‹ L'éducation des sentimentsChapitre 10 sur 60 · SURMENAGE ET LA NEURASTHÉNIE 6Î · texte numérisé non relu

SURMENAGE ET LA NEURASTHÉNIE 6Î

Les effets du surmenage sur les enfants sont plus difficiles à analyser; toutefois, si nous voulons arriver à quelque résultat sérieux, il faut, non point se placer, comme on le fait d'ordinaire, à un point de vue tout à fait général, mais tenir compte à la fois de l'âge des enfants et des milieux où ils se trouvent. Le mal, en effet, présente des caractères de gravité fort différents suivant qu'on l'étudié chez les élèves de l'enseignement secondaire et primaire supérieur, ou chez les élèves de l'enseignement primaire proprement dit, chez nos enfants des grandes villes, ou chez nos enfants de la campagne.

Or, sur la plupart de ces points, les statistiques nous fournissent quelques indications des plus précieuses. Elles établissent d'abord nettement qu'on trouve un quart de plus de jeunes gens impropres au service militaire parmi ceux qui sont instruits que parmi ceux qui ne le sont pas. De plus, chaque année, à l'époque des concours pour nos grandes écoles du gouvernement, on constate que beaucoup de candidats reçus n'ont pas le périmètre thoracique exigible pour être soldat. « Il n'est pas rare, dit Charcot, de trouver chez eux de la phtisie, de la neurasthénie et du ramollissement cérébral précoce. » D'une enquête qui a porté sur 80.000 écoliers, il résulte encore que dans les classes supérieures ol trouve 5 enfants atteints de myopie, migraines, névralgies, anémie.... contre 3 seulement dans les classes inférieures. En présence de ces chiffres, il serait difficile de contester les conséquences graves du surmenage intellectuel, conséquences qui frappent d'autant plus chez les enfants, que ceux-ci ont reçu une instruction plus complète.

Dans l'enseignement primaire, et c'est logique, ces con-

séquences sont beaucoup moius inquiétantes. Cependant, ici encore, des distinctions sont nécessaires, car si le surmenage est à redouter, c'est surtout dans les villes. Songeons, en effet, que nos enfants n'y trouvent, ni les mêmes occasions de se livrer à des exercices salutaires, ni la même liberté, ni le même air pur que dans nos campagnes ; que, rentrés chez eux. beaucoup doivent viv^re dans des réduits modestes et souvent malsains ; qu'au dehors, mille choses provoquent leur curiosité, stimulent leur imagination, tiennent sans cesse leur esprit en éveil. Delà la précocité surprenante que nous remarquons chez eux et les questions déconcertantes qu'à chaque instant ils nous adressent. Aussi la tâche des maîtres auxquels ils sont confiés est-elle tout particulièrement délicate. C'est à eux surtout au'il convient de rappeler les conseils que les éducateurs et les hygiénistes leur ont si souvent donnés, de ne jamais trop prolonger les travaux qui nécessitent une tension intellectuelle un peu vive, de multiplier et d'encourager les jeux, de favoriser, autant que possible, les promenades au grand air et les excursions dans les champs. Sans nuire à leur enseignement, ils entretiendront de la sorte dans leur entourage, la santé, la bonne humeur et la gaité, et tout le monde y trouvera profit.

A la campagne, il en est autrement, et parler ici de surmenage, en parler surtout comme d'un fléau, serait s'exposer à faire sourire. Tous les maîtres que j'ai consultés à ce sujet, — et ils sont nombreux, — loin de se plaindre de l'excès de travail chez leursélèves, se plaindraient plutôt de l'excès contraire, et il n'est pas probable qu'ils aient complètement tort. Quant aux exercices physiques, est-il besoin de les recommandera des enfants qui, la plupart, ont de longues courses à faire pour se rendre à l'école, et doivent, dans des occasions malheureusement trop fréquentes, prendre part aux travaux des champs et prêter main-forte aux ouvriers de la maison? Est-ce à dire cependant qu'on n'en rencontre jamais,

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