il faudrait renseigner les noirs sur les conditions économiques et sociales qui les guettent dans les grands centres, et développer en eux l'amour de la vie de campagne et des métiers agricoles ; contre les négligences, et la criminelle ignorance des lois de l'hygiène, l'instruction la plus élémentaire sera un gain. C’est là tout ce qu'il importe aujourd'hui d'envisager dans un plan d'éducation : la race nègre n’a pas besoin, comme certaines races anémiées, d’une culture physique spéciale; s'il est vrai que le jeune noir ne doit pas être retenu des journées entières sur les livres, il n’y a pas davantage une nécessité immédiate à encourager en lui le goût des sports et jeux violents. C'est l'esprit, plus que le corps, qu'il faut cultiver chez lui, On peut se dispenser d'établir pour le nègre un programme d'éducation physique.
Caractères intellectuels et moraux. — Pour savoir quels principes doivent nous guider dans l’éducation intellectuelle et morale du nègre, il faut nous rendre compte avec exactilude de ses dispositions à ce double point de vue.
a) Imprévoyance.— Les défauts les plus communs dont on accuse le nègre sont l'imprévoyance et l’indolence, et surtout un certain éloignement pour le travail assidu. Il n’est guère possible que ces accusations soient mal fondées, car ces faiblesses, non seulement sont des traits reconnus de l'enfance de toutes les races, mais encore sont, pour le nègre,le résultat logique de l'esclavage: cette condition en effet, ne pouvait que décourager l'esprit d'économie. Il était imposssible à l'esclave d'améliorer sa
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situalion. Tous les mobiles qui poussent un homme à l'épargne et à la prévoyance lui faisaient absolument défaut. Aucun effort ne pouvait le rapprocher du jour où il aurait un « chez lui » et où il serait propriétaire et indépendant. Son travail ne servait qu'à augmenter la prospérité de son maitre, prospérité dont il ne tirait lui-même que peu ou point de profit.
La Proclamation de l'Émancipation libéra les nègres, mais elle les jeta à la dérive sans un sou, après deux siècles et demi de travail. Il est vrai que la charité du Nord pourvut à leurs besoins ; mais l’aumône donnée à des gens capables de travailler les réduit au paupérisme, au lieu de leur assurer l'indépendance. D'un autre côté, les nègres en étaient malheureusement venus à penser qu'esclavage et travail étaient des termes synonymes, l’un aussi dégradant que l’autre. Des agitateurs sans scrupules et sans jugement leur avaient fait croire que les plantations seraient partagées, et que le moins que le gouvernement pût faire pour eux, était de leur accorder à chacun quarante arpents de Lerre et une mule. Quand le nègre se réveilla de ce rêve de propriétaire foncier, et se trouva face à face avec la dure réalité, son découragement fut terrible.
Un mouvement dans la bonne direction fut inauguré à la fin de la guerre civile, quand les anciens esclaves furent encouragés à placer leurs économies dans la Freedmen'’s Bank. Malheureusement cet argent fut perdu, par suite de la mauvaise administration {pour ne pas employer une expression plus forte) des directeurs de la banque.
L’American Missionary du mois de juin disait : « La perte éprouvée individuellement par les dépositaires n'est pas, à beaucoup près, la pire conséquence de cette banqueroute. Bien plus grave est la perte, pour eux, de l'espérance et de l’encouragement à économiser, ainsi que ce fait qu'ils retombent dans leur ancienne manière de vivre, déréglée et imprévoyante. »
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Néanmoins le nègre indolent, insouciant et nonchalant, du temps de l'esclavage, s’est montré susceptible de progrès. C’est à peine s'il est aujourd’hui plus imprévoyant que la classe de blancs appartenant à la même catégorie d'illettrés et de déshérités sociaux. L'économie n’est l'apanage d'aucune race; c'est le produit d'une civilisation avancée, le développement des facultés les plus élevées de l’homme : le raisonnement et l'empire sur soi-même.
‘ Par les statistiques, nous savons combien le nègre apprend de jour en jour à se suffire à lui-même et à acquérir des biens personnels, Il est vrai qu'il lui reste quelques traces d'extravagance et de manque d'économie; mais les progrès accomplis dans cette courte période de quarante et un ans sont si importants, qu'il y a là de quoi encourager tous les hommes qui s’intéressent à cette question, à l’exception de ceux que leurs idées préconçues aveuglent, et de ceux qui s’attendaient à voir de grands résultats immédiats, oubliant que la race blanche n'est arrivée à sa condition actuelle qu'au prix de plusieurs siècles d’efforts.
En 1899, le président Councill, de l'Agricultural and Mechanical College, Normal (Alabama), à fait le résumé suivant de données prises dans les comptes rendus du onzième recensement et dans d’autres rapports administralifs.
« Les blancs et les nègres ont les uns et les autres 8 indigents pour 1,000 âmes de population, pendant que l'on compte 64 blancs riches pour 4 nègre riche, et 100 blancs pour À nègre dans des positions fort lucratives.
