LÉGITIMITÉ DU COMMANDEMENT
autre chose que de parler à Tenfant le langage que sa conscience lui parlera plus tard? Les réprimandes, les châtiments, les éloges, les récompenses, le plaisir qu'il fait à ses parents, la peine qu'il leur cause, sont de véritables sanctions, les seules auxquelles il puisse être sensible.
Quant aux actions indifférentes au point de vue de la morale, c'est encore la volonté des parents qui remplace pour l'enfant l'expérience qui lui manque. On lui défend de toucher aux objets tranchants, de s'approcher trop près du feu, parce qu'il ne connaît pas encore le danger des coupures et des brûlures. Qu'est-ce qu'un homme honnête et expérimenté a de mieux à faire que d'obéir à sa propre raison, lorsqu'elle oppose aux impulsions de la sensibilité la règle du devoir et les conseils de l'expérience personnelle? La raison de l'enfant ne pouvant connaître encore cetta règle et ces conseils, ses éducateurs les lui suggèrent avec le ton de l'autorité et sous la forme d'ordres. C'est un devoir que la nature leur impose, puisqu'elle ne fait pas naître l'enfant avec une raison adulte, et un droit qu'ils tiennent d'elle. « Qu'on ne croie pas, dit Mme Necker de Saussure, qu'un froid système puisse jamais à cet égard pénétrer au fond du cœur. Rousseau a beau vous avoir inquiété sur la légitimité de votre empire, aussitôt que votre enfant s'exposera, je ne dis pas à un danger réel, mais à un inconvénient léger, imaginaire peut-être; lorsque seulement il vous impatientera à un certain point, vous le prendrez dans vos bras, vous l'emporterez. Vos scrupules, vos résolutions, vos principes puisés dans Emile seront oubliés, et la nature sera la plus forte ^ »
Si le droit des parents à imposer leur volonté à l'en-