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L'Éducation libérale, 2<» partie, chap. i

l'internat en FRANCE 231

d'abord parce que les sujets d'étude sont pour eux en nombre très restreint, et ensuite parce qu'ils obtiennent des enfants une sympathie et une confiance que les maîtres n'auront presque jamais au même degré. Seuls ils sont capables d'appliquer ce régime, d'en suivre les effets, de le modifier au besoin, enfin de manier Tàme enfantine avec le tact et la souplesse que réclame une œuvre aussi délicate.

Malheureusement tous les enfants qui reçoivent l'éducation en commun ne rentrent pas chaque jour au logis pour jouir pendant une bonne partie de la journée des bienfaits de la vie de famille ; un grand nombre, plus de la moitié, restent à demeure au collège en qualité d'internes. Il faudrait donc que l'on s'appliquât à remplacer pour eux, autant que possible, la famille dont ils sont éloignés. Mais nous ne saurions reconnaître que l'on y soit arrivé dans notre système national d'internat, et même, en nous appuyant sur des autorités très compétentes, nous regrettons de dire qu'on ne paraît pas y songer suffisamment.

L'internat, tel qu'il est pratiqué en France dans les établissements de l'État et dans beaucoup d'établissements libres, a été l'objet de critiques très sérieuses dans trois ouvrages pédagogiques remarquables, parus à la même époque, un peu après les désastres de 1870 : Quelques mots sur V instruction publique en France^ de Michel Bréal; la Réforme de l'enseignement secondaire^ de Jules Simon, et l'Éducation libérale, de Victor de Laprade. Ces ouvrages ne sont point, tant s'en faut, passés inaperçus; les partisans du système qu'ils condamnent se sont tus ou n'ont fait que des réponses assez médiocres. Les idées contenues dans ces livres souffriraient peu, je crois, si elles étaient soumises à la discussion des pères de famille intelligents et réfléchis, ou des maîtres les plus distingués de la jeunesse

réunis en un de ces congrès pédagogiques assez fréquents chez certains peuples étrangers, mais à peu près inconnus parmi nous. Les maux de l'internat qui y sont signalés ne sont ignorés de personne. Cependant la situation s'est peu modifiée. Les réformes profondes qu'elle appelle sont difficiles à réaliser, parce qu'elles exigeraient une transformation de nos mœurs scolaires qui ne peut être obtenue qu'avec beaucoup de temps et d'efforts.

Je m'attacherai ici au point principal. Voyons combien la vie de l'internat diffère de la vie de famille, et place par conséquent l'enfant dans des conditions défavorables pour son éducation morale en empêchant le bienfait d'une action particulière et intime sur le développement de son caractère, et cherchons quels sont les moyens de la rapprocher de la vie de famille dans la mesure du possible.

Les plus distingués des membres du personnel attaché à nos grands établissements, c'est-à-dire les professeurs, restent à peu près étrangers à la vie morale des élèves; ils viennent faire la classe, enseignent, apprécient surtout l'intelligence et l'application, et, s'ils sont observateurs, peuvent, d'après certains indices, se faire une idée du caractère des enfants; mais ils demeurent trop peu de temps avec eux pour les pénétrer à fond et exercer sur eux une action efficace. Quel est le professeur qui peut se vanter d'avoir corrigé l'égoïsme, la sensualité, l'orgueil, la fausseté d'un élève? Cette besogne, tout à fait distincte de l'enseignement du lalin ou de la physique, incombe aux administrateurs de la maison et aux maîtres d'étude.

« Que dire de nos proviseurs, lisons-nous dans Michel Bréal, qui ne sont pas seulement responsables des études, mais qui ont à veiller sur la vie matérielle et intellectuelle d'une population égale souvent à celle

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