« Dans tout le pays, il y a 23 nègres pour 75 blancs qui sont propriétaires de leur « chez eux »; la proportion devrait être de 1 nègre pour 6 blancs.
« 87 0/0 des maisons d'habitation des nègres sont libres d'hypothèques ; il n’y à, dans ce cas, que 71 0/0 des mai-
sons des blancs.
« Des fermes appartenant à des nègres, 89 0/0 sont
libres d’'hypothèques ; de celles appartenant à des blancs, il n’y en a que 71 0/0.
« 41 0/0 des nègres sont occupés à des travaux rémunérateurs, tandis qu'il n'y a que 36 0/0 des blancs ainsi OCcupés.
« La valeur des propriétés des églises nègres est de $ 37,000,000; celle des 130,000 fermes nègres de $ 400,000,000; celle des 150,000 maisons nègres, en
dehors des fermes, de $ 325,000,000, et celle de la
propriété mobilière des nègres, de $ 160,000,000,
« Depuis la guerre, le nègre a contribué pour $ 10,000,000 à sa propre instruction. »
On peut ainsi voir que le nègre, quoiqu'il n’acquière pas de richesses bien rapidement, fait cependant des progrès constants dans cette voie. Ce n’est pas un ouvrier sur lequel on puisse toujours compter, et il tombe dans le travers de la majorité des Américains, de vivre au delà de ses moyens; mais d'un autre côté, ce n’est pas un gréviste et c'est un fort travailleur. On compte que les 4/5 du travail du Sud sont faits par les nègres; et, si l'on compare les conditions d'avant la guerre avec celles d'aujourd'hui, on trouve qu'il travaille mieux sans y être forcé, qu'il ne le faisait aux jours de l'esclavage, sous le fouet du surveillant. Le nègre ne pourra que profiter plus encore des habitudes que lui donnera l’école : celles d’un travail régulier et assidu et d’une discipline rationnelle.
b) Immoralité. — L'immoralité est probablement le défaut le plus grave que l'on impute aux nègres, et d'autant plus grave que les résultats en sont plus désastreux el plus étendus. L'esclavage avait également avili l'homme et la femme nègres, en leur rendant le vrai mariage impossible et en les encourageant à retomber à l’état de promiscuité de l'animal. Un système qui ne reconnaissait ni la vie ni les liens de famille, qui échangeait les hommes
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et en faisait reproduire l’espèce comme on le fait des animaux, ne pouvait pas développer de bonnes mœurs. Les noirs, d'ailleurs, ne pouvaient pas prendre exemple sur leurs maîtres et seigneurs blancs pour s encourager dans une vie pure. Aujourd'hui, en effet, sur les figures d'environ deux millions cinq cents mille mulâtres, on voit écrit, en caractères Indélébiles, le tort fait par la race dominante à la femme nègre sans défense. C'est presque un miracle qu'il reste encore à celle-ci quelque trace de vertu. Aussi devait-on s'attendre à ce que l’on insistât, dans les rapports relatifs à la condition morale des nègres, sur la tendance de la race à l’immoralité; ce qui montre que, quels que soient les autres buts que lon se propose d'atteindre dans leur éducation, il est de première importance que l'on enseigne aux jeunes nègres des habitudes moralef,.
Malgré le pessimisme de ceux qui ont oublié le passé des nègres, on doit constater que la race a progressé aussi nettement que tout moraliste raisonnable aurait pu le prévoir. Le progrès moral a été lent, naturellement, faute de ce frein que l'opinion publique constitue pour les volontés faibles des individus de race blanche, portés à suivre leurs instincts naturels. Le mariage légal n’était pas permis aux noirs avant l'émancipation ; comme on devait s'y attendre, les nègres n'en sont pas encore arrivés à se faire une idée suffisante de sa noblesse et de son importance. L'opinion publique des blancs ne leur est d'aucun secours en ceci, car il n’y à pas de relations sociales entre les deux races ; quant aux relations d’affaires, les questions de moralité n y ont rien à voir. On peut citer à ce sujet M. Walter H. Page, ex-rédacteur en chef du Forum, et qui plus est, Américain du Sud : « L'élévation de la femme, dit-il, s'est poursuivie, au grand mérite de la race nègre, malgré le désavantage qu'elle avait à lutter contre les hommes dissolus des deux races. À mesure que la chasteté à grandi
dans l'estime des nègres, ils ont senti plus vivement leur humiliation dé jadis au point de vue moral, et ce sentiment, il me semble, doit être plus aigu que l'humiliation de la simple servitude. N’est-il pas naturel que le nègre, souffrant de sa dégradation hérédilaire, se demande « Pourquoi traiter si sévèrement le nègre pour un crime « social contre la femme blanche, alors que des crimes « analogues étaient jugés comme moins graves par la loi
« même, alors qu'ils étaient considérés, etle sont peut-être « encore, comme des fautes vénielles, quand ils sont com- « mis par les hommes blancs contre les femmes nègres? »
Avec le développement d’un sens moral plus vif, viendront une appréciation plus juste dela sainteté du foyer domestique et une meilleure idée des devoirs qui incombent aux différents membres de la famille. La racen’apasencore eu le temps d'apprendre la signification la plus haute des mots « mari», et « femme », « père, mère et enfant », « frère et sæur » et n’est pas encore en possession de la
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conscience des obligations qui s’y rattachent.
