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LA RETENUE

la classe ou de Tétude, ne sérail qu'un plaisir pour le mauvais élève, si elle ne menait droit à une grande retenue tout au moins; la cinquième, qui consiste dans la privation de sortie chez les parents, est une retenue d*un genre spécial, quand elle ne se complique pas d'une retenue ordinaire ; la sixième, qui est la mise à Tordre du jour du lycée, a la retenue comme accompagnement; la septième, que le règlement appelle « les arrêts avec tâche extraordinaire dans un milieu isolé », n'est encore que la retenue aggravée. La retenue, c'est-à-dire l'immobilité forcée avec pensum, voilà donc le fond de la pénalité de nos établissements d'enseignement secondaire. Il serait à désirer que l'on essayât d'autre chose, que l'on cherchât par exemple si Ton n'obtiendrait pas un résultat meilleur du travail manuel forcé, du peloton de punition dans le genre de celui qu^em ploie la discipline militaire, et, en général, des punitions qui, au lieu d'imposer aux enfants Timmobilité et le travail intellectuel dans un endroit fermé, les contraindraient à exercer leurs muscles en plein air.

Si j'approuve peu les privations infligées à la gourmandise, qui semblent consacrer le droit de satisfaire ce défaut en cas de bonne conduite, si je condamne la privation de mouvement, j'estime que l'éducateur peut recourir en maintes circonstances à des privations d'un autre genre, qui seront très sensibles à ses élèves. Telles sont, par exemple, celles qui consistent à exclure l'enfant de la table commune pendant un ou plusieurs repas, à ne point l'admettre dans une partie de plaisir à laquelle prend part le reste de la famille, à lui refuser un jouet, un livre qu'il désire vivement.

Toutes ces punitions manqueraient complètement leur but si elles n'aboutissaient qu'à des calculs intéressés, à une sorte de délibération qui se passerait dans l'âme de l'enfant pour savoir s'il veut renoncer à la satisfac-

tion qu'il attend de sa mauvaise conduite par crainte des conséquences pénales qu'elle entraînera pour lui. « Faut-il, pour obéir à mon père, sacrifier le plaisir de jouer avec les petits polissons de ma rue, ou ce plaisir n'est-il pas préférable à la partie de campagne qu'on fera demain, et dont je serais certainement privé? — Lequel des deux ennuis faut-il choisir, celui d'apprendre ma leçon, ou de manger seul dans une chambre? »

Ce n'est point ainsi, heureusement, qu'un enfant qui n'est pas vicieux au fond raisonne d'habitude. Les diverses punitions qu'on lui inflige le mettent dans un état général d'inquiétude, de malaise, qui lui est extrêmement pénible, et dont il a hâte de sortir en revenant à une conduite meilleure; alors il retrouve avec délices la paix de la conscience, la sécurité, la sympathie de ses parents et de ses maîtres. Ceux qui persistent, à moins d'être de francs mauvais sujets, ne trouvent pas dans leur situation irrégulière une véritable jouissance; pourquoi ne se corrigent-ils point? Il serait souvent impossible au psychologue le plus pénétrant de découvrir les mobiles qui les dirigent. Je me rappelle une de mes années de collège qui fut particulièrement difficile et agitée, et dont peu de semaines se passèrent sans que mes parents reçussent le fatal bulletin qui me convoquait à la grande retenue du jeudi ; la veille au soir, je restais des heures entières à ma fenêtre dans des transes fort désagréables, pour voir si le concierge porteur du maudit papier n'apparaissait pas au bout de la rue. J'étais très malheureux, et cependant je récidivais! Deux mois de vacances et un changement de professeur suffirent pour faire de moi un élève convenable.

J'ai réservé, pour la traiter en dernier lieu, l'intéressante question des châtiments corporels. En France, elle est officiellement résolue. L'article 17 du règlement scolaire modèle pour les écoles primaires publiques en

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