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V Éducation progressive, liv. III, chap. n

fant n'est pas contestable, il s'en faut que tous en usent bien et puissent se passer de conseils à ce sujet. Trop souvent, au contraire, l'exercice de l'autorité des parents est plein de maladresses, de caprices; TefTort de la pédagogie doit tendre à y mettre le plus possible de réflexion et de méthode.

Il faut d'abord faire tout ce qu'on peut pour que les défenses et les prescriptions aient comme résultat final, malgré les résistances de l'enfant, l'empêchement de l'acte défendu, ou l'exécution de celui qui est prescrit. Vous défendez, par exemple, à l'enfant de s'approcher du feu ; s'il n'obéit pas immédiatement, vous l'en écartez vous-même, et vous le mettez dans l'impossibilité d'y retourner. Vous lui ordonnez de fermer la porte; s'il refuse, vous l'y contraignez en dépit de ses larmes et de ses convulsions. Que de fois, au contraire, voyonsnous gronder ou même punir un enfant pour sa désobéissance, en lui laissant la satisfaction, très vive pour son petit orgueil, d'avoir fait ce qui lui était interdit, ou d'avoir échappé à l'acte qui lui était commandé! Cette règle implique la précaution de n'interdire à l'enfant que ce qu'on peut empêcher, et de ne lui prescrire en général que les actes auxquels on peut le contraindre.

Il faut mettre de la suite et de la constance dans les prohibitions binsi que dans les ordres positifs. Vous ne voulez pas, en général, que votre enfant s'approche du feu; ne l'en laissez jamais approcher, et réitérez-luj votre défense cent fois, s'il est nécessaire. « Il est inutile, remarque justement Mme Necker de Saussure, d'espérer que le petit enfant croie d'abord vos défenses permanentes; il n'y voit que l'expression de votre volonté du moment. Vous avez beau vouloir enchaîner son avenir, il n'entend rien à vos prétentions. « Il ne faut (( jamais monter sur les chaises », est pour lui : « Je ne

«veux pas à présent que vous montiez sur celte chaise». Aussi vous désobéira-t-il longtenaps sans révolte réelle en votre présence, et à plus forte raison loin de vos yeux, car il ne craint que de vous déplaire. Mais lorsqu'il aura souvent associé l'idée de votre mécontentement à celle d'un certain acte, à la fin il s'abstiendra de l'exécuter. Et s*il ne passe de vos mains que dans celles d'une personne qui empêche les mêmes choses par les mêmes moyens que vous, peu à peu il se sentira sous l'empire d'une loi qui lui en interdira jusqu'à la pensée *. » Le manque de suite, au contraire, empêchera vos efforts partiels d'aboutir, et compromettra votre autorité aux yeux de l'enfant, qui saisira bien vite ce qu'il y a de capricieux dans votre discipline. Rien n'est plus mauvais que d'établir une défense pour l'oublier ensuite et la rétablir après une négligence plus ou moins longue.

Les ordres doivent toujours être donnés sérieusement, en évitant l'air ou le ton de la plaisanterie. Non pas qu'il soit nécessaire de montrer constamment un visage grave et de s'interdire de partager la joie de ces petits êtres, qui a pour nous tant de charmes; il faut seulement savoir, au besoin, y mettre fin, et faire sentir aux enfants qu'en jouant avec eux on n'est pas descendu au rang de camarade, qu'on reprend, quand il ne s'agit plus déjouer ensemble, mais de commander d'un côté, d'obéir de l'autre, l'attitude de l'autorité qui exige la soumission. Les enfants connaissent bien cette faiblesse de l'homme qui se laisse si facilement désarmer par le rire; ils remplacent au besoin la résistance ouverte par une malicieuse bouffonnerie; c'est à nous de nous tenir sur nos gardes et, dans ces circonstances, de les décourager par notre froideur. Ils sont

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déjà capables de sentir tout ce qu'il y a de piteux dans une plaisanterie manquée.

Mais ils connaissent d'autres moyens encore pour faire fléchir notre volonté, dont ils redoutent bien plus la constance que les caprices autoritaires séparés par des périodes de faiblesse et de gâterie. Ils nous montrent de la mauvaise humeur, de Taversion; ils affectent de témoigner à d'autres la sympathie qu'ils nous retirent; en désespoir de cause, ils ont recours aux larmes, aux cris, à l'expression d'un désespoir navrant. Ces moyens ont trop souvent un plein succès; pour ramener la joie sur le visage de l'enfant, reconquérir son affection, calmer sa douleur, les parents mollissent, et, dans cette lutte du faible contre le fort, où le faible déploie instinctivement toutes sortes de ruses pour éluder l'obéissance, c'est lui qui finit par l'emporter. Il aurait fallu, au contraire, en gardant une attitude indifférente et froide, lui faire voir qu'on n'est pas sa dupe et que tout échouera devant une ferme volonté d'être obéi. « Reprenez tranquillement vos occupations, dit Mme Necker de Saussure, et soyez certain que bientôt les larmes cesseront ou changeront de nature; bientôt elles seront un léger appel à votre pitié, et le moindre regard déterminera le coupable à venir se jeter dans vos bras. Alors il y aura un moment d'effusion, une réconciliation tendre et cordiale. L'enfant dira qu'il est fâché, mot plus aisément obtenu et plus sincèrement prononcé qu'une triste demande de pardon. Vous voulez l'expression d'un tendre regret, celle d'un retour réel à la sagesse; vous ne voulez pas l'humiliation de votre enfant *. »

Le meilleur moyen de se prémunir contre les concessions que peut amener la tendresse à l'égard des enfants,

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