ATTRIBUTIONS DES DEUX ÉPOUX
mêlés à notre vie? Les ressources de la plupart des familles ne leur permettent point de faire vivre les enfants à part; quand même elles le pourraient, elles ne le voudraient pas. Car nos habitudes modernes ne le comportent plus, sauf dans certaines classes. Le remède qui consiste à se priver d'eux en les internant dans les pensionnats est encore pire que le mal.
La différence d'attributions entre les deux époux tend à donner la prépondérance à la mère pour l'éducation de l'enfant, surtout dans les premières années, pendant lesquelles il est gardé à la maison, car il se trouve bien plus constamment en contact avec sa mère qu'avec son père. Xénophon, en un charmant passage de son Économique^ définit le rôle de l'un et de l'autre dans la famille; je ne crois pas qu'en somme, malgré les différences profondes qu'il y a entre notre état social et celui de la Grèce au vi® siècle avant J.-C, les remarques de l'écrivain attique aient cessé d'être vraies. Il distingue les occupations du dehors et celles de la maison. « Or, dit-il, comme ces doubles occupations de l'intérieur et de l'extérieur demandent de l'activité et du soin, la divinité a d'avance approprié, selon moi, la nature de la femme pour les soins et les travaux de l'intérieur, et celle de l'homme pour les travaux et les soins du dehors. Froid, chaleur, voyages, guerre, le corps de l'homme et son âme ont été mis en état de tout supporter, et la divinité pour cela Ta chargé des travaux du dehors; quant à la femme, en lui donnant une plus faible complexion, la divinité me semble avoir voulu la restreindre aux travaux de l'intérieur. C'est pour une raison semblable que, la femme ayant la mission de nourrir ses enfants nouveau-nés, la divinité lui a donné bien plus qu'à l'homme le besoin d'aimer ces petits êtres. »
La première éducation appartient donc principale-
ment à la mère, par la volonté de la nature. C'est elle qui soigne le corps du nouveau-né, qui préside à l'éveil de ses sens, de son esprit, de son cœur, qui lui enseigne la langue qu'on appelle si justement maternelle, ainsi que les principes de la morale. « On sait, dit le P. Girard, qu'un ancien a si vivement saisi cette éminente prérogative, qu'il aurait volontiers ôté la dénomination de patrie à notre pays natal pour l'échanger dans sa langue contre celle de matrie*. » La mère apporte alors à sa tâche un dévouement extrême, dont le père serait peut-être incapable; mais il est bien des cas où ce dévouement a besoin d'être éclairé et dirigé, parce qu'il s'exerce dans les conditions défavorables où la mère est placée par l'insuffisance de son savoir.
Sous ce rapport, Herbert Spencer fait subir à l'éducation de la femme une critique aussi vive qu'à celle de l'autre sexe. « On n'a jamais appelé sa pensée sur les graves responsabiliiés de la maternité; on ne lui a guère donné cette solide culture intellectuelle qui eût pu la préparer à porter ces responsabilités. Voyez-la donc maintenant aux prises avec un caractère qui se développe et dont le développement lui est conflé? Voyez son ignorance profonde des phénomènes auxquels elle a affaire, et comme elleintervient aveuglément dans des faits auxquels on ne saurait toucher d'une main sûre, possédât-on la science la plus haute ! Elle ne sait rien de la nature des émotions, de Tordre qui' préside à leur évolution, du point précis où elles cessent d'être salutaires pour devenir nuisibles.... Ne connaissant pas l'organisme qu'elle a devant elle, elle ne connaît pas davantage l'influence que peut exercer sur cet organisme tel ou tel traitement. Quoi de plus inévitable que les résultats
1. De V enseignement régulier de la langue maternelle^ liv. I, chap. I.