OT PET
des besoins les plus pressants de la race nègre est d’avoir un plus grand nombre de pasteurs instruits, intelligents et doués d’un esprit large, qui, par l'exemple et le précepte, amènent la race à sentir la proche parenté de la moralité et de la religion. Il y a done une double réforme à souhaiter par le moyen de l'éducation : d’abord la formation d’un clergé nouveau, et aussi le développement, dans la masse des nègres, d’un sentiment religieux plus raisonnable.
c) Improbité. — Au nombre des diverses infirmités morales que l’on attribue au nègre, on entend souvent parler du manque d'honnêteté. Cela demande un mot d’explication. On ne veut pas dire, en effet, que le nègre est adonné plus que le blanc à des pratiques irrégulières en alfaires, mais plutôt qu'il a une tendance à commettre de menus larcins. Les domestiques nègres dérobent fréquemment toutes sortes de petites choses qui leur tombent sous la main; les ouvriers de ferme s’approprient les produits qu'ils trouvent à leur convenance, et cela avec un sangfroid qui montre qu'ils ont peu conscience du mal qu'ils font. Cette tendance à commettre des indélicatesses est due, sans aucun doute, à la vie de quasi-communauté des plantations, où les distinctions de propriété n'élaient pas bien définies, et où la différence entre le mien et le tien pouvait à peine être appréciée. Avant l'acte d'émancipalion, les nègres étaient purement et simplement des articles de propriété personnelle, et, comme tels, ils ne pouvaient devenir légalement propriétaires de quoi que ce fût. Tout ce qu'ils convoitaient, ils ne pouvaient se le procurer que par des moyens détournés. D'un autre côté, ils argualent, avec une certaine sophistique, qu'il leur élait impossible de voler, attendu que les objets qu'ils détournaient, bien que se trouvant en leurs mains, restaient néanmoins en la possession de leurs maîtres. Pour monrer combien ce raisonnement avait de force sur le nègre, Mr. Booker T. Washington raconte l'histoire d’un vieil
Led
er Æ
pt PCR Sn ee
OR
ml “de > Enr et crie. -— + nn APS on 20 men de ge Ê , Caen à 02 : J Ca j 4 l \ a CO L LE t L no Le fE ’ ra à A # È “ Le <
Ai E fa. CT Re e 4 +
| esclavé qui, ayant volé des poulets à son maitre, dit en se | voyant découvert : « Maintenant, Massa, il est vrai que vous avez un peu moins de poulets; mais, Massa, voyezvous, vous avez beaucoup plus de nègre. » Sous un tel régime, le sens de la propriété ne pouvait pas se développer, du moins au point de vue moral. Dans l'esprit du nègre, le mal consistait, non pas à voler, mais à se laisser prendre. On pourrait dire, sans doute, que la majorité des nègres d'aujourd'hui n’ont jamais été esclaves. Mais la liberté est trop récente pour qu'ils se soient dépouillés des
tares amenées par 250 ans de servitude.
Il est impossible de constater la différence entre la criminalité des esclaves et celle du nègre d'aujourd'hui, vu que les statistiques sur cette question faisaient défaut avant la guerre. Le maître punissait l’esclave voleur sans
Ne 4 avoir recours aux tribunaux. Il est évident que l’intelli: Dr : sence el l’acquisilion des biens donneront au jeune nègre
le respect de la propriété. Pour insister sur ce point, les directeurs des écoles professionnelles et des collèges de | noirs attirent l'attention sur la vie industrieuse et honots 1 rable de leurs diplômés, Dans les rapports annuels, \ publiés pour être distribués partout, on voil presque ‘LES toujours indiqués, sur la liste des diplômés, leur état jeu} social et leur emploi. Une telle mention est faite pour \ 14 | contredire cette assertion fréquente que l'instruction rend le nègre vicieux.
