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LE FOUET EN ALLEMAGNE

autorisait « l'application des verges sur le derrière ». En 1583, le règlement de Nordhausen réglait le nombre des coups d'après les fautes commises. Au xvii® siècle, un maître d'école de la Hesse faisait prononcer aux enfants la formule suivante :

du liebe Ruth\

Mach' du mich gut,

Mack' du mich fromme,

Dass ich nicht zum Henker komme :

« toi, verge chérie, — Rends-moi bon, — Rendsmoi sage, — Pour que le bourreau ne me prenne pas. »

A ^rorphelinat de Francfort-sur-le-Mein il y avait le banc de discipline (Zuchtbank), sur lequel l'enfant était maintenu pendant la fustigation, et la cage aux ours (Bârenkasten), où l'on ne pouvait se tenir ni assis ni debout. Au xviii® siècle, le règlement du gymnase de la même ville, où étudia Gœthe, soumettait les petits à la férule, et accordait aux grands le privilège d'être châtiés avec le bâton, mais en présence des classes réunies. Un maître d'école de Souabe, dont parle Raumer dans son Histoire de la pédagogie^ avait, pendant cinquante et un ans et sept mois, tenu registre des châtiments corporels infligés par lui; le total général se décomposait ainsi : 911 257 coups de bâton, 124 000 coups de verge, 10 235 soufflets sur la bouche, 7 905 calottes sur les oreilles, 20 909 coups de règle sur les doigts, 1 115 000 coups de poing sur la tète, 22 763 coups donnés avec des livres pour réveiller l'attention des enfants, l'agenouillement, 77 777 fois sur des pois secs, 813 fois sur une barre triangulaire, etc. Un contemporain, qui a publié en 1875 un intéressant travail sur les punitions corporelles, M. Freimund, avoue qu'à ses débuts dans l'enseignement il éprouvait fréquemment une colère

qui lui semblait ne pouvoii* être soulagée qu'en tirant quelques paires d'oreilles; malgré les conseils de ses collègues, il s'était fait une règle de ne jamais employer les voies de fait ; il se soulageait en se frappant violemment les doigts sur la table. Le nième auteur cite deux exemples très significatifs recueillis autour de lui : d'abord celui d*un maître de Kœnigsberg qui demandait comme une faveur à ses collègues de lui abandonner l'exécution des corrections corporelles; puis celui d'un recteur de la même ville qui, tous les jours, avant l'ouverture de la classe, frappait l'un après l'autre la plupart des élèves, sans aucune raison, parce que c'était devenu chez lui un besoin ^

La législation scolaire des différents Ëtats d'Allemagne autorise encore partout l'emploi des châtiments corporels; mais il y a, pour réglementer cette importante matière, un grand nombre de circulaires et d'actes ofBciels qui entrent dans les détails les plus minutieux. Topf, cité par d'Arvers dans la Revue pédagogique^ a groupé, dans un ouvrage paru à Vienne et à Leipzig, en 1884 *, les données de sept de ces documents appartenant à diverses régions de l'Allemagne du Nord (Dessau, Meiningen, Liegnitz, Bade, Lippe, Weimar, Breslau) ; on peut se faire, d'après son travail, une idée assez exacte de la situation scolaire sur le point qui nous occupe. Les cas passibles de peines corporelles sont l'indiscipline, l'obstination, l'habitude du mensonge, la paresse incorrigible, la cruauté envers les bêtes ou les faibles, l'inconduite, le bris d'arbres avec récidive, le vol d'une certaine importance. En ce qui concerne l'âge et le sexe, les enfants au-dessous

1. J'ai emprunté ces détails à Tintéressant article publié par Franck d'Arvers dans la Revue pédagogique ^n^ du 15 juillet 1885.

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