‹ L'éducation du caractèreChapitre 195 sur 228 · APPRENTISSAGE DE L*EFFORT · texte numérisé non relu

APPRENTISSAGE DE L*EFFORT

imposer n'auront servi qu'à le priver de plaisir. Mais il vaut mieux appliquer à la pédagogie ces réflexions de Vauvenargues : « On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort.... Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir. » Nous devons donc considérer l'enfant, non comme un être dont la vie ne tient qu'à un fil et qu'il convient de laisser s'amuser le plus possible, afin qu'il ne la quitte pas sans l'avoir goûtée^ mais comme un futur homme, appelé à prendre sa part des épreuves et des luttes de la vie, et dont les prenlières années ne sont qu'une préparation, un apprentissage en vue de l'avenir.

Il commence cet apprentissage le jour où il fait son premier effort pour réprimer l'impulsion d'un instinct. Par exemple, il est seul, et une friandise à laquelle on lui a défendu de toucher se trouve à sa portée; il est alors partagé entre sa gourmandise naturelle et le devoir de Tobéissance ; si ce dernier l'emporte, cette petite victoire marque le commencement d'une série d'efforts par lesquels l'enfant se rendra peu à peu maître de lui« Au contraire^ la défaillance serait dangereuse, non à cause de l'acte en lui^méme^ qui n'est rien, mais parce qu'elle en amènerait d'autres*

On prend beaucoup plus facilement l'habitude de la faiblesse que celle de l'énergie. Les éducateurs surveilleront avec une attention vigilante les débuts de l'enfant dans la vie morale, et principalement la formation des habitudes de faiblesse ou d'énergie à l'égard des inclinations naturelles. Les défauts et les qualités n'existent pas toujours au début avec toute leur force; il est rare (|u'on naisse entièrement bon, menteur, gourmand, laborieux; on le devieilt par une série d'actes de la volonté^ victoires ou défaillances, dont les effets s'accumulent et finissent par constituer un tempéi*ament moral en

grande partie acquis, et qu'on aurait pu, avec une autre conduite, rendre bien différent. Ainsi les défauts et les qualités s'enracinent, se fortifient par l'habitude.

Notre pouvoir sur les actes de l'enfant étant très grand, nous sommes, dans la mesure de ce pouvoir, les maîtres de ses habitudes, et notre responsabilité est fortement engagée dans celles qu'il contracte. Toutes les fois qu'il se trouve, à notre connaissance, placé entre une concession à faire ou une résistance à opposer aux mauvais instincts, ne soyons pas les spectateurs inactifs de cett€ lutte, ni surtout les témoins résignés de la défaite. Par un emploi méthodique des moyens dont nous disposons, ordres, défenses, récompenses, punitions, empêchons les mauvaises habitudes de naître, et faisons naître et développons les bonnes. « Un enfant de vingt-deux mois, raconte Bernard Ferez, maladif, gâté et volontaire, se trouvait en wagon à côté de moi. Sa mère lui donna un morceau de poulet à manger : la peau ne lui plaisant pas, il Tenleva et la donna à sa mère, en lui disant : Tiens, mange la peau. Quelques instants après, il mangeait un grappillon de raisin, et quelques grains dont il ne voulait pas furent aussi présentés à la mère ^ » Que l'égoïsme naturel à rhomme ait été de naissance assez fort chez cet enfant, nous ne le nierons point; mais on ne l'aurait pas vu arriver en si peu de temps à une telle grossièreté si l'on avait eu soin de le réprimer dès sa première mani-^ festation et d'imposer à l'enfant, d'une manière suivie^ des procédés tout différents : si, par exemple, la première fois qu'il a choisi pour lui le meilleur morceau à la table de famille, on l'avait réprimandé et si on l'avait habitué à offrir aux autres ce qu'il trouvait de meilleur; ce petit sacrifice, d'abord très pénible, lui aurait ensuite

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