Essai sur l'éducation des femmes, p
dienne; si on l'eût laissée à la maison, dit-il, et si elle eût été, une ou deux fois, privée ainsi de la promenade par sa faute, elle se fût bien vite corrigée *. Rien de mieux. Mais je suppose que le père soit partisan de ce système et qu'il ordonne qu'on parte avec les autres enfants sans attendre la petite retardataire ; si la mère se conforme à cet ordre, le résultat sera excellent; si elle résiste, il sera très mauvais; les enfants entendront une discussion plus ou moins aimable et verront mettre en échec la volonté de leur père ou de leur mère. Pour que ce système réussisse, une seule épreuve souvent ne suffit pas; il faut une fermeté constante; si Tun des deux époux en manque, si la mère, comme il arrive, finit par faiblir, la première épreuve devient inutile; de là des récriminations et un mécontentement réciproque.
Des scènes analogues se passent à chaque instant dans les familles. En supposant qu'il y ait entre eux des divergences, les parents doivent, dit-on, les dissimuler aux enfants et s'expliquer en leur absence. La règle est fort bonne, mais elle suppose chez les parents une sagesse dont ils feraient bien d'user, si elle existait en eux, pour se mettre préalablement d'accord, ne se disputer jamais, prévoir toutes les circonstances délicates, et ne montrer à leurs enfants qu'une seule volonté en deux personnes.
La lutte entre deux sentiments dans la même âme reste en général silencieuse, et il est possible que personne ne s'en aperçoive. Mais la lutte entre les idées et les volontés du père et de la mère éclate au foyer domestique, et il est impossible qu'à un moment ou à un autre les enfants n'en soient pas les témoins de plus en plus attentifs avec l'âge. En peut-il être autrement dans nos demeures si étroites, où la place nous est si petitement mesurée et où les enfants sont sans cesse
1. De Véducation intellectuelle^ morale et physique^ cliap. m.