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LA POUPÉE

leur rôle de maman, qu'elles en sont obsédées jusqu'à en perdre l'appétit, le sommeil et la santé, que les prétendues maladies, les migraines, les blessures, les ennuis de leur enfant imaginaire les affolent de pitié et de terreur. « Avoir, ajoute-t-il, les yeux et l'esprit fixés sur une petite caricature insensible et inerte, lorsqu'on devrait les avoir sans cesse éveillés sur toute chose autour de soi ; croupir dans Timmobilité comme un oiseau sans ailes, lorsqu'on devrait toujours être en mouvement; parodier avec la mémoire seule les gestes, les attitudes, les inflexions de voix, les formules de conversation des grandes personnes, alors qu'on devrait vivre en enfant naïf que l'on est : est-ce là une situation d'esprit et de corps désirable pour un petit enfant * ? »

Ces critiques, sans doute exagérées, contiennent cependant une part de vrai. L'usage des poupées est tel^ lement ancien, tellement général, et paraît encore si vivace, qu'on est forcé d'admettre qu'il résulte d'une tendance innée dans le cœur des enfants et qu'il est voulu par la nature elle-même. La petite fille, destinée à la maternité, en fait par instinct, dès le bas âge, une sorte d'apprentissage; elle soigne sa poupée maternellement, comme il lui arrive si souvent de soigner une sœur plus jeune qu'elle; dans ce dernier cas, comme l'instinct est plus satisfait encore, il arrive que les soins donnés à l'être vivant font délaisser l'être imaginaire. Quant à la tendance à l'imitation des grandes personnes, elle est tellement naturelle chez les enfants, qu'elle se mêle à la plupart de leurs jeux : les petites filles jouent à la maman, à la marchande, à la maîtresse de maison, comme les garçons jouent au soldat, au voiturier, au maître d'école. Mais il n'en est pas moins utile de signaler l'excès. Ce que nous avons dit en général sur les jouets

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