‹ L'éducation du caractèreChapitre 209 sur 228 · LA VANITÉ · texte numérisé non relu

LA VANITÉ

pour distraire notre attention par leurs jeux, leurs saillies, leurs drôleries, mais le plus souvent aussi par une inconsciente fatuité, pour se faire remarquer, caresser et louer ^ » L'éloge prodigué à tort et à travers ne fait qu'accroître cette fatuité naturelle; aussi avons-nous conseillé d'en être très ménagers, de ne l'accorder que comme récompense des efforts sérieux. Non seulement l'enfant est très fier de la supériorité qu'il croit devoir à la situation de ses parents, au genre de vie qu'il mène, aux vêtements dont on le pare, à l'instruction qu'il reçoit, mais encore il aime à la faire sentir, à humilier les autres. Des parents sages ne manqueront jamais l'occasion de rabaisser ce sot orgueil, en rappelant l'enfant au sentiment de sa faiblesse, en lui montrant qu'il a reçu d'autrui tout ce dont il est fier, et que si on l'abandonnait à lui-même, il serait un petit êlre malheureux, en lui faisant voir chez ceux qu'il cherche à humilier des qualités supérieures aux siennes : par exemple, tel enfant mal vêtu qu'il dédaigne est un des premiers à l'école. Tel autre rend déjà des services à ses parents et commence à gagner sa vie. Le pédantisme apparaît de bonne heure chez l'enfant, et c'est là un des effets les plus déplaisants de sa première instruction; Montaigne recommande de le dresser « à estre espargnant et mesnagier de sa suffisance, quand il l'aura acquise; à ne se formaliser point des sottises et fables qui se diront en sa présence : car c'est une incivile importunité de chocquer tout ce qui n'est pas de nostre appétit * ».

Enfin on dissimule souvent la vérité par lâcheté, parce qu'on n'ose pas la dire. « Il y a telle occasion où un homme doit jeter la vérité à la face des gens, au

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