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LE FOU£T EN ALLEMAGNE

de sept ans ou huit ans sont exempts des punitions corporelles, qui ne doivent être appliquées aux filles que par exception et avec les plus grands ménagements pour la « délicatesse féminine ». Les instruments de supplice sont le jonc léger, la canne flexible de la grosseur du petit doigt, les verges, la férule. La partie du corps qui doit recevoir les coups est soigneusement déterminée en raison du sexe et de Tâge. Le nombre de coups est aussi plus ou moins déterminé ; en général, il est prescrit de les administrer sans colère, à la fin de la classe. S'ils ont entraîné pour la santé de l'enfant des conséquences graves, le maître est passible de peines judiciaires; lorsque les suites sont seulement des meurtrissures, des boursouflures, une raideur passagère de la partie frappée, il n'est passible que de peines disciplinaires; encore un arrêt de la haute cour de Prusse déclare-t-il que la présence de meurtrissures et de boursouflures sur le corps de Félève ne prouve pas que le maître ait excédé son droit.

L'opinion pédagogique en Allemagne se prononce généralement en faveur des châtiments corporels; on les regarde comme un moyen de discipline regrettable, mais nécessaire. La question de leur utilité est revenue cinq fois depuis trente ans dans les assemblées générales des chefs d'établissements d'instruction secondaire ; chaque fois elle a été résolue dans le sens de l'affirmative. En 1874 les directeurs d'écoles publiques de Dresde ont l'ait paraître sur cette question une consultation de dix grandes pages ; « ils y soutiennent que la correction physique est indispensable ; ils s'expliquent fort au long sur les précautions à prendre, sur l'instrument à préférer, sur la partie du corps qu'il convient de frapper. Us revendiquent enfin pour l'instituteur le droit de frapper même les grandes filles, à condition que les coups tombent sur le dos (on sait qu'en Allemagne et

en Autriche les classes de filles, comme les classes de garçons, sont généralement dirigées par des instituteurs) \ »

Dans le Recueil des conférences pédagogiques tenues par les instituteurs allemands de 1879 à 1882, parmi les plus importantes questions figure celle des châtiments corporels; non seulement ils n'en proposent pas la suppression, mais ils réclament le droit de les appliquer plus librement. Ils signalent une recrudescence des vices tels que le mépris de la vie et de la propriété d'autrui, la brutalité et l'amour de la jouissance, le manque d'inclination pour une activité énergique. « L'école, disent-ils, a dans ces vices sa part de responsabilité; elle doit chercher à les combattre. Si la douceur ne suffit pas, on ne doit pas reculer devant remploi des châtiments corporels; mais ces châtiments ne peuvent être efficaces que si le droit qu'a Tinstituteur de les infliger n'est pas trop restreint.... Quoiqu'on ne puisse pas former par le bâton des hommes moralement bons, on peut cependant par là les habituer au bien *. »

Ce serait vraiment le cas d^appliquer le mot fameux de Pascal : « Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà », qui n'est du reste qu'une forme plus vive donnée à l'idée qu'exprime en ces termes le grand sceptique Montaigne : « Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, mensonge au monde qui se tient au delà? » Car il ne s'agit pas simplement ici d'usages scolaires que des peuples moins changeants que nous conserveraient par tradition, et qui seraient destinés à tomber bientôt en désuétude, comme toutes les vieilles coutumes. Il s'agit d'un principe de pédagogie qui est en même

1. F. Buisson, Rapport sur l'instruction pnmaire à VExposition universelle de Vienne en ^873, chap. v, § 4.

2. Voir Fatal ot, les Conférences pédagogiques des instituteurs allemands. Revue pédagogique, numéro du 15 juillet 1884.

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