DIRECTION DU PÈRE
coup de réflexion et de vigilance. Heureuses les familles où un père apte à ce grand rôle par son caractère et par ses lumières sait la prendre dune main assez ferme pour la mener à bien, malgré les tiraillements nombreux auxquels il faut s'attendre, et cependant assez doucement et avec assez de tact pour ne pas froisser par une volonté trop absolue les prétentions, à beaucoup d'égards légitimes, des autres proches parents, surtout de la mère.
Malheureusement beaucoup trop de pères, absorbés pendant tout le jour par ce qu'on appelle les affaires, se font de la famille Tidée d'une société intime et charmante où ils viennent se reposer des fatigues et des soucis que leur cause Tàpre lutte pour la vie; lorsqu'ils s'aperçoivent que ces moments qu'ils croyaient consacrer au repos sont réclamés par de nouveaux efforts, que l'éducation donnée en dehors de leur action n'est point parfaite, qu'elle présente de sérieux défauts et de grandes lacunes, qu'elle demande leur intervention suivie et constante, effrayés par la perspective de la peine qu'il leur faudrait encore prendre, et croyant avoir assez fait pour les enfants par un travail professionnel destiné en grande partie à leur donner les moyens de vivre, ils se résignent, ils ferment les yeux, ils laissent faire. Ou, s'ils interviennent, c'est d'une manière intermittente, capricieuse, qui risque de soulever l'opposition de la mère et qui étonne les enfants. Nous ne saurions les blâmer bien sévèrement, car les forces de l'homme ont des limites.
Nous ne pouvons que souhaiter à ceux qui ne sont pas trop absorbés un sentiment de leur devoir paternel qui les anime à l'égal de ce Gaton le Censeur, dont Plutarque nous raconte le dévouement à l'égard de son fils : « 11 en prit un soin particulier dès le berceau, de sorte qu'il quittait toutes sortes d'affaires, excepté celles qui intéressaient le public, pour se rendre chez lui
lorsque sa femme, qui allaitait elle-même cet enfant, devait le laver et le remuer. Et, quand il fut parvenu à Tâge de raison, et qu'il commença à être capable d'apprendre, Gaton lui enseigna lui-même la grammaire, le droit et toutes sortes d'exercices nécessaires à un homme de guerre.... On dit outre cela qu'il composa des histoires et les écrivit de sa propre main en gros caractères, afin que son fils connût, avant d'entrer dans le monde, les grands hommes des siècles passés et leurs belles actions, pour se former sur ces grands modèles *. »
Le sentiment du devoir paternel a-t-il augmenté ou a-t-il baissé chez nous avec les progrès de la civilisation et de l'instruction générale? L'éducation de la famille est-elle mieux ou moins bien dirigée qu'autrefois? Cette question pourrait faire l'objet d'une longue et intéressante étude d'histoire pédagogique, dans laquelle nous ne voulons pas entrer. Nous dirons seulement que nous avons entendu chez les maîtres de la jeunesse des plaintes fort nombreuses et fort vives sur un excès d'indulgence qui se manifeste dans les familles à l'égard des enfants, et qui tend à dégénérer en une faiblesse extrême. « Qu'on accepte le fait ou qu'on y résiste, dit M. Gréard dans une de ses belles études pédagogiques, qu'on s'en applaudisse ou qu'on s'en efi'raye, le monde moral autour de nous se transforme. Serviteurs et maîtres, ouvriers et patrons, enfants et parents, gouvernés et gouvernants, ne sont plus attachés les uns aux autres par les mêmes liens qu'autrefois. Tous les rapports sociaux changent de caractère. L'autorité n^est plus le principe souverain qui les règle *. »
Que l'autorité paternelle ne soit plus rigide et d'as-