d) Étude de quelques groupes nègres. — Pendant les cinq où six dernières années, le Département du Travail des États-Unis à publié une série intéressante de bulletins donnant les résultats d'enquêtes soigneusement faites parmi des « groupes restreints et bien définis de nègres dans diverses parties du pays ». Ces enquêtes ont eu pour but de mieux mettre en lumière quelques communautés typiques nègres, afin que l'on pât travailler à leur perfec- Lionnement d'une manière plus intelligente. Comme on
dévait s'y attendre, les enquêteurs sont arrivés à dés cone clusions qui diffèrent extrémement. Les uns sont optimistes, les autres nettement pessimistes, Ces rapports sont très suggestifs pour les éducateurs, car ils démontrent comment le nègre devra être modifié: ils renferment aussi des idées relatives aux moyens les plus propres à améliorer sa condition. Le bulletin n° 14 est une étude des nègres de Farmville, et a pour but de donner un exemple de la condition des gens de coüleur en Virginie. Cette petite ville affairée est le centre commercial de six comtés et est considérée comme prospère. Les nègres forment les trois cinquièmes de la population. L'enquêteur, le professeur WE. B. Du Bois, en comparant la grande masse dé la population nègre {environ 170 familles), à la fois avec la plus haute classe et aussi avec les nègres de la classe inférieure, dit que «ces 170 familles forment un groupe distinct entre Ces deux extrêmes, avec des tendances prononcées plutôt vers la classe supérieure que vers la basse classe. Cette classé se compose de domestiques, d'ouvriers de fabrique, d'hommes de peine et d’autres travailleurs de la même catégorie, C’est une population d'un caractère heureux et sympathique, disposée à s’instruire, et fidèle. Toutefois, ces nègres ne sont ni bien énergiques ni bien doués de ressources ; et, par suite d’une longue répression, ils manquent d'initiative, Gé n'est que récemment qu'ils ont pris l'habitude de la responsabilité personnelle, et leurs règles de moralité ne sont pas encore arrivées à ce type fixe et à cette sanction surhumaine qui sont nécessaires dans un peuple nouveau. Ça et là leurs filles ont succombé à la tentation, et leurs fils ont contracté des habitudes de paresse et de vice. Cependant, leurs efforts pour maintenir et élever leurs règles de morale sont constants et sincères. n'y à pas de femme nègre qui puisse, aujourd'hui, à Farmville, vivre en concubinageavec un blane sans perdre toute considération sociale, = immense révolution dans
ms, se a à pa > L 2 7 MN A V “ * ++ NU sy 6er g mr 7" re à € due # ÿ RSR JS + - + ie 2 PE «1 NME A Fos FE : LE Fe “ | ÉC: " AE FE LE nn ET Gt CE AN ED CT $ a E-Te LA NT D F2 ‘ OA SR 1e NUE FC #7 79 ee À ‘ | Æ « ds
YA
l'espace de vingt ans! Aucune jeune fille nègre ne peut avoir un enfant illégitime sans être mise à l'index par la meilleure classe de la population et être mal vue de la classe ordinaire. IL faut noter enfin que la vie de tout le sroupe des nègres de Farmville est pénétrée d’une confiance particulière en l'avenir. Il n'y a personne parmi eux qui doute le moins du monde qu'un jour ne vienne où Les noirs auront tous les droits pour lesquelsils luttent auJourd'hui et où ils compteront parmi les grands peuples de la terre. Celte foi simple est peut-être, de tous les effets produits par l'émancipation, celui qui a la plus grande valeur économique et sociale ». L'auteur appuie sur ce fait que « c'est la classe industrieuse et économe des citoyens négres qui représente le mieux, en somme, les tendances générales du groupe ».
Cette opinion consolante sur le nègre et son avenir n'est pas partagée par l'enquêteur de Sandy Springs, dans le Marvland (Bulletin n° 38) qui a trouvé des indications d’un mouvement rétrograde parmi les nègres de ce groupe. « Que cet abaissement du type de la moralité générale,
À ; PE \ h:
2% f * NE NM # M 4 F, f La s & L: rl À 1: | L ts | é là ;
dit-il, abaissement que l’on croit être un fait bien établi, soit dû à l'impuissance que les nègres originaires de Sandy Springs (c'est-à-dire ceux qui y vivaient avant 1860) eurent à résister à l'influence de l'invasion d'étrangers d'un type moral probablement inférieur, ou au fait que les blancs se
és of ir ons 2 FREE ie -
montrent moins aclifs à les diriger, ou bien encore que ce soit un symptôme de rétrogradation vers un type ancestral, ce sont là des questions qui doivent rester sans réponse salisfaisante jusqu'au temps, au moins, où des recherches suflisantes auront été faites pour donner à une conclusion une base plus large que celle qui existe à ce Jour.»
Le rapport relatif à La condition des nègres des plantations de Calumet et de Cinclare (Louisiane) est encore plus décourageant. Les noirs constituent la totalité, pour ainsi
ie me»
dire, de la population de ces localités et peuvent être considérés comme des groupes isolés, non soumis à un milieu blanc. Les moyens d'enseignement n’y sont pas des mei]leurs ; seulement vingt pour cent des enfants vont à l’école, et encore pendant un temps très court Les extraits suivants de ce rapport montrent les traits caractéristiques du groupe.
