‹ L'éducation du caractèreChapitre 217 sur 228 · LA BONTÉ 3G · texte numérisé non relu

LA BONTÉ 3G

sensibles, capables d*attachement et de connaissance. Lldée de la souffrance épargnée est trop négative, trop froide, elle ne parle pas à son cœur; on y fera mieux pénétrer la bonté en lui donnant le plaisir de faire du bien, qu'en lui recommandant de s'abstenir du mal. Il s'habituera plus doucement ainsi à penser aux autres, ce petit être qui naît avec de si terribles instincts d egoïsme, mais aussi avec des instincts de sympathie auxquels l'éducation peut donner une énergie assez grande pour contre-balancer et même dominer les premiers.

Le plaisir très vif que tout homme, à moins d^ètre un monstre d'égoïsme, éprouve à faire naître le contentement auprès de lui, à obtenir des éloges et des remerciements pour sa complaisance, est donc un moyen précieux dont il faut user avec Tenfant dans la plus large mesure. D'abord, sans sortir de la famille, mille occasions so présentent de lui faire témoigner son affection, non pas seulement par des paroles et des caresses, mais par des attentions matérielles, par de petits services, de petits cadeaux, et même de l'amener à s'imposer de vrais sacrifices, comme de renoncer à une partie de plaisir pour rester auprès d'un membre de la famille qui est malade. A quoi bon insister sur le détail? le principe suffit; les parents intelligents ne seront pas embarrassés pour l'application. Puis viendra la bienfaisance au dehors, celle dont on lui donnera l'exemple, et celle qu'il exercera lui-môme, non pas cette bienfaisance dont nous avons déjà parlé, qui ne coûte à l'enfant aucun efi'ort, parce qu'elle ne lui demande aucun sacrifice, mais celle qu'il peut exercer aux dépens de ses propres jouissances. « Un enfant, dit Rousseau, donnerait plutôt cent louis qu'un gâteau. Mais engagez ce prodigue distributeur à donner les choses qui lui sont chères, des jouets, des bonbons, son goûter, et nous saurons bientôt

si vous Tavez rendu vraimeut libéral *. » Lorsqull sera plus grand, on le mettra plus intimement en contact avec la misère. Je trouve que les élèves de nos écoles restent en général trop étrangers aux œuvres de bienfaisance; je voudrais que chaque établissement d'instruction publique eût sous son patronage un certain nombre de familles, qu'il les visitât, qu'il fût initié à l'art difficile de rechercher la vraie misère, qui se cache et ne se fait pas un métier d'exploiter la charité. La quête pour les indigents une ou deux fois dans l'année ne suffît pas; les jeunes gens, comme beaucoup de grandes personnes du reste, croient trop facilement s'acquitter avec quelques aumônes de leur devoir de bienfaisance.

Signalons pour finir un déplorable travers de l'éducation qui nuit plus que tout le reste au développement de la bonté : nous voulons parler de la gâterie. Certains enfants gâtés semblent témoigner par leurs manières tendres et aimables une reconnaissance affectueuse qui trompe les parents et les fait redoubler de caresses et d'attentions. Mais, comme le remarque un bon observateur de cet âge, « bientôt les grâces trompeuses de l'enfant s'effacent, la tendresse apparente du cœur se perd : tout à coup on découvre en eux, avec effroi, une désolante sécheresse d'âme, une dépravation profonde : et, en fin de compte, ces jolis enfants deviennent véritablement effroyables; on s'aperçoit alors, mais trop tard, qu'il n'y a pas d'êtres plus durs, plus méchants, plus hautains, plus violents, plus égoïstes, plus ingrats, plus injustes, plus odieux, que les enfants gâtés par la mollesse * 1 »

Gomment n'en serait-il pas ainsi ? On a tout fait pour

Page 1