CHAPITRE XVI
De Paction de Péducation sur quelques qualités et quelques défauts du caractère en particulier. — L*application au travail et la paresse. — La sincérité et le mensonge. — La vanité. — Le courage moral et le courage physique. — La timidité. — La bonté.
Nous avons étudié jusqu'à présent les principes de réducation morale. Il resterait à entrer dans le détail des qualités et des défauts du caractère sur lesquels l'éducation doit agir suivant les principes qui ont été posés. Mais, si l'on voulait être complet, ce détail serait presque infini ; car longue est la liste des vertus et des vices que présente l'espèce humaine et qui se trouvent en germe chez les enfants. De plus, à propos de chaque qualité, de chaque défaut en particulier, nous serions forcés de répéter sans cesse les conseils généraux que nous avons déjà donnés. Contentons-nous de passer en revue quelques-unes des principales qualités du caractère, ainsi que les défauts qui leur sont opposés, et d'indiquer brièvement de quelle manière l'éducation peut agir sur les unes et sur les autres.
Bain considère le travail comme la base et la condition des autres vertus; un adage bien souvent répété dit que l'oisiveté est la mère de tous les vices. Il faut distinguer soigneusement l'activité du travail. L'acti-
l'application au travail mi
vite, c'est-à-dire le besoin de ne pas rester complètement en repos quand on le pourrait faire, existe plus ou moins chez tous les hommes, même chez les Orientaux, qui passent de longues heures dans cet état de rêverie somnolente qu'ils appellent le kief^ même chez les plus désœuvrés de nos oisifs ; elle est surtout un impérieux besoin de Tenfant, et elle ne lui est jamais pénible, tout le temps qu'elle est spontanée, lorsqu'il choisit luimême ses occupations en vue de son plaisir; l'activité devient pénible lorsque l'occupation est imposée. « Au moment de partir pour la promenade, un enfant de deux ans et demi dit à son frère aîné : « Va me chercher « mon chapeau, je te prie ». Sa mère lui dit : « Va le « chercher toi-même ». L'enfant de repartir : « Où estil? » sachant bien qu'il se trouve dans une chambre d'en haut, et à tel endroit. « Tu le sais bien >, ajoute la mère. L'instinct de paresse ne se rend pas encore, a L'esca- « lier est trop grand ; je ne peux pas monter *. »
S'il s'était agi d'un jeu, l'enfant aurait fait sans y penser cette ascension qui lui inspirait alors tant de répugnance. La paresse, au point de vue moral, n'est pas tant l'aversion pour l'action en général que pour l'action imposée soit par une contrainte extérieure, soit par celle de noire raison.
Locke le comprenait bien, lorsqu'il donnait l'excellent conseil qui suit : « C'est une chose importante et bien digne de nos soins d'apprendre à l'âme à vaincre sa paresse, toutes les fois qu'elle voudra, pour s'attacher vigoureusement à ce que sa raison ou quelques personnes sages lui proposeront. C'est à quoi il faut accoutumer les enfants en les mettant quelquefois à l'épreuve, c'est-à-dire en leur proposant quelque objet à considérer, et en tâchant de fixer entièrement leur attention