‹ L'éducation des sentimentsChapitre 1 sur 60 · UL'ATIUKME EDITION, REVUE · texte numérisé non relu

UL'ATIUKME EDITION, REVUE

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LIBRAIRIES FÉLIX ALCAN ET GUILLAUxMIN RÉUNIES / T ^ '

FÉL[X ALCAN, ÉDITEUR

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L'intellectimlisme. — I. Ses conséquences en philosophie, en morale, dans l"eiiseigaement public et dans l'enseignement privé. — II. Réaction actuelle contre l'intellectualisme. — 111. Nécessité d'une étude plus approfondie de la sensibilité et d'une éducation des sentiments.

L'étude de riutelligence a été, depuis le Discours sur la Méthode et les Méditations de Descartes, la préoccupation constante, parfois même exclusive, de la psychologie. L'intelligence nous a, en effet, conduits, ces trois derniers siècles, à tant de découvertes merveilleuses, que, de jour en jour, notre foi en elle s'est affermie, en même temps qu'augmentait notre désir de la bien connaître. Il n'est donc point surprenant que les théories tendant à l'expliquer se soient multipliées, et que les philosophes aient analysé avec un soin méticuleux ses différentes fonctions, afin d'en découvrir les lois et den mieux mesurer la portée. La sensibilité, en revanche, a été presque délaissée : à peine, çà et là, sur elle, quelques études sérieuses, et un peu approfondies. Pour la plupart, elle n'est qu'une faculté secondaire et de moindre importance que l'on peut négliger sans danger *. Que la raison règne en maîtresse et,

(i) Tout autrement pensaient nos grands philosophes du xvn'= siècle, mais il seujble que l'on n'ait guère compris que de nos jours la portée du Traité des passions et les fines analyses que nous ont laissées de la sensibilité Bossuet, Maiebranche, Spinoza et Gassendi, le maître de Molière. De nos jours également, on en revient à l'étude des philosophes anglais

Thomas. L'éducat. des sentim. i

d'elle-même, notre activité s'orientera vers sa véritable fin ; que la science étende de plus en plus son domaine, et ses progrès assureront ceux de la moralité. En un mot, des deux éléments essentiels qui constituent l'homme : l'esprit et le cœur, le second est presque continuellement, non pas simplement subordonné, mais sacrifié au premier. Voyons quelles out été les conséquences de cet Intellectualisme exclusif.

En philosophie il a conduit à deux résultats diamétralement opposés : d'une part, il a douué naissance à uue sorte de dilettantisme philosophique et de religion littéraire, dont les grands prêtres, plus soucieux des belles formes que des bonnes actions, n'ont guère suscité que des rêveurs et des sceptiques. Pour eux, en elïet, tous les problèmes relatifs à la nature des choses et à leur destinée, problèmes que pendant tant de siècles les hommes ont passionnément agités, ne sont plus que thèmes faciles à variations ingénieuses, et les théories qu'ils out suscitées que des rêves plus ou moins beaux dont le penseur aime à s'enchanter lui-même. D'autre part, ila inspiré tous les fanatiques de la science qui veulent limiter à son domaine celui de nos recherches, et fermer à ses frontières toutes les perspectives ouvertes à la croyance et à la foi.

Eq morale, le culte exclusif de l'intelligence nous a conduits soità ces théories froides et stériles du devoir qui condamnent la sensibilité et repoussent toute émotion, comme nuisible à la vertu, soit à ces théories subtiles, mais beaucoup moins élevées, qui réduisent l'honnête homme à n'être plus qu'un comptable prudent, habile à discerner dans chaque circons-

et écossais Locke, Shaftesbury, Hutcheson, Jacobi, qui ont si bien mis en relief la puissance du sentiment. (Cf. notamment letude de Lévy-Bruhl sur Jacobi.)