« Règle générale, les nègres n'économisent jamais, quoiqu'il y ait quelques rares exceptions. Ils ignorent ce que c’est que l'épargne et sont disposés à acheter tout ce qu'on voudra bien leur vendre à crédit. Ils ne pensent jamais au lendemain et dépensent leur argent sans jugement. Ils n’ont aucune ambilion et préfèrent l'oisiveté et la misère au travail et à l'abondance. Aucune aspiration à monter dans l'échelle sociale ne peut les animer el avoir sur eux le bon effet que, dans l'opinion de l'auteur de l'article sur Farmville, cette ambition exerce sur les nègres de cette localité... Il y a de nombreux enfants que tout le monde connail pour être illégitimes, et cependant on parle de ce fait et on le considère comme la chose la plus naturelle du monde... On n'yregarde pas le mariage légal comme absolument nécessaire. Même lorsqu'on y est légalement marié, on oublie bientôt ses vœux, et à la première impulsion, on se sépare el l'on va vivre avec un être plus à son gré. D'après cela on peut voir dans quel état lamentable se trouvent les nègres des plantations ..
« Ils semblent avoir peu de capacités morales et intellectuelles.. Jusqu'à quel point les conditions représentées ici pour Calumet et Cinclare sont-elles un indice de la condition de tous les nègres de la Louisiane? on l'ignore. Ces deux localités avaient élé choisies comme représentant le reste de l'Etat, les conditions y étant normales autant que l'on pouvait en juger. »
La conclusion qu'il faut tirer de ces rapports est que le nègre, livré à lui-même comme il l’est dans les planta-
a + 2 ae a 000) Th um nm a pm er mm tr + : « — 2 - — ou TITRE ; . ci IS | 2e
tions de Calumet et de Cinelare, ne peut faire de progrès, tandis que mêlé à une société blanche comme il lPest à Farmville, il est capable d'un relèvement rapide. Il est donc nécessaire de combattre ses défauts par l'éducation, en s'attachant à faire germer les bonnes qualités que l’on trouve en lui.
e) Qualités — Ces qualités, on n’a pas l'habitude de les remarquer: c'est la disproportion que l’on à trouvée entre ses défauts et ceux des blancs qui a attiré des réflexions désavantageuses sur le nègre; mais pour ses qualités, on estime qu'elles n'ont rien de saillant ; on les néglige et à
force de les négliger on arrive à n’en plus reconnaitre
l'existence. En réalité, le nègre est un être humain ; il n’a pas, par le fait de la nature, plus de défauts que le blanc, Lt et il a autant de qualités originelles. Il en est une : cepen- LE / dant que l’on a daigné remarquer parce qu'elle à étonné : cette surprise doit être regardée comme un aveu incons-
cient d'égoisme de la part du blanc: on s’est étonné de sa fidélité. C'est là, en effet, une qualité très développée chez le nègre. Si l'on en doutait, on n'aurait qu'à s'en rapporter à la période de la guerre; pendant ces longues années, tandis que leurs maitres luttaient afin de river pour toujours les chaines des esclaves, la plupart des nègres restaient aux plantations avec les femmes et les enfants de
ces maitres; ces êtres faibles étaient confiés à leur charge, et l'on ne connaît pas de cas où celte confiance ait été mal placée, Si les nègres avaient manqué à ce qu'ils considé-
raient comme leur devoir envers les familles blanches
sans défense, la guerre aurait été beaucoup plus tôt terminée. 51 les noirs — ils élaient quatre ou cinq millions
— s'étaient révoltés, si même ils avaient quitté leurs tra-
vaux, les Sudistes eussent été obligés d'abandonner les
armées et de revenir immédiatement dans leurs planta-
tions.
Par ses qualités et par ses défauts, qui n'ont rien de
bien spécial, le nègre ne semble pas, théoriquement, inapte à recevoir la même éducation que le blanc. Mais alors, dira-t-on, les moyens employés avec les races aryenne et sémitique devraient, à priori, réussir pour développer la race nègre, et il suffit de les appliquer ? Oui, sans doute, si l'éducation n'avait à s'inspirer que de principes assez universels pour atteindre seulement ce qui constilue le fonds commun dans tous les hommes. Mais il n'en va pas ainsi. Et jamais un programme d'éducation ne pourrait être assez vague et assez général pour pouvoir s'appliquer à la fois à deux peuples, à deux classes différentes, En cette question, plus encore qu'en beaucoup d'autres, on doit éviter de raisonner sur des abstractions; il faut étudier, d’une façon précise, les circonstances parti culières de temps, de mœurs, de conditions sociales, en un mot, les exigences du milieu, pour subordonner l’œuvre à un but fixe.
IT