En octobre 1895, à la requête des administrateurs de la fondation John Slater, deux femmes, M E. C. Hobson et Mme C. E. Hopkins, entreprirent une tournée dans le Sud, afin de se rendre compte de la condi- 4 tion de la femme noire. Elles visitèrent vingt-quatre écoles nègres, ainsi que les demeures de nègres aisés, el les cabanes à une pièce unique des noirs des plantations Les
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résultats des observations attentives qu'elles firent dans toutes les classes de la société nègre font ressortir le besoin de donner aux jeunes filles une éducation soignée, Ces jeunes filles pourraient ainsi aider puissamment à la régénération morale de leur race. Voici un extrait du rapport de M“ Hobson et Hopkins (1) : « Nous avons cons-
(1) À Report concerning the Colored Women of the South, The Trustees of the John Slater Fund, Occasional Papers, ne IX, 1896.
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taté que les jeunes filles sorties de ces écoles sont intelligentes, modestes el dignes, et n'hésitent pas à reconnaître les défauts et les défaillances de leur race; elles en ont une conscience très nette. Tout en étant reconnaissantes de ce qui a été fait pour elles, elles ne demandent rien tant que d'accomplir des efforts personnels, et elles sont pleines de confiance et d'espoir dans l'avenir. Parmi celles qui ne fréquentaient pas les écoles, nous avons trouvé un désir intense d'instruction et de vie décente ; et les parents semblent tout disposés à faire les plus grands sacrifices afin d'obtenir de meilleurs avantages pour leurs enfants.
« Mais les femmes nègres du Sud sont exposées à des tentations dont leurs sœurs blanches du Nord n'ont aucune idée, et quileur viennent comme héritage des jours d’esclavage de leur race. Elles sont encore les victimes des hommes blancs, grâce à la survivance d'un système tacitement accepté qui les prive de la sympathie et de l'aide des femmes blanches du Sud; et, pour résister à ces tentations, la femme nègre n’est armée que d'une moralité relative, que l'esclavage lui a léguée, et qui est encore rabaissée par le fait qu'il faut vivre en commun dans de misérables huttes où il n'y a jamais qu’une seule pièce.
« Enlevez de bonne heure la jeune fille à ce milieu dégradant ; renvoyez-la ensuite à sa famille avec de nouvelles idées de décence personnelle acquises dans une «training school», et elle devient immédiatement un puissant agent moral dans sa famille et dans son voisinage. »
Voici encore un rapport typique présenté à Mrs Hobson et Hopkins par Mme Satterfield qui dirigeait avec son mari le Scotia Seminary (Caroline du Nord).
« Nous sommes ici depuis de nombreuses années et j'ai soigneusement suivi la vie de mes élèves (filles\ après leur départ; et je peux dire en toute sécurité que je compterais sur les doigts d’une seule main celles d’entre elles
qui ont mal tourné. En règle générale, elles se marient dans l’espace de cinq ans après la fin de leurs études; et leur principale ambition est d'avoir un intérieur chrétien et confortable. Comme elles épousent généralement des jeunes gens qui ont eu une éducation analogue à la leur,
les deux époux travaillent à atteindre le même but. En fait, le caractère et l’intelligence des nègres, comme ceux | du blanc, sont le produit du milieu et de l’hérédité, et ces { 1 facteurs amènent des résultats correspondants chez les | | uns et chez les autres. »
ù On pourrait être tenté de chercher dans la religion un k secours pour développer l'instinct moral du nègre, sous | prétexte que le nègre est naturellement dévot. Mais il faut remarquer qu’en fait il sépare souvent la religion et la moralité, et ne voit rien de choquant à réunir des pratiques pieuses et une conduite immorale. Les prédicateurs nègres de l’époque qui suivit immédiatement l'émancipa- 10 tion étaient, naturellement, 1llettrés; ils étaient incapables dy de lire les textes qu'ils commentaient avec tant de ferveur; tu profondément superslitieux, extrêmement enclins à s'émouvoir, ils s'emportaient jusqu'à la frénésie à mesure que leur sermon progressait, entrainant avec eux leurs auditeurs impressionnables, bientôt possédés d’un délire exlatique et tumultueux. Ces premiers pasteurs du peuple nègre étaient souvent d'une immoralité grossière; leur vie privée était encore plus blämable que celle des autres membres de leurs congrégations, ce qui était dû, apparemment, à l'influence débilitante de leurs frénésies soidisant religieuses, et aussi aux occasions plus nom- breuses qu'ils rencontraient. On trouve encore des prédicateurs de la vieille école dans les districts ruraux ; et comme l'église nègre est Le centre social ainsi que reli- | gieux de la race, ces prédicateurs non seulement retardent | le progrès du peuple, mais encore exercent une influence | funeste et dégradante sur la population de couleur. Un |
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