‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 36 sur 126 · L’INSTRUCTION DES NÉGRES DANS LES ÉCOLES COMMUNALES · texte numérisé non relu

L’INSTRUCTION DES NÉGRES DANS LES ÉCOLES COMMUNALES

L'étude du développement des écoles communales dans les États du Sud mérite l'attention la plus sérieuse. Contrairement aux États du Nord, qui ne comptaient pas de propriétaires d'esclaves, ceux du Sud, avant la guerre de Sécession, n'avaient pas un système d'instruction publique auquel fût affectée une part du budget. Cette lacune n'était pas due à la misère des États du Sud ; le nombre des indigents y était plus restreint et la moyenne de la fortune plus élevée que dans toute autre région des États-Unis. Les établissements d'enseignement supérieur, destinés à la jeunesse aisée, ne manquaient pas; en effet, le recensement de 1860 prouve que le Sud pouvait fort bien soutenir la comparaison avec le Nord, au point de vue du nombre des facultés et des collèges. Néanmoins, aucune mesure effective n'avait été prise en vue de l'enseignement du peuple; de plus, l'opinion publique ne se prononçait pas en faveur de l'instruction gratuite de la masse. On n'avait pas reconnu que le salut d’un État dépend de l’enseignement donné à l'enfance, et les riches ne pouvaient comprendre qu'on eût le droit de les imposer, afin de subvenir aux frais nécessités par l'instruction des indigents. Il arriva donc que, à côté d’une faible minorité de sudistes lettrés et raffinés, une majorité désespérante de blancs était laissée dans une complète ignorance.

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Le D' Curry écrit :

« Le recensement de 1860 a relevé dans la Caroline du Sud un nombre de 15,792 indigènes (esclaves non compris) ne sachant ni lire ni écrire ; dans la Géorgie 43,550; dans l’Alabama 37,302; dans le Mississipi 15,136 ; dans la Caroline du Nord 74,877; dans la Virginie 83,300; dans le Tennessee 69,262; dans le Kentucky 65,740; dans le Missouri 91,178. Un esprit attentif et renseigné trouvera ces chiffres fort au-dessous de la vérité. Le Gouverneur de la Virginie, M. Campbell, déclarait, dans son rapport de 1839, que le quart environ des individus sollicitant des dispenses de bans pour leur mariage étaient incapables de signer leur nom (1).»

En 1883, le Dr Curry dit que le nombre d’enfants d'âge à fréquenter l’école, mais qui ne sont pas inscrits, s'élève à 1,719,733 blancs et 1,126,815 noirs. Presque 50 0/0 d’enfants blancs, une proportion plus forte encore des noirs grandissent sans jouir d'aucune instruclion.

Les causes de ce déplorable état de choses sont nombreuses. L'institution de l'esclavage avait formé une s0ciété quasi-féodale, indifférente sinon hostile au développement intellectuel des classes pauvres, En plus, la création d'écoles gratuites présentait de nombreuses difficultés. Dans la campagne, la division du territoire en plantations, dans les districts, la dispersion de la population et le mauvais état des routes, rendaient impossible l'établissement d'écoles rurales destinées à instruire les enfants des régions agricoles. D'un autre côté, la misère des blancs indigents leur interdisait tout effort pécuniaire en vue de l’instruction de leurs enfants.

Depuis la guerre de Sécession, bien que l'instruction publique gratuite ait été créée dans tous les États du Sud,

(1) 3: L. M. Curry, National Aid lo Education, dans la Circular of Information of the Bureau of Education, no 3, 1884, p: 90.

les mesures prises en vue de l'instruction générale y ont été et y sont encore fort insuffisantes pour les besoins des différents États. La cause en est en partie dans l’ancienne croyance, perpéluée de nos jours, que l'instruction des enfants regarde leurs parents et non l'État. La raison majeure, cependant, consiste dans la banqueroute complète des États du Sud après la guerre de Sécession. Depuis, il a été impossible d'imposer des gens ruinés pour subvenir aux frais de construction et d'entretien d'écoles destinées aux enfants blancs et aux nègres ignorants, si nombreux, auxquels leurs nouvelles fonctions de citoyens rendaient l'instruction indispensable (1). En 1880 encore, on estimait à 30 2 0/0 le nombre des électeurs blancs illettrés et à 69 80 0/0 celui des noirs.

L'on voit donc que des mesures suffisantes n'avaient pas été prises dans les États du Sud pour assurer aux enfants blancs l'instruction générale; à plus forte raison, Île manque d'écoles primaires pour les noirs se faisait-il sentir. Il est vrai que des sociétés de bienfaisance ont ouvert dans le Sud quelques écoles de loin en loin, mais ces établissements ont été fréquentés par un nombre relativement restreint d'enfants; le Gouvernement fédéral a toujours refusé de prêter son appui à l'instruction des nègres qu'il avait affranchis, de sorte que le fardeau & élé trop lourd pour les États du Sud. Ceux-ci, comprenant le danger perpétuel que constitue le suffrage d’électeursillettrés dans un gouvernement représentatif, ont fait des efforts héroïques pour mettre l'instruction élémentaire à la portée de tous les enfants, blancs ou noirs. Les résultats obtenus sont montrés par les statistiques comparées tirées des recensements depuis l’année 1860.

(1) Cf. Charles W, Dabney, Président of the University of Tennessee, The Public School Problem in the South, dans le « Report of the commissioner of Education », 1900-1901, pp. 1009-1026.

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En 1860, le nombre des illettrés nègres du Sud était presque de 100 0/0 ; en 1870, les enfants illettrés de plus de 10 ans étaient 85 2 0/0; en 1880, ce chiffre n'atteignait plus que 75 0/0; en 1890, 60 2 0/0 (1) ; enfin le douzième recensement, en 1900, n’accusait plus qu'une proportion de 47 3 0/0 d'illettrés parmi la population masculine de plus de 21 ans (2).

Le rapport du « Commissioner of Education » pour l’année scolaire 1899-1900 constata les faits suivants : l’inscription dans les écoles de blanes des 16 anciens États esclavagistes et du District de Colombie avait été de 4,167,489, ou 68 28 0/0 du nombre total des enfants avant l'âge d’aller à l'école ; l’inscription dans les écoles communales de noirs avait été de 1,539,07 ou 51 46 0/0 du nombre total des enfants qui devaient aller à l’école. Il n’est presque pas nécessaire de rappeler ici qu'il n'existe point dans le Sud, sauf dans la Virginie occidentale, de loi établissant l'instruction obligatoire, comme en Franceeten Allemagne. Si cette loi existait, elle serait lettre morte, vu l'insuffisance des établissements scolaires pour les deux races. Puisque la loi n’oblige pas les parents à envoyer leurs enfants à l’école, le nombre sans cesse grandissant de ceux qui la fréquentent est une indication rassurante de l'intérêt que prennent les nègres à la science. Les chiffres fournis par les tableaux suivants prouvent de facon irréfutable leur avidité à s'instruire.

Enfants nègres inscrits dans les écoles publiques des États du Sud (3) :

(1) Cf. Circular of Information of the Bureau of Education, ne 3, 1884, pp. 82-87. — Henry Gannett, 4 Séatistical Sketch of the Negroes n the United States, dans le Report of the Commissioner of Educalion, 1894-1895, p. 1413. — Report of the Commissioner of Education, 1897- 1898, p. 2487.

(2) Cf. Twelfth Census of the United States, Census Bulletin, no 106, DO MAI MED #29;

(3) The Negro Common School, p. 43, Atlanta University Publicalions, n° 6.

Dates Inscriptions Dates Inscriptions 1SGOR PRE 90.778 1887. 1.118.556 ASGT N -111.449 1888. 1.140.405 ISOS ER RE 104.327 1889. 1.213.092 LS ARE: 114.522 1890. 1.239.944 JOUR 00119 -581 1891. 1.324.937 1870-1024". 1892. 1.352.816 1877 911.506 1893. 1.367.828 STONE TT, 675.150 1894. 1.424.995 STORE 685 040 1895. 1.441.282 LS 07. 784.709 1896. 1.428.713 LORIE 802.372 1897. 1.460.084 1502-09 2. 2 : 802.982 1898. 1.506.742 AORAT eue 1200271318 1399. 1.911518 bornes le 050) 102 1900. 1.539.507

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Enfants blancs inscrits dans les écoles publiques des États du Sud (1) :

Dates Inscriptions Dates Inscriptions

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