tance, ce qui peut le mieux servir ses intérêts. Nous avons ainsi, d'un côté, une morale sublime assurément, mais que, seules, quelques âmes d'élite sauront comprendre ; nous avons, de l'autre, une morale docile et souple, la morale de la foule, qui se prête aisément à tous les compromis, mais nous n'avons point encore de morale vraiment humaine. Ce sont ces défauts qu'a bien mis en lumière l'un de nos jeunes écrivains. « Le nombre, écrit-il, voici le principe universel et fondamental de notre époque. Dans tous les domaines on cherche à tout expliquer et à tout créer par la transformation de la quantité... La vie morale est devenue une algèbre, où, selon l'habileté acquise, les équations posées nous mènent à une ou plusieurs inconnues... Les idées ne s'inscrivent plus dans l'âme que comme des chiffres sur un tableau noir... On oublie que la science seule n'est pas une méthode de vie '. »

L'influence de l'intellectualisme sur l'éducation est plus frappante encore lorsqu'on l'observe dans nos écoles et dans la famille. Et d'abord, dans la famille. — Ce qui paraît nous intéresser le plus chez nos enfants, plus parfois que leur santé, plus même que leur moralité, n'est-ce pas le progrès de leur intelligence? Dès que celle-ci s'éveille et s'affirme, notre joie ne se contient plus. Nous applaudissons à leurs espiègleries, même impertinentes, car elles témoignent de leur esprit ; nous leur fournissons toutes les occasions possibles de faire parade de leur savoir et de donner en spectacle, avec leur vanité grandissante, l'imperturbabilité de leur mémoire ; remportent-ils un succès, sur leurs camarades de classe, nous sommes prodigues de récompenses et d'éloges. En revanche, nous fermons presque peureusement les yeux sur les défauts qu'entraîne notre extrême faiblesse, tout en confessant bien bas que notre autorité est de plus en plus méconnue et que le respect est une vertu qui chaque jour devient plus rare. —

(1) Maurice Pujo. Le règne de la grâce, Félix Alcan, éd.

4 L KDL'CATIOX DES SKNÏIMENTS

Au reste, uous ne nous bornons pas à négliger léducation des sentiments, nous cherchons souvent à les étoufïer. Si nos enfants se montrent un peu pitoyables aux malheureux ; s'ils se laissent aisément toucher par les récits qu'ils entendent; si l'injustice promptement les irrite; si les grandes et belles actions les enthousiasment vivement, nous sommes aussitôt inquiets en songeant aux maux inévitables qu'entraîne ordinairement après elle cette sensibilité- Nous ne voudrions pas sans doute que nos enfants n'aient pas de cœur... pour nous, mais uous craignons qu'ils en aient trop pour les autres.

Il arrive pourtant, à certaines heures, que notre conscience proteste, mais alors nous invoquons comme excuse suprême la dureté des temps et la nécessité de donner à nos fils les armes les plus sûres pour vaincre dans la vie. Or, quelles armes peuvent être comparées à celles que fournit une instruction sérieuse? — La probité, nous le savons, a également son prix, et qu'on se garde de croire que uous la dédaignons : n'est-elle pas, dans bien des cas, l'habileté par excellence? seulement, avant tout, il faut aller au plus pressé... et le plus pressé, naturellement, ce n'est point de songer à la droiture du caractère. Que les parents fassent leur examen de conscience, sincèrement, loyalement, et nous sommes persuadé que, dans son ensemble, malgré les nombreuses exceptions que chacun peut invoquer, notre tableau ne leur paraîtra point chargé.

Si après la famille nous considérons l'école, ce qui nous frappe, en premier lieu, c'est que notre enseignement, malgré les modifications nombreuses qu'il a subies depuis peu, conserveencore l'empreinte de sa destination première. On s'aperçoit bien vite que tout y a été ordonné primitivement de manière à instruire nos enfants bien plutôt qu'à les élever ; que son but est spécialement l'initiation à la science ; sa fin directe et immédiate la culture de l'intelligence, et que, s'il doitmora-

