‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 63 sur 126 · RE · texte numérisé non relu

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(1) Cf. F. Hoffmann, Race Trails and Tendencies of the American Negro, ChuIT, Ibid, , chi V:

(2) W. E. B. Du Bois, Savings of Black Georgia, QU des faits démontrant le contraire.

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des éducateurs nègres de valeur aient laissé passer, sans les récuser, ces arguments sur les rapports qui existent entre l'éducation libérale et l'accroissement de la criminalité chez la race nègre. Le professeur Kelly Miller, Mr. Booker T. Washington et le Dr W. E. B. du Bois, ont montré, dans Be des articles parus dansles meilleures revues, et dans des ouvrages sur l'éducation, combien étaient fallacieux les arguments présentés par les adversaires de l'éducation libérale. Ces défenseurs des nègres proclament que la période de temps écoulée depuis l'Émancipation n'est pas suffisante pour juger de la valeur de la prétendue éducation libérale ; qu'il faut que de nombreuses générations se soient succédé avant que l’on puisse raisonnablement espérer que la culture acquise par quelques-uns agisse sur la vie intime de la race, On doit noter que la race blanche, malgré les avantages d’une culture supérieure, ne laisse pas de posséder une classe importante de criminels. En réponse à l'accusation que le nègre d’après la guerre est plus enclin au crime que celui des temps de l'esclavage, le professeur Kelly Miller dit : « L'esclavage n'améliorait , pas la nature morale du'nègre, mais simplement le contrai- | gnait à la moralité extérieure par la force matérielle. Si des prisonniers se conduisent bien, c'est par nécessité matérielle et non par suite d'un choix moral. En cela réside le pire méfait de l'esclavage. Il supprime les manifestalions ouvertes du mal, mais il n'inculque pas le principe correctif, Lorsque la contrainte matérielle eut disparu, il ne se lrouva point de contrainte morale correspondante pour prendre sa place. Inévitablement, ces éléments comprimés, une fois abandonnés à eux-mêmes, devaient produire une explosion de licence effrénée, un laisser aller excessif. Il est manifestement injuste de comparer la conduite de la race nègre, libre de ses actions et de son choix, à sa conduite alors qu'elle était soumise au contrôle d’une race étrangère, L’accroissement parallèle

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de la criminalité et de l'intelligence n'est pas un fait spécial à la race nègre; c'est un phénomène commun à tout le pays. | « De plus, l'extrême pauvreté, le manque de culture et le préjugé de race maintiennent le nègre au dernier rang de la société, et c’est là que l'on trouve le plus grand nombre de criminels de race blanche aussi bien que de race noire. » Le même auteur dit plus loin : « La preuve la plus importante que le tableau de la criminalité nègre, quelque alarmant qu'il soit, n’est pas dû à des caractères inhérents à la race, nous est fournie par ce fait que la présence d'un grand nombre de nègres dans une communauté quelconque n’augmente pas la moyenne de la totalité des crimes (1). »

D'un autre côté, le nègre du Nord rencontre certaines difficultés que ne connait pas son frère du Sud, il lui est

-plus difficile de trouver de l'ouvrage, à cause de l’attitude

hostile des Associations de Travail; le préjugé de race (bien que d’un caractère différent) est tout aussi impitoyable que dans le Sud, et encore plus important est ce fait que le nègre du Nord se recrute en majeure partie soit dans la classe criminelle du Sud, dont il se sépare pour des raisons que connaît surtout la police, soit dans les districts ruraux du Sud, et alors il se trouve incapable par inexpérience et par ignorance de résister aux tentations d'une capitale (2). Mr. Booker T. Washington répond directement à la question posée par le professeur Straton et réfute avec force les arguments soulevés contre i’éducation libérale, Il lui oppose d'abord une dénégation de fait, et dément très énergiquement l'affirmation que le nègre est plus immoral aujourd'hui qu'au temps de l'esclavage. Il dit :

(1) Kelly Miller. The Education of the Negro, dans le Report of the Commissioner of Education, 1900-1901, p. 813.

(2) Cf. W. E. B. Du Bois, The Philadelphia Negro, ch. XHI, The Negro Criminel.

« Au temps de l'esclavage, le nègre était rarement traduit en Justice pour crime; par conséquent, il n’y avait pour ainsi dire aucun rapport officiel des crimes commis par lui. Chaque maître, dans la plupart des cas, punissait ses esclaves comme il l'entendait, el il en parlait aussi peu que possible hors du petit monde de sa plantation. Les rapports immoraux entre les sexes, dont on accuse aujourd'hui si fréquemment les nègres d’un grand nombre de districts du Sud, étaient, pendant l'esclavage, encouragés ou tolérés, à cause de la valeur financière des esclaves. Une coutume entretenue pendant trois siècles ne peul pas être exlirpée en une seule génération. Dans tout le Sud, surtout dans les « États du Golfe », la plus grande partie de la population noire vit dans les districts ruraux. Dans ces districts, les écoles sont rarement ouvertes plus de trois mois par an. Si l'on considère en outre la faiblesse des maitres, la pauvreté des écoles, le manque presque total de matériel scolaire, il apparaitra clairemert qu'il faut attendre plus longtemps avant de pouvoir juger, même d'une façon approximative, de l'effet que l'instruction produira sur toute la population (1). »

Les nègres insistent aussi sur ce fait — et avec grande apparence de raison — que les statistiques concernant le nombre des criminels de couleur non illettrés induisent quelque peu en erreur. Savoir lire et écrire n’est pas suffisant pour qu'on dise d’un homme qu'il est cultivé. Il n'y a aucune force morale dans l’alphabet ou dans les quatre opérations. La véritable culture est autre. Aussi l'on reconnait que 46 0/0 des criminels nègres savent lire el écrire, mais pour eux ce fait ne prouve rien ; et d'autre part on peut attirer l'attention sur la vie louable que mènent ceux qui ont été vraiment cultivés.

(1) Booker T. Washington, Education will solve the Racc Probtem. North American Review, vol. 171, pp. 221-232 (août 1900).

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