‹ L'éducation du caractèreChapitre 210 sur 228 · Essais, liv. I, chap. xxv · texte numérisé non relu

Essais, liv. I, chap. xxv

risque de blesser grièvement Tautorité la plus haute. S'il manque h ce devoir, il est un lâche, et cela en dépit des milliers et des millions de couards qui l'imitent *. » Le courage moral qui est nécessaire pour dire ainsi la vérité au péril de ses intérêts, et qui constitue, lors^ qu'il n'est point gâté par Torgueil, une des" plus belles vertus de l'homme, a beaucoup moins d'occasions de s'exercer pendant l'enfance que plus tard. Il y a cependant maintes circonstances où l'enfant est accessible au sentiment faible et lâche qu'on appelle le respect humain. L'éducateur qui attachera du prix à cette belle et rare vertu du courage moral trouvera donc un jour ou l'autre l'occasion de la signaler à son élève et d'en jeter dans son cœur les premières semences.

Quant au mépris du danger, auquel on donne plutôt le nom de courage physique, bien qu'il tienne autant que l'autre au moral, il faut y amener l'enfant en luttant contre une disposition naturelle toute contraire, la poltronnerie , qu'il a reçue de l'hérédité et qui lui est commune avec les animaux. Toujours menacé par ses concurrents dans la lutte pour l'existence, l'animal est continuellement aux aguets; le moindre signe qui lui semble l'annonce d'un danger lui inspire de la crainte; son premier mouvement est, lorsqu'il le peut, de se cacher ou de fuir. Sous ce rapport, nos premiers ancêtres devraient ressembler beaucoup aux animaux.

La vive imagination de l'enfant augmente encore en lui cette disposition héréditaire; un danger réel, comme celui de tomber à l'eau, l'effraye beaucoup moins qu'un bruit soudain, une grimace. Je me rappelle avoir éprouvé, certain soir qu'on veillait à la lueur de la lampe, un sentiment de terreur extrême à la vue de mon ombre qui se projetait sur une porte; je croyais probablement

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