LA SINCÉRITÉ
malice, ou des contes d'un gascon tel que ce « bon garçon de tailleur » dont nous parle Montaigne, et auquel il n'avait jamais entendu dire une vérité ^ On devrait au contraire être, dès le début, impitoyable pour ce vice, et recourir à tous les moyens dont on dispose pour le réprimer.
Chaque fois que Ton constate un mensonge, une ruse chez Fenfant, il faut lui montrer que Ton n'est pas sa dupe, empêcher absolument qu'il retire aucun bénéfice de sa faute, lui en faire supporter au contraire les plus désagréables conséquences. Mais il ne suffit pas de l'intéresser ainsi à être franc. Locke recommande de parler devant lui du mensonge lorsque l'occasion s'en présente, « comme de la chose la plus monstrueuse du monde, comme d'une qualité si indigne d'un homme de bonne famille, qu'il n'y a personne en quelque estime dans le monde qui puisse souffrir qu'on l'accuse démentir, en un mot comme d'un vice qui déshonore entièrement un homme, qui le dégrade et le met au rang det ce qu'il y a de plus bas et de plus méprisable, et qui, par conséquent, ne peut être souffert dans une personne qui veut fréquenter d'honnêtes gens ou qui a quelque réputation à ménager ' ».
La confiance qu'on lui inspire et qu'on lui témoigne est aussi un bon moyen de le rendre sincère. Qu'on tâche d'obtenir l'aveu de ses fautes, et, quand elles ne sont pas trop graves, que cet aveu en soit la seule punition. Que les éducateurs se montrent eux-mêmes à son égard entièrement sincères, et qu'ils ne se servent jamais de la ruse avec lui, fût-ce pour son bien, sauf dans des cas exceptionnels ; par exemple , lui faire une promesse et ne pas la tenir est un manque de