‹ L'éducation du caractèreChapitre 1 sur 228 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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J'ai choisi la question de l'éducation du caractère comme siijet du cours de pédagogie dont j'ai été chargé en 1885 à la Faculté des lettres de Nancy.

L'enseignement de la pédagogie a été introduit tout récemment dans les plus importantes de nos Facultés des lettres. Le Ministère de l'instruction publique a pensé qu'il était bon de tenter cet essai en faveur de la science de l'éducation, qui n'avait été jusqu'ici professée nulle part en France, si ce n'est dans les écoles normales primaires. Il serait, à mon avis, fort désirable qu'elle fût déBnitivement admise dans les cadres de l'enseignement supérieur, et j'estime qu'elle pourrait rendre ainsi des services très réels.

Les critiques contenues dans la page suivante, que j'emprunte au curieux essai pédagogique d'Herbert Spencer, touchent notre système français d'enseignement aussi bien que celui des collèges et des universités d'Angleterre.

« Si, par aventure, aucun autre vestige de notre civi-

lisation qu'un tas de nos livres classiques, ou bien une liasse de nos compositions de collège, n'arrivait à la postérité, représentons-nous Tétonnement d'un antiquaire de l'avenir, en voyant que rien n'indique, dans ces papiers et dans ces livres, que les élèves qui s'en servaient dussent jamais avoir d'enfants. » < Bon, diraitil, cela devait être un cours d'études pour les célibataires. Je vois qu'on y portait son attention sur beaucoup de choses, particulièrement sur l'intelligence des ouvrages laissés par des peuples qui n'existaient plus, ou appartenant à des peuples qui existaient encore (ce qui semble indiquer que ce peuple n'en avait guère de bons lui-même) ; mais je ne trouve dans tout cela aucune allusion 'à l'art d'élever les enfants. Ces gens-là n'eussent pu être assez dénués de sens pour rester étrangers à un sujet qui implique la plus grave des responsabilités. Donc, évidemment, ceci était le cours d'études d'un de leurs ordres monastiques. »

« Sérieusement, n'est-ce pas une chose inconcevable que, bien que la vie et la mort de nos enfants, leur perte ou leur avantage moral, dépendent de la façon dont nous les élevons, on n'ait jamais donné dans nos écoles la moindre instruction sur ces matières à des élèves qui demain seront pères de famille? N'est-ce pas une chose monstrueuse que le sort d'une nouvelle génération soit abandonné à l'influence d'habitudes irréfléchies, à l'instigation des ignorants, au caprice des parents, aux suggestions des nourrices, aux conseils des grand'mamans? Si un négociant entrait dans le commerce sans connaître le moins du monde l'arithmétique et la tenue des livres, nous nous récrierions sur sa sottise ; nous en prévoirions les désastreuses Conséquences. Si, avant d'avoir étudié l'anatomie, un homme prenait en main le bistouri du chirurgien, nous éprouverions de la surprise de son audace et de la compassion pour ses malades. Mais que

des parents entreprennent la tâche difficile d'élever des enfants sans avoir jamais songé à se demander quels sont les principes de l'éducation physique, morale, intellectuelle qui doivent leur servir de guides, cela ne nous inspire ni étonnement à l'égard des pères, ni pitié à l'égard des enfants, leurs victimes * l »

Faisons, dans cette critique si vive, la part exacte du vrai.

Prenons d'abord un des cas les moins favorables, celui d'un ouvrier, d'un paysan qui n'a reçu que l'instruction la plus modeste à Fécole primaire, et qui, à la suite de son mariage, se voit chargé d'élever des enfants. Bien que l'instituteur ne lui ait point donné le moindre enseignement de pédagogie élémentaire, il n'est pas vrai de dire que notre homme soit, sur cette matière, dans une ignorance complète. Il a, pour se guider, ses souvenirs d'enfance, les observations qu'il a faites pendant cet âge, et sur lesquelles il a réfléchi plus peutêtre qu'on ne le suppose ; il a le souvenir des lectures faites à l'école, non pas dans un livre spécial de pédagogie, mais dans les livres de lecture courante, de morale, d'histoire, et où il s'agissait d'enfants et de parents ; il a cette tradition pédagogique, qui n'est pas à dédaigner, quoiqu'elle se soit formée et se conserve en dehors de la science proprement dite ; je la définissais ainsi dans l'introduction d'une étude sur la pédagogie des Grecs : « Nous ne pensons pas que les premiers parents, si incultes et si grossiers qu'on les suppose, aient abandonné leurs enfants à la seule direction de la nature. La pédagogie naquit avec les premiers soins, les premiers conseils qu'ils leur donnèrent. Gomme tous les arts, elle fut d'abord bien informe et bien rudimentaire ; comme 'eux elle se perfectionna lentement. Grâce à

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