‹ L'éducation du caractèreChapitre 166 sur 228 · Emile, liv. IL · texte numérisé non relu

Emile, liv. IL

malades qui le quittent apprennent au médecin distrait à se donner plus de peine pour ceux qui lui restent. Le créancier crédule, le spéculateur trop confiant reconnaissent, par les embarras dans lesquels ils se jettent, la nécessité d*ètre plus prudents à l'avenir dans les affaires. Il en est ainsi dans la vie tout entière ^ » Les conséquences naturelles de nos actions constituent donc la pénalité la plus sûre, la plus efflcace, celle qui présente le mieux cette condition importante que Bentham veut trouver dans la peine, à savoir d'être réformatrice. Les peines artificielles, au contraire, ne la présentent jamais; elles n'amendent point les coupables et produisent même parfois une recrudescence de criminalité.

Pourquoi cette discipline, qui tient sous sa loi les hommes faits et exerce sur eux une action morale si salutaire, ne serait-elle pas employée avec les enfants, exclusivement à toute autre? Herbert Spencer nous donne, à Fappui de sa thèse, de nombreux exemples, habilement choisis. La recommandation de faire attention à ses mouvements vaudra-t-elle, pour rendre Tenfant attentif, la douleur que lui cause une chute ou un heurt de sa tête contre la table ? C^est en se brûlant qu'il apprendra à ne plus se brûler, en se piquant et en se coupant qu'il se défiera des objets tranchants ou pointus. Le philosophe anglais appelle ces souffrances des empêchements bienfaisants mis aux actions qui contrarient essentiellement les intérêts de notre corps, empêchements sans lesquels la vie serait bientôt anéantie par les outrages qui lui seraient faits.

Il estime qu'elles sont toujours proportionnées aux fautes dont elles résultent, quoique l'expérience ne lui donne pas tout à fait raison; car un enfant peut se blesser grièvement ou même se tuer dans une chute

1 De Véducation intellectuelle y morale et physique^ chap. lu.

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