liser, c'est par surcroît '. Par là, s'expliquent ces magnifiques programmes encyclopédiques que l'on a rédigés pour nos élèves, — ces examens de toutes sortes et de tous les degrés, pour stimuler le zèle même des plus paresseux et faire monter le niveau intellectuel de nos apprentis savants ; — par là s'explique également, en partie, l'ardeur obligatoire des maîtres auprès de leurs disciples pour que ceux-ci paraissent brillamment dans ces nouveaux tournois. Certaines classes sont ainsi devenues de véritables usines à diplômes où l'on chauffe et surchaulïe les malheureux candidats, et cela, depuis nos modestes écoles primaires, jusqu'aux cours les plus élevés de notre enseignement supérieur. Et quand, parmi ces candidats, quelques-uns se rencontrent l'emportant sur les autres par la vivacité de leur esprit, avec quel empressement on les entoure, on les encourage, on les excite ; à quel entraînement on les soumet ! Ils deviennent grands favoris et les maîtres escomptent d'avance les prix qu'ils doivent remporter. — Pauvres, pauvres bébés ! — En les préparant de la sorte, songe-t-on au moins à former le cœur en même temps que l'esprit ; à affermir la volonté autant qu'à enrichir la mémoire? — Nul doute que nos maîtres n'y songent, et ils ont à cela plus de mérite qu'on ne le croit d'ordinaire, car leurs efforts faits en ce sens rarement sont récompensés. — De quel prix, en en"et, sont les qualités morales des élèves le jour de l'examen venu ? Quel juge les appréciera ? Les qualités intellectuelles ne sont-elles pas les seules dont on puisse tenir compte ? — Nous avons pris soin, d'ailleurs, de provoquer des mesures qui renseignent pleinement sur nos véritables intentions : nous avons demandé et obtenu que les noms des

(1) Tous ces défauts ont été dénoncés et combattus avec force, depuis quelques années, par tous les grands maîtres de TUniversité ; aussi tendent-ils à disparaître peu à peu. C'est grâce à ces efforts que l'enseignement de la morale, notamment, a pris dans nos écoles, surtout dans nos écoles primaires, la place d'honneur qui lui est due. — Cf. les pénétrantes études de M. Lavisse sur notre enseignement et les examens qui le terminent.

candidats, dans les diftérents concours, restent inconnus des correcteurs. Faut-il voir dans cette innovation une marque de défiance à l'adresse de nos jurys universitaires ? Une telle supposition serait assurément injurieuse. Il faut y voir, simplement, croyons-nous, un moyen d'assurer uniquement à l'instruction nos faveurs les plus enviées. Quelques philosophes pourraient nous répondre, il est vrai, que la valeur morale et l'honnêteté trouvent en elles-mêmes leur récompense et doivent être modestes ; mais nous leur rendons vraiment la tâche trop facile, en nous occupant si peu d'elles !

On s'explique facilement, en présence de ces faits, la renaissance, parmi nous, d'un mysticisme nuageux qui déjà, paraîtil, aurait plusieurs grands prêtres et quelques adeptes fervents. C'est la revanche du cœur sur l'esprit, de la sensibilité sur rintelligence; et cette réaction, comme toutes les réactions, pourrait bien ne pas être sans danger, si, de bonne heure, on ne la dirige et ne la modère.

On s'explique également toutes les accusations portées contre la psychologie actuelle, contre la science dont on a trop exalté la vertu éducatrice, et, par suite, contre les méthodes d'enseignement, uniquement fondées sur elle. « Par cela même, écrit justement M. Le Bon, dans son beau livre sur l'évolution des peuples, que les psychologues contemporains se sont confinés exclusivement dans l'étude de l'inlclligence, leurs œuvres sont d'une extrême faiblesse et n'ont que peu d'intérêt pratique. » Si nous voulons avoir quelques renseignements précis sur le cœur humain, dont les démarclies ont aussi leur dialectique comme celles do la raison, il nous faut en revenir à nos moralistes anciens, à Montaigne, à Charron, à Malebranche, à Nicole, auprès desquels paraissent si pauvres

nos analystes contemporains; il nous faut en revenir aux mystiques eux-mêmes qui, malgré des exagérations inévitables, ont si bien dévoilé parfois les vrais ressorts de l'âme humaine. — Ce même reproche de pauvreté, nous le retrouvons, plus ou moins atténué, sous la plume des philosophes qui, attentifs à l'évolution qui s'opère actuellement dans les esprits, ne craignent pas de rompre avec la tradition, lorsqu'elle leur paraît mauvaise, et de tenter des voies nouvelles*. De là les efforts qui sont faits pour explorer enfin les domaines de la psychologie jusqu'à ce jour laissés en friche. Bien que les travaux sortis de ces recherches soient peu nombreux encore, ils constituent cependant contre l'intellectualisme lapins éloquente des réfutations, car ils nous ont clairement montré à quelles sources s'alimente la pensée et quelles causes agissent le plus efficacement sur la conduite des hommes ^.

Les savants, de leur côté, confessent plus volontiers avec Dubois-Raymond que, « séparées de l'esprit philosophique, les sciences ne peuvent que rétrécir l'esprit et détruire le sens de l'idéal ». Ils reconnaissent que leur domaine est limité; qu'on ne saurait sans folie vouloir tout expliquer 'par elles ; qu'il existe des vérités qui les dépassent, et que ces vérités, souvent méconnues et dénaturées, sont, en définitive, l3s plus importantes dans la vie; que « le cœur, enfin, a ses raisons que la Raison ne comprend pas ».

(1) « Le véritable intérêt de la psychologie ne consiste pas à décrire le fonctionnement représentatif de la pensée, mais à rechercher quelle est la force des idées, et de tous les états de conscience qui s'y résument, leur influence sur l'évolution de l'esprit et sur celle même de la nature. » Fouillée. L'évolulionnisme des idées-forces. Voyez également : Lévy-Bruhl. La philosophie de Jacobi (Félix Alcan, éd.).

(2) Au nombre des principaux travaux qui ont été consacrés à l'étude de la sensibilité, de nos jours, signalons surtout ceux de Bain, de Spencer, de Léon Dumont, de Francisque Bouillier, de Mantegazza, de Charles Richet, de Beaunis, de Féré, etc., et surtout ceux de M. Ribot, notamment son beau livre sur la Psycholof/ie des sentiments, et ceux de M. Paj'ot : l'Éducation delà volonté e{ la Croyance (Félix Alcan, éd.).

Quant aux plaintes de ceux qui s'intéressent plus particulièrement à la jeunesse, elles se résument toutes dans celte formule précise d'un de nos anciens ministres : « L'instruction qui n'aboutit pas' à une éducation est plus dangereuse qu'utile à l'ordre social'; » or, un fait incontestable, c'est que les progrès de l'instruction n'ont pas été suivis de ceux de la moralité, il est donc indispensable de recourir à de nouveaux auxiliaires, si nous voulons mener à bien notre tâche.

Ces auxiliaires sont nombreux sans doute, mais le plus efficace est le sentiment, car c'est lui qui constitue, comme nous l'établirons plus tard, le fond le plus irréductible de la nature humaine.

L'histoire et l'expérience sont là, d'ailleurs, pour en montrer toute l'importance.

C'est une erreur de croire que l'intelligence suffise à expliquer les succès des individus et des peuples; ces succès tiennent avant tout à leur caractère, et l'un des éléments essentiels du caractère, c'est la manière de sentir, d'aimer ou de haïr dont dépend la force ou la faiblesse de la volonté. Toute l'histoire le prouve. « Les Romains de la décadence, remarque un auteur que nous avons déjà cité, avaient une intelligence autrement raffinée que celle de leurs rudes ancêtres, mais ils avaient perdu les qualités de caractère : la persévérance, l'énergie, l'invincible ténacité, l'aptitude à se sacrifier pour un idéal, l'inviolable respect des lois, qui avaient fait la grandeur de leurs a'ieux. C'est par le caractère que GO. 000 Anglais tiennent sous le joug :250 millions d'Hindous,

(1) Léon Bourgeois.

dont beaucoup sont au moins leurs égaux par l'intelligence. C'est par le caractère qu'ils sont à la tête du plus gigantesque empire colonial qu'ait connu l'histoire. C'est sur le caractère et non sur l'intelligence que se fondent les sociétés, les religions et les empires. Les peuples n'ont jamais beaucoup gagné à vouloir trop raisonner et trop penser. » (Le Bon.)

Notre propre expérience n'est pas moins instructive. Elle nous prouve, en effet, qu'il en est des individus comme des peuples et que ceux-là seuls accomplissent de grandes choses qui sont capables de sentir vivement. — L'idée, sans doute, est, d'elle-même, une force qui nous pousse à l'action, mais cette force est bien faible si nul sentiment ne l'accompagne; il en est d'elle comme de ces lumières qui brillent, mais n'échauffent pas. Que le cœur, au contraire, intervienne, et aussitôt elle nous entraîne. Ne savons-nous pas combien la raison se montre faible et hésitante, lorsque la passion entre ouvertement en lutte avec elle? Que de sophismes ne lui voit-on pas approuver, que de vérités elle condamne ' ? La volonté n'est pas moins impuissante lorsque la sensibilité la combat; elle est, en revanche, invincible, lorsque la sensibilité lui prête activement son concours ^

Ces remarques paraîtraient plus frappantes encore si, au

(1) Voyez notre ouvrage sur la Suggestion, p. 33 et suivantes et p. 97.

(2) « L'action, en définitive, écrit un philosophe contemporain, voilà le but, et s'il faut apprendre pour agir, le ressort de l'action est moins dans la pensée qui l'éclairé que dans le sentiment qui touche à sa racine et, la lait jaillir. Aussi peut-on dire, en thèse générale, que chez tous, chez l'adulte comuie chez l'enfant. Vidée ne devient réellement force que par l'intermédiaire du désir qui la double en lui prêtant sa nature et en lui communiquant son mouvement, mais qui, visible ou effacé, est seul moteur... L'émotion est donc, dans le problème de l'éducation morale, le moyen par excellence. C'est elle qui élève et entraîne les âmes, c'est elle qui fécondera la parole du maître et portera des fruits de vie, parce que dans la lutte de la passion et du devoir, c'est d'elle que vient, au sens précis et ynécanique du mot, la puissance, et qu'en morale, comme ailleurs, la puissance doit vaincre la résistance pour donner un résultat positif et assurer le succès. » (Evellin. Rapport sur l'enseignement de la morale dans les Écoles primaires de l'Académie de Paris en 1897.) Si l'influence de la sensibilité est si considérable, notre premier devoir n'est-il pas d'apprendre, en l'étudiant, à la bien diriger ?

lieu de considérer l'homme en général, nous considérions plus particulièrement l'enfant chez qui le désir, pendant longtemps, l'emporte sur la raison et sur la volonté.

Dès lors, s'il est incontestable que l'influence de la sensibilité s'exerce d'une manière continue et souvent irrésistible sur tous nos autres pouvoirs; s'il est incontestable surtout qu'elle est considérable et décisive dans l'enfance et que d'elle dépendent notre caractère et notre valeur morale, il est incontestable également que, sans une connaissance aussi précise que possible de sa vraie nature, on est exposé, dans l'éducation, aux plus fâcheuses méprises.

Est-ce à dire, maintenant, que nous devions abandonner la culture de l'intelligence et condamner le savoir comme inutile et dangereux? — Le remède, dans ce cas, serait pire que le mal, car rien de durable ne se fait sans la raison».

C'est à elle, et à elle principalement qu'il appartient de guider et d'orienter notre activité vers sa véritable fin; mais pour qu'elle puisse remplir eflîcacement sa tâche, il importe de ne plus la laisser isolée et de rendre enfin au cœur, dans nos études et dans notre enseignement, la place qui lui est due.

(1) Dans un récent article sur la moralité de l'enfant (Revue philosophique, mars 1898), M. A. Schinz soutient « qu'il est absolument contre toutes les règles de la logique de prétendre, comme Vimmense majorité des péda- (lOfjues d'aujourd'hui, qu'il faut agir sur les sentiments et que l'éducation morale est parfaitement indépendante du développemeut intellcGtuel ». Nous croyons, au contraire, étant donnée l'intluence des sentiments, qu'il est absolument logique de chercher à agir sur eux ; nous croyons, en outre, que Vimmense majorité des pédagogues, — leurs œuvres eu fout foi, — reconnaissent l'étroite dépendance qui existe entre l'éducation murale et le développement intellectuel des enlauts.

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