‹ L'éducation du caractèreChapitre 173 sur 228 · La Science de l'éducation, liv. I, chap. v · texte numérisé non relu

La Science de l'éducation, liv. I, chap. v

du bord; mais celui dont un mets délicat rend la digestion difficile retombera facilement dans le péché de gourmandise ; le plaisir de faire de Tesprit aux dépens d'autrui résiste aux conséquences désagréables que ce travers entraîne parfois ; en général, ainsi qu'on Ta remarqué, nous ne profitons de Pexpérience acquise qu'au déclin de la vie, lorsqu'il est- trop tard pour recommencer et pour réparer nos fautes. Tâchons au moins d'en faire profiter la jeunesse, et ne la laissons pas recommencer cette rude école, s'il y a moyen de faire autrement pour lui éviter des sottises semblables aux nôtres.

L'objection la plus grave qui puisse être élevée contre le système que nous discutons en ce moment, c'est qu'il repose tout entier sur la doctrine utilitaire et qu'il ne suppose pas un instant l'existence d'une morale désintéressée. « Dans la doctrine sur laquelle Spencer établit son système d'éducation, dit M. Gréard, il n'existe ni bien ni mal en soi. On chercherait vainement dans ses déductions l'idée d'une obligation morale ; il ne prononce pas une seule fois le mot de devoir. C'est le résultat d'un acte qui en détermine la nature et la valeur. Supposez qu'un enfant ait la main assez leste pour échapper à la réaction d'une imprudence, l'esprit assez délié pour esquiver les conséquences d'une faute, le voilà quitte. 11 s'agit non de bien faire, mais d'être adroit, non d^être sage et honnête, mais de réussir. Toute la morale se résout ainsi en une question d'habileté avec l'intérêt pour mobile. Certes, l'intérêt et l'habileté ont leur place légitime dans le monde, mais à la condition de se subordonner à une règle supérieure *. »

Nous avons dit précédemment que l'enfant était, à notre avis, incapable, dans les premières années, de con* naître la loi morale, mais qu'en attendant que sa con-

Page 1