LA VANITÉ
pour distraire notre attention par leurs jeux, leurs saillies, leurs drôleries, mais le plus souvent aussi par une inconsciente fatuité, pour se faire remarquer, caresser et louer ^ » L'éloge prodigué à tort et à travers ne fait qu'accroître cette fatuité naturelle; aussi avons-nous conseillé d'en être très ménagers, de ne l'accorder que comme récompense des efforts sérieux. Non seulement l'enfant est très fier de la supériorité qu'il croit devoir à la situation de ses parents, au genre de vie qu'il mène, aux vêtements dont on le pare, à l'instruction qu'il reçoit, mais encore il aime à la faire sentir, à humilier les autres. Des parents sages ne manqueront jamais l'occasion de rabaisser ce sot orgueil, en rappelant l'enfant au sentiment de sa faiblesse, en lui montrant qu'il a reçu d'autrui tout ce dont il est fier, et que si on l'abandonnait à lui-même, il serait un petit êlre malheureux, en lui faisant voir chez ceux qu'il cherche à humilier des qualités supérieures aux siennes : par exemple, tel enfant mal vêtu qu'il dédaigne est un des premiers à l'école. Tel autre rend déjà des services à ses parents et commence à gagner sa vie. Le pédantisme apparaît de bonne heure chez l'enfant, et c'est là un des effets les plus déplaisants de sa première instruction; Montaigne recommande de le dresser « à estre espargnant et mesnagier de sa suffisance, quand il l'aura acquise; à ne se formaliser point des sottises et fables qui se diront en sa présence : car c'est une incivile importunité de chocquer tout ce qui n'est pas de nostre appétit * ».
Enfin on dissimule souvent la vérité par lâcheté, parce qu'on n'ose pas la dire. « Il y a telle occasion où un homme doit jeter la vérité à la face